Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (14) Le musulman a le droit de frapper sa femme désobéissante, ou « Mahomet contre Allah ? »

  •  Problématique

S’il est bien une des dispositions illustrant les facettes archaïques de l’islam, c’est bien le droit donné par le Coran au musulman de frapper sa femme. Rappelons de quoi il s’agit :

Sourate 4, verset 34. (…). Quant à celles [de vos femmes] dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous de leur lit et frappez-les. Si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand !

Ce texte, particulièrement simple et clair, reflète tout simplement les mœurs du temps, comme il l’a fait plus généralement pour le statut de la femme (polygamie, répudiation, héritage, obligations sexuelles dans la vie de couple, etc.). Souvenons-nous que les femmes n’étaient guère considérées dans l’Arabie du VIIème siècle – ce qui n’empêchait pas certaines, comme Khadija, la 1ère femme de Mahomet, de sortir du lot – et que les petites filles étaient parfois enterrées vivantes à la naissance (Mahomet s’étant néanmoins opposé à cette abominable pratique).

Le Coran ne conditionne ce verset à aucun autre. Sans aller jusqu’à interdire au mari de frapper sa femme, ce qu’il n’a pas fait, le Coran aurait pu du moins ne pas se prononcer sur la question en laissant l’homme au prise avec sa conscience pour répondre à cette question éthique dont la solution est évidente dès lors qu’on considère que l’homme et la femme sont également dignes. Mais il s’avère que c’est le contraire qu’il prône : le Coran légifère et autorise en effet formellement par ce verset le musulman à frapper sa femme en cas de besoin.

Évidemment, il devient assez difficile dans ces conditions d’expliquer que l’islam est une religion compatible avec le statut de la femme dans le monde occidental. Voyons donc comment Tareq Oubrou tente de renverser la vapeur.

  • Pas de remise en cause de l’authenticité de ce verset

La première chose à remarquer est que Tareq Oubrou fait preuve de réalisme et ne tente pas de contester l’authenticité de ce verset car c’est absolument impossible. De même, il ne mentionne pas un hypothétique problème de traduction car ce texte est très clair en arabe si l’on en juge par les traductions figurant dans les différentes versions du Coran. Ainsi, pour la punition, on trouve par exemple : « frappez-les » chez Denise Masson ; « frappez-les » chez Régis Blachère ; « frappez-les » dans le Coran assabile ; « battez-les » chez André Chouraqui ; « battez-les » chez Kasimirski ; « battez-les » chez Hamidullah.

  • L’argument habituel : la contextualisation

En revanche, Tareq Oubrou a recours à l’argument habituel de la contextualisation au regard des mœurs du VIIème siècle : « Le verset 4 de la sourate 34 se réfère à une situation et s’adresse à un public spécifique qu’il convient de préciser, toute exégèse sérieuse consistant à chercher à comprendre le texte d’abord dans son univers originel. »

Comme toujours, on reste perplexe face à l’argument de la contextualisation, sachant qu’il s’agit prétendument de la parole d’Allah délivrée au dernier des prophètes.

Tareq Oubrou poursuit : « En premier lieu, il cible les Mecquois et non les Médinois, lesquels, de par leur culture, étaient dociles à l’égard de leurs femmes comme l’explique Omar, deuxième calife, qui était un Mecquois. »

D’où Tareq Oubrou tient-il que ce texte ne s’adresse qu’aux Mecquois ? Quoiqu’il en soit,  ce verset n’ayant fait l’objet d’aucune abrogation ultérieure, il est par conséquent valable pour tous les hommes ; il est universel.

Quant aux textes auxquels Tareq Oubrou fait référence sans le dire précisément et qui feraient état des différences de mœurs entre Mecquois et Médinois vis-à-vis de leurs femmes, il serait intéressant d’en prendre connaissance ; mais de toutes les façons, ils ne changeraient rien au fond du problème.

  • Mahomet est en désaccord avec Allah !

Tareq Oubrou prétend que Mahomet n’a jamais frappé une de ses multiples femmes (rappelons qu’il en a eu jusqu’à neuf en même temps, soit bien plus que les quatre autorisées par lui-même dans le Coran) : « Le Prophète, qui est pour tout musulman un exemple à suivre, n’a jamais levé sa main sur l’une de ses épouses. (Muslim n°2328) »

En réalité, personne n’en sait rien, y compris Aïcha, car il aurait fallu être avec lui à chaque instant, même quand il copulait. Si Mahomet a frappé une de ses femmes dans le secret de son foyer, en étant seul avec elle, qui peut le savoir si elle n’en a pas fait état ? Ce qui est sûr, que le fait ait eu lieu ou pas, c’est qu’il n’a pas été rapporté. Cet argument n’est donc pas rigoureux et ne prouve rien.

Ce qui est beaucoup plus important est ce que Mahomet recommande à ses partisans. Tareq Oubrou écrit : « Le Prophète a prononcé des paroles plus fermes qui dénoncent cette violence et considèrent que l’homme violent à l’égard de sa femme n’est ni noble ni digne de respect. »

Il est vrai que si les coups font partie de la panoplie à la disposition du mari, un mari intelligent évitera d’en faire usage car la force ne réduit pas l’inimitié mais au contraire la fait généralement croître (hormis dans le cas du moins de certains plaisirs dont les mœurs modernes semblent parfois friandes).

Yusuf Qaradawi apporte les précisions suivantes : « L’imam al-Hafiz Ibn Hajar a dit : « Il y a dans ces paroles du Prophète « Jamais les meilleurs d’entre vous ne frappent leurs femmes » une preuve qu’il est globalement permis de les frapper pour les corriger, si le mari voit chez elle quelque chose qu’il n’aime pas dans sa façon d’accomplir son devoir d’obéissance envers lui. S’il se contente de la menacer ou de lui faire des remontrances, cela est préférable toutes les fois qu’on peut atteindre son but par la suggestion sans recourir aux actes, car cela détériore la bonne entente qui doit régner dans la vie conjugale. Maintenant, s’il s’agit d’une affaire où il y a désobéissance envers Dieu, il doit la frapper. »

Tareq Oubrou ajoute par ailleurs : « Un autre hadith (ce hadith interdit au mari de fouetter sa femme comme il fouetterait son esclave pour venir ensuite coucher avec elle le soir) bannit cette violence sans réserve ni hésitation, ce qui indique qu’il y a bien eu une intention de l’interdire radicalement. »

Il s’agit en effet du hadith (Bukhari) suivant : « Abdallah Ibn Zama rapporte que le Prophète a dit : « Qu’aucun de vous ne fouette sa femme comme on fouette un esclave alors qu’à la fin du jour il coïtera (peut-être) avec elle ». » C’est un propos de bon sens : le fait de battre sa femme l’indisposera probablement plus, voire la rendra inapte à la copulation. Mais difficile d’y voir une interdiction de la violence « sans réserve ni hésitation ». Ce qui est banni est la violence excessive qui rendrait la femme inapte à satisfaire l’ardeur sexuelle de son mari comme la Tradition musulmane lui en fait l’obligation morale.

Alors qu’il était si simple et si facile pour Mahomet d’interdire clairement de frapper sa femme, il a en réalité entériné moralement et juridiquement ce droit – sans l’encadrer de façon précise – parce qu’il ne pouvait contrevenir aux mœurs de l’époque sans prendre un énorme risque politique : celui de se mettre à dos de futurs potentiels partisans.

On comprend alors mieux des hadiths parfois cités comme (Ibn Majah) : « Ash’ath bin Qais a dit : « J’étais l’hôte d’Omar une nuit et, dans le milieu de la nuit, il alla vers sa femme et la battit ; je les séparai. Quand je retournai me coucher, il me dit : « Ô Ash’ath, apprends de moi quelque chose que j’ai entendu du messager d’Allah : « Un homme ne devrait pas être interrogé sur la raison pour laquelle il bat sa femme. »  » » (Ibn Majah, cela étant hadith « hasan » et non « sahih ») ; ou encore (Abu Dawud) : « « Omar ibn al-Khattab a dit : « Le prophète a dit : « On ne demandera pas à un homme pourquoi il bat sa femme » » ».

Vouloir démontrer que Mahomet était opposé par principe au fait de battre sa femme est 1) une absurdité, puisqu’il a dit le contraire dans le Coran ; 2) ou un blasphème, puisque c’est dire que Mahomet s’opposait en réalité à la volonté d’Allah inscrite dans le Coran.

  • Comment frapper sa femme ?

Comme le droit coranique de battre sa femme est indubitable, Tareq Oubrou tente ensuite de minimiser l’horreur de la chose à partir de la Tradition : « Le geste physique, lui-même relativisé et atténué par des hadiths qui parlent d’expression maîtrisée de la colère, doit être avant tout symbolique et ne doit pas faire mal. (Muslim n°1218) » Que veut dire avec les mœurs du VIIème siècle en Arabie « une expression maîtrisée de la colère » ?

Quant au hadith 1218 de Muslim, contrairement à ce que dit Tareq Oubrou, il ne dit pas que la punition doit être « symbolique » mais il dit que les femmes ne doivent pas être battues trop sévèrement et que l’homme doit leur donner à manger et les vêtir. Ce hadith fait référence au pèlerinage d’adieu de Mahomet (peu avant sa mort) dans des termes similaires à ceux qu’on retrouve dans la biographie de Mahomet (Sîra d’Ibn Hîcham) : « Musulmans, vos épouses ne doivent point commettre d’action gravement honteuse. Si elles le font, Dieu vous donne l’autorisation de les mettre en quarantaine et de les battre, sans trop d’excès. Si elles renoncent à leurs mauvaises actions, elles auront le droit à la nourriture et au vêtement selon l’usage. »

Sur ce point délicat, les imams sont venus ensuite tenter de préciser ce qui paraissait convenable. Yusuf Qaradawi résume : « Il n’est pas permis à l’homme de frapper sa femme au visage car cela est une humiliation à la dignité humaine et c’est aussi un danger pour cette partie du corps qui regroupe les principaux traits de beauté du corps. S’il est permis au musulman, en cas de nécessité, de corriger sa femme lorsqu’elle se montre fière et rebelle, il ne lui est pas permis de la frapper durement, surtout au visage ou aux endroits vitaux. » La signification de « durement » est laissé à l’appréciation de chacun, en fonction de son tempérament : c’est dire que l’éventail est assez large…

La jurisprudence malikite, jurisprudence de référence des Maghrébins – rappelons-le –, indique les modalités du dédommagement payé à la femme en cas de blessure : « Mâlik a rapporté qu’il a entendu dire Ibn Chihab dire : « Il est de la Sunna qu’un homme causant une blessure à sa femme lui paie la diya [indemnité] correspondante à cette blessure, sans qu’il soit soumis à la peine prescrite. » Mâlik a dit aussi : « Or, il n’en est de tel qu’au cas où cette blessure est involontairement causée par l’homme qui a frappé sa femme avec un fouet et lui a crevé un œil par exemple. » » : ce qui laisse entendre que l’homme qui fouette sa femme n’est pas une situation exceptionnelle. Dont acte.

  • Conclusion

L’argumentaire de Tareq Oubrou a au moins une qualité : celle d’être divertissant. Il patauge dans les contradictions et les incohérences de façon assez pathétique au point qu’on se demande jusqu’où cela peut aller.

Tariq Ramadan de son côté est pris dans le même réseau de contradictions mais il a au moins l’intelligence d’en prendre acte pour tenter de les dépasser sans trop tergiverser puisqu’il écrit : « 1) Oui, il existe des textes (un verset, donc des traditions prophétiques) qui se réfèrent au fait de frapper son épouse ; je les cite puisque ce sont les textes que les musulmans lisent et citent. 2) Voici quelles sont les interprétations qui ont été proposées, des plus littéralistes – qui justifient le fait de frapper son épouse au nom de Coran – aux plus réformistes – qui lisent ce verset à la lumière du message global, et qui contextualisent le verset et les traditions prophétiques en tenant également compte de leur chronologie. 3) À la lumière de ces interprétations et en considérant l’exemple du prophète qui n’a jamais frappé une femme, j’affirme que la violence conjugale est contraire aux enseignements islamiques et que l’on doit condamner ces agissements. »

Quoique cette conclusion au regard des enseignements islamiques soit loin d’être juste, on ne peut que s’accorder avec Tariq Ramadan que la violence conjugale est odieuse et moralement condamnable, en particulier au regard des valeurs occidentales. Il n’en demeure pas moins, de quelque façon qu’on tourne le problème, que l’islam reste incontestablement une religion qui autorise par son texte le plus sacré un homme à frapper sa femme s’il craint sa désobéissance : la miséricorde d’Allah est décidément bien mystérieuse !

Frapper sa femme : une démarche cohérente en islam

Quoiqu’en disent les dénégateurs, le Coran offre sans aucune ambiguïté la possibilité au musulman de frapper ses femmes (cf. frapper dans le Coran). Comment faut-il comprendre aujourd’hui l’exercice de ce droit et qu’est-ce qui le rend légitime ?

Au-delà des positions des uns et des autres déjà évoquées dans un autre article (cf. frapper), voici une analyse alinrès intéressante d’une sommité mondiale du droit musulman : Yusuf Qaradawi (voir personnalités).

  • Rappel : le droit de frapper sa femme est le corollaire de l’expression de l’autorité de l’homme car la femme doit obéir à son mari

Yusuf Qaradawi écrit : « L’homme est le seigneur de la maison et le maître de la famille d’après sa constitution, ses prédispositions naturelles, sa position dans la vie, la dot [ndlr le mahr] qu’il a versée à son épouse et l’entretien de la famille qui est à sa charge. Pour toutes ces raisons, la femme ne doit pas désobéir à son mari, ni se rebeller contre son autorité provoquant ainsi la détérioration de leur association, l’agitation dans leur maison ou son naufrage du moment qu’elle n’a plus de capitaine. »

  • L’analyse telle qu’elle ressort des écrits de Yusuf Qaradawi

Yusuf Qaradawi précise bien sûr : « Le Prophète a fortement déconseillé les coups en disant : « Pour quelle raison l’un de vous frappe-t-il sa femme comme on frappe son esclave ? Il se peut qu’il ait des rapports [ndlr sexuels] avec elle en fin de journée » (hadith rapporté par Ahmad). Il a dit au sujet de ceux qui frappent leurs femmes : « Vous ne les trouverez pas parmi les meilleurs d’entre vous » (hadith rapporté par Ahmad, Abou Dawoud et an-Nassa’i). »

D’ailleurs, les meilleurs musulmans ne devraient pas avoir à y recourir puisque, d’une part, ils devraient avoir choisi les meilleures femmes musulmanes, les plus obéissantes conformément au statut que le Coran leur attribue ; et, d’autre part, parce qu’ils devraient être en mesure de trouver un moyen par leur intelligence de convaincre leurs femmes de redevenir obéissantes sans avoir à recourir à la force. C’est un objectif qui n’est malheureusement pas à la portée de tous et toutes.

Mahomet faisant naturellement partie des meilleurs musulmans, il s’est sans doute tenu à cette conduite. Yusuf Qaradawi rappelle : « An-Nassa’i a rapporté cette partie du hadith d’Aïcha : « Jamais le Messager de Dieu n’a frappé l’une de ses épouses ou l’un de ses serviteurs. Il n’a jamais frappé quelqu’un de sa main, sauf dans le sentier de Dieu, ou lorsqu’on transgresse une des limites de Dieu. Dans ce cas, il se venge, pour Dieu, du transgresseur. » »

En réalité, Aïcha, qui n’était rappelons-le qu’une petite fille puis une adolescente, a affirmé sa conviction, qui ne peut en aucun cas constituer une preuve. Comment aurait-elle pu être présente en permanence avec Mahomet ? Si Mahomet a un jour levé la main sur une de ses femmes en privé, celle-ci n’avait intérêt à en faire état en public pour préserver son honneur : comment Aïcha l’aurait-elle su à coup sûr ? Et puis aller se confier à une petite fille quand on est une femme d’âge mûr…

Bref, quittons cette terrain du comportement de Mahomet qui ne peut apporter aucune certitude et ne fournir aucune argumentation valable, dans le contexte de l’exemplarité de Mahomet. Eh effet, si Mahomet avait voulu interdire les coups à tous, il n’avait simplement qu’à le dire : or il ne l’a pas fait. D’ailleurs, ce n’est même pas la question puisque le Coran, donc Allah, est explicite (comme le Coran le revendique lui-même, pour une fois à bon escient…).

En réalité, il va de soi que les coups ne sont pas une préconisation pour régler immédiatement n’importe quel différend entre le mari et ses épouses mais une solution graduelle, qui reste, il faut le souligner, néanmoins parfaitement valable pour les musulmans, même pour ceux résidant en Occident.

Yusuf Qaradawi rappelle d’ailleurs : « Un homme vient demander au Prophète : « Ô Messager de Dieu ! Quels sont les devoirs que doit le mari envers sa femme ? » Il répondit : « Il doit la nourrir quand il a de quoi se nourrir et la vêtir quand il a de quoi se vêtir. Il ne doit pas la frapper au visage, ni lui souhaiter de devenir laide, ni la mettre en quarantaine en dehors de la maison » (hadith rapporté par Abou Dawoud et Ibn Hiban). » Dans ce hadith, Mahomet n’évoque clairement pas une interdiction de frapper une femme mais seulement de la frapper au visage.

Donc reprenons : avant les coups, il doit y avoir tentative de négociation. Ce qui est interdit au musulman, c’est de frapper sa femme sans avoir préalablement tenté de négocier avec elle pour la ramener à l’obéissance.

Si la négociation et l’abandon du lit conjugal sont inefficaces, alors viennent les coups. Yusuf Qaradawi précise : « Si cela s’avère inutile, il essaie de la corriger avec la main tout en évitant de la frapper durement et en épargnant son visage. Ce remède est efficace avec certaines femmes, dans des circonstances particulières et dans une mesure déterminée. Cela ne veut pas dire qu’on la frappe avec un fouet ou un morceau de bois. C’est plutôt une façon de frapper pareille à ce que dit le Prophète à l’un se ses serviteurs qui l’avait irrité : « Si je ne craignais pas la loi du talion du jour de la Résurrection, je te ferais certainement bien mal avec ce cure-dents (bâton d’arac) » (hadith rapporté par Ibn Sa’d). » Il n’est pas précisé ce que signifie le terme « durement », mais on peut imaginer que cela n’est clairement pas de l’ordre de la tape amicale.

S’agissant du visage, Yusuf Qaradawi précise la raison de cette interdiction : « Il n’est pas permis à l’homme de frapper sa femme au visage car cela est une humiliation à la dignité humaine et c’est aussi un danger pour cette partie du corps qui regroupe les principaux traits de beauté du corps. S’il est permis au musulman, en cas de nécessité, de corriger sa femme lorsqu’elle se montre fière et rebelle, il ne lui est pas permis de la frapper durement, surtout au visage ou aux endroits vitaux. »

  • Conclusion

La conclusion de Yusuf Qaradawi est on ne peut plus claire : « L’imam al-Hafiz Ibn Hajar a dit : « Il y a dans ces paroles du Prophète « Jamais les meilleurs d’entre vous ne frappent leurs femmes » une preuve qu’il est globalement permis de les frapper pour les corriger, si le mari voit chez elle quelque chose qu’il n’aime pas dans sa façon d’accomplir son devoir d’obéissance envers lui. S’il se contente de la menacer ou de lui faire des remontrances, cela est préférable toutes les fois qu’on peut atteindre son but par la suggestion sans recourir aux actes, car cela détériore la bonne entente qui doit régner dans la vie conjugale. Maintenant, s’il s’agit d’une affaire où il y a désobéissance envers Dieu, il doit la frapper. (…) Si tout cela ne donne aucun résultat et si l’on craint l’aggravation de leur désaccord, c’est alors que la société islamique et les gens connus pour leur sagesse et leur bonté doivent intervenir pour les réconcilier. »

PS : Pour plus de détail, voir également la jurisprudence chaféite (cf. jurisprudence chaféite) sur cette question, tout à fait cohérente avec l’analyse ci-dessus et qui apporte même des précisions intéressantes.

Le droit de frapper sa femme au salon de la femme musulmane (septembre 2015)

Réaction de Céline Pina, conseillère régionale en Ile-de-France, à l’occasion du salon de la femme musulmane (septembre 2015), au cours duquel le droit de frapper sa femme fut abordé (les références coraniques étant sur ce point très claires cf. article frapper sa femme dans le Coran). Elle fait notamment état du silence assourdissant de la classe politique française sur le sujet, qu’on peut certainement rattacher à une lâcheté profonde, voire viscérale.

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Le droit de frapper sa femme : la doctrine coranique

Le Coran autorise le mari à battre ses femmes. Ce n’est pas une recommandation mais un droit qui est la conséquence logique de la prééminence de l’homme sur la femme et de l’autorité qu’il a sur elle :

Coran, sourate 4, verset 34 : « (…). Quant à celles [ndlr vos femmes] dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous de leur lit et frappez-les. Si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand ! »

Précisons que l’argument parfois entendu consistant à prétendre que « frappez-les » est une mauvaise traduction en français, ne correspond pas au sens habituel et aurait dû être traduit par un autre mot est infondé : le terme est sans ambiguïté en arabe et se retrouve en effet traduit ainsi dans nombre de traductions : « frappez-les » chez Denise Masson ; « frappez-les » chez Régis Blachère ; « frappez-les » dans le Coran assabile ; « battez-les » chez André chouraqui ; etc.

Des hadiths connus ne font d’ailleurs pas état d’aversion particulière de Mahomet sur le sujet. Ainsi, la Tradition (Ibn Majah) rapporte que Ash’ath bin Qais a dit : « J’étais l’hôte d’Omar une nuit et, dans le milieu de la nuit, il alla vers sa femme et la battit ; je les séparai. Quand je retournai me coucher, il me dit : « Ô Ash’ath, apprends de moi quelque chose que j’ai entendu du messager d’Allah : « Un homme ne devrait pas être interrogé sur la raison pour laquelle il bat sa femme. »   » » ou encore (Abu Dawud) : « Omar ibn al-Khattab a dit : « Le prophète a dit : « On ne demandera pas à un homme pourquoi il bat sa femme »  » ».

La Sîra rapporte d’ailleurs les propos de Mahomet peu de temps avant sa mort : « Musulmans, vos épouses ne doivent point commettre d’action gravement honteuse. Si elles le font, Dieu vous donne l’autorisation de les mettre en quarantaine et de les battre, sans trop d’excès. Si elles renoncent à leurs mauvaises actions, elles auront le droit à la nourriture et au vêtement selon l’usage. »

La jurisprudence chaféite confirme tous ces éléments (se reporter à l’article Le droit de battre sa femme en jurisprudence chaféite).

Le droit de frapper sa femme : la position des musulmans aujourd’hui

En février 2015, au cours d’une émission en 2 volets sur la chari’a, voici le commentaire fait à ce propos par Omero Marongiu-Perria :

Omero Marongiu-Perria
Omero Marongiu-Perria

 Violence conjugale 1

Pour Omera Marongiu-Perria, le Coran prend acte de la culture tribale de l’Arabie du VIIème siècle. Cela veut-il dire que le Coran dans son ensemble n’est valable que pour un moment historique donné et n’a donc aucunement une vocation universelle pour la suite des temps ?

La position Mohammed Bajrafil est la suivante :

Mohammed Bajrafil
Mohammed Bajrafil

Violence conjugale 2

L’argument avancé par Mohammed Bajrafil selon lequel le verset 34 de la sourate 4 ne serait pas applicable du fait que Mahomet n’a jamais battu ses propres femmes n’a guère de sens :
1) cette affirmation est en réalité invérifiable (on ne peut pas prouver que quelqu’un n’a pas fait quelque chose – sauf à être avec lui 24 heures sur 24 – ; on peut en revanche être témoin qu’il l’a fait) ;
2) Mahomet souhaitant se situer au-dessus des autres hommes, il convenait naturellement qu’il eût un comportement plus élevé et plus noble que le commun des mortels ;
3) Mahomet n’a jamais récusé ce verset qu’il a lui-même émis ; ce n’est pas un verset abrogé : les musulmans sont d’accord sur ce point. S’il l’avait voulu, il l’aurait abrogé pour mettre fin à cette pratique.
Quant à l’idée que Mahomet est venu dire « mollo » alors qu’on battait donc à tour de bras sa femme à l’époque, on ne voit pas très bien sur quoi elle s’appuie.

C’est ce même argument très faible de l’exemple de Mahomet qui est utilisé par Tariq Ramadan qui écrit : « 1) Oui, il existe des textes (un verset, donc des traditions prophétiques) qui se réfèrent au fait de frapper son épouse ; je les cite puisque ce sont les textes que les musulmans lisent et citent. 2) Voici quelles sont les interprétations qui ont été proposées, des plus littéralistes – qui justifient le fait de frapper son épouse au nom de Coran – aux plus réformistes – qui lisent ce verset à la lumière du message global, et qui contextualisent le verset et les traditions prophétiques en tenant également compte de leur chronologie. 3) À la lumière de ces interprétations et en considérant l’exemple du prophète qui n’a jamais frappé une femme, j’affirme que la violence conjugale est contraire aux enseignements islamiques et que l’on doit condamner ces agissements. »

D’ailleurs, ce type de raisonnement d’exemplarité et donc d’imitation du comportement de Mahomet soulève une difficulté majeure, car s’il s’agit de copier ce comportement, les musulmans doivent-ils également aujourd’hui s’autoriser à épouser jusqu’à 9 femmes en même temps ? À épouser des jeunes filles prépubères ? À faire la guerre par les armes de façon offensive ? À exterminer les juifs ?…

On trouve également sur internet les positions d’autres musulmans, tout aussi peu convaincantes, comme celle-ci qui élude la question centrale du verset coranique autorisant explicitement cette pratique et qui tente d’opposer un hadith à un autre figurant pourtant dans un recueil authentique :

Havre de savoir Frappez les femmes

Havre de savoir Frappez les femmes

Bref, les musulmans sont empêtrés dans les contradictions et les multiples dénis de réalité, incapables de jeter au feu le verset coranique en question.

Cette question est d’ailleurs tellement problématique pour les musulmans qu’elle fait l’objet de débats religieux réguliers dans les rassemblements musulmans, surtout dans le contexte de la présence musulmane en Occident, comme en septembre 2015 à l’occasion d’un week-end où se tenait le salon de la femme musulmane et au cours duquel les Femen sont intervenues avec courage pour protester contre cette immense hypocrisie.

Le droit de frapper sa femme : la jurisprudence chaféite

La jurisprudence chaféite précise que le mari peut frapper sa femme dans les conditions suivantes :

Section m10.11 « Quand un mari constate des signes de rébellion chez sa femme, que ce soit par les mots ou par les actes (quand elle lui répond froidement alors qu’elle a l’habitude de lui répondre poliment ; il lui demande de venir au lit et qu’elle refuse, contrairement à l’habitude ; quand il la trouve distante vis-à-vis de lui alors qu’elle était précédemment gentille et joyeuse), il la prévient par la parole. (…) Si elle fait acte de rébellion, le mari sans lui parler refuse de dormir avec elle ou d’avoir des relations sexuelles, peut la frapper mais pas d’une façon qui la blesse, ceci signifiant qu’il ne doit pas lui casser un os, lui sectionner la peau ou la faire saigner. Il est contraire à la loi de la frapper au visage [A]. Il peut la frapper qu’elle fasse acte de rébellion une fois seulement ou plusieurs fois (une opinion plus faible tient que le mari ne peut frapper sa femme qu’à la suite d’actes de rébellion répétés).

Pour clarifier ce paragraphe, nous mentionnons les règles suivantes :

(1) À la fois le mari et l’épouse se doivent de se traiter l’un l’autre avec gentillesse et bienveillance.

(2) Il est contraire à la loi pour une femme de quitter le domicile conjugal sans la permission de son mari, mais elle peut le faire néanmoins en cas de nécessité pressante. La femme ne doit pas non plus autoriser quiconque à entrer dans la maison de son mari à moins que celui-ci n’y consente (…). La femme ne doit pas non plus rester seule avec un homme qui n’appartienne pas à la famille, quelques soient les circonstances.

(3) Il est obligatoire pour la femme d’obéir à son mari comme il est habituel de lui autoriser un complet usage sexuel de sa personne dès lors qu’il est conforme à la loi. Il est obligatoire pour le mari de lui permettre de rester chaste et libre de toute demande sexuelle si le mari en est capable. Il n’est pas obligatoire pour la femme de servir son mari, et si elle le fait, c’est par générosité volontaire.

(4) Si la femme ne remplit pas une des conditions ci-dessus, elle est dénommée « rebelle » (nashiz) et le mari prend les mesures suivantes pour remédier à la situation :
(a) remontrance et conseil, en lui expliquant l’incorrection de sa rébellion au regard de la loi, son effet néfaste sur la vie maritale, et en écoutant son point de vue sur le sujet ;
(b) si la remontrance est sans effet, il s’éloigne d’elle en refusant de dormir avec elle, afin que par ce moyen chacun apprenne jusqu’à quel degré il a besoin de l’autre ;
(c) si s’éloigner d’elle est sans effet, le mari a le droit de battre sa femme s’il pense que le fait de la frapper la ramènera dans le droit chemin ; mais s’il ne le pense pas, il ne doit pas la frapper. S’il la frappe, il doit le faire d’une façon qui ne la blesse pas et c’est le dernier recours pour sauver sa famille ;
(d) si le désaccord n’est pas résolu après tout cela, chaque partenaire propose un arbitre pour régler le différend par règlement, ou divorce. »

[A] L’interdiction de frapper les femmes au visage peut se comprendre dans la mesure où le visage est la seule partie du corps qu’une femme musulmane convenable est autorisée à exposer aux yeux de tous (le niqab/bourqa n’étant pas une obligation islamique). En effet, on peut comprendre qu’une femme dont le visage porterait des traces de coups serait le signe visible pour l’extérieur de difficultés familiales, ce qui est sans doute susceptible de porter atteinte à l’honneur de la famille.