La nouveauté musulmane : un bobard ?

Dernier article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (http://islametoccident.fr/?p=4814).

La lecture des textes sacrés de l’islam montre que l’apport spirituel de l’islam est inexistant, Mahomet se contentant, ainsi qu’il est répété à maintes reprises dans le Coran, d’être un répétiteur de la parole de Dieu, parole dont le véritable contenu avait déjà en réalité été livré dans la Thora. En effet, il est flagrant que Mahomet a pour l’essentiel copié le judaïsme, que ce soit sur l’aspect spirituel (ex. le monothéisme, la transcendance radicale de Dieu vis-à-vis de ses créatures) ou le souci des rituels (l’islam ayant repris des règles juives comme le principe des interdits alimentaires, auxquelles il en a adjoint beaucoup d’autres, parfois excessivement terre à terre : comment faire ses ablutions, dans quelles positions prier, comment faire ses besoins puis s’essuyer, etc.).

L’islam ne révèle en effet rien de nouveau sur Allah, au contraire : au-delà des formules de convenance évoquant un dieu miséricordieux et sage, l’islam en fait en réalité un dieu terrible et sans pitié, auquel il faut impérativement se soumettre, qui n’entretient avec ses créatures qu’une relation univoque débarrassée des complexités, et parfois des contradictions, dont le judaïsme est pétri et dont les juifs font leur miel pour couper les cheveux en quatre depuis des siècles, ce qui explique peut-être qu’ils fassent traditionnellement de bons tailleurs. L’islam n’est pas une religion de prix Nobel. Réduit à sa plus simple expression, le corpus spirituel musulman peut ainsi être très facilement assimilé par des masses incultes, car l’islam, projet idéologique, a une vocation politique à conquérir le monde en s’adressant aux masses les plus nombreuses, au contraire du judaïsme, religion élitiste et non prosélyte.

Cette situation explique sans doute aussi assez largement l’antisémitisme viscéral et millénaire de l’islam car, dans son absolue nécessité de supplanter son frère siamois dans la lutte éperdue pour accaparer l’héritage monothéiste (les chrétiens n’étant pas dans la course du fait de leur polythéisme supposé qui les rend hérétiques d’office), l’islam est condamné à jeter l’opprobre sur le judaïsme dans des termes profondément haineux (il suffit de lire les textes sacrés de l’islam pour être effrayé par la haine qui suinte de tous ses pores, Mahomet ayant déjà eu visiblement l’intuition de la solution finale avec les juifs de Médine qu’il a chassés ou exterminés).

Dans le même esprit, le livre de Robert Hoyland fait partager un point de vue intéressant qui bat en brèche le mythe selon lequel l’islam aurait constitué une rupture dans l’histoire de l’Arabie, ce qui revient à dire, en d’autres termes, que l’islam n’a en rien constitué une « révélation ».

« Pour les savants musulmans, les conquérants arabes ont apporté d’Arabie occidentale un corpus de lois complet différent de celui qui était alors en vigueur dans le reste de l’Orient, et en ont fait la nouvelle loi des musulmans. De nombreux spécialistes de l’islam acceptent aujourd’hui ce principe sans sourciller. Pourtant, l’Arabie était en contact avec le reste du Proche-Orient depuis des millénaires et, en outre, on sait que les systèmes juridiques sont toujours résistants au changement. Les lois qui étaient en place dans la région à la veille des conquêtes arabes l’étaient toujours le lendemain, et ce corpus juridique, constitué d’un mélange de droit proche-oriental et de droit romain, est resté en vigueur durant la période umayyade, complété par des amendements ad hoc conçus par les califes et leurs agents. À partir du début du VIIIème siècle, cependant, un ensemble de savants musulmans se mit à travailler sur cet ancien corpus et accepta, rejeta ou en modifia les règles en estampillant celles qu’ils approuvaient avec la mention « fait/dit par Muhammad ». Les usages anciens passèrent ainsi pour de nouvelles lois islamiques venues d’Arabie. (…) De nombreuses sentences considérées comme islamiques, comme l’amputation de la main pour le vol et la peine de mort pour les apostats, étaient appliqués dans la région bien avant l’islam.  (…) Ce processus fut mené à bien à un rythme effréné par un grand nombre d’autorités religieuses, dans différents centres de l’Empire arabe : dès le milieu du VIIIème siècle, plusieurs recueils des paroles et des actes de Muhammad étaient rédigés, notamment les célèbres volumes de Bukhari (mort en 870) et de Muslim (mort en 875). (…) Dans la mesure où un grand nombre d’éléments de ces recueils proviennent de coutumes et de pratiques du Proche-Orient préislamique, nous ne devrions pas considérer ce processus comme la promulgation d’un corpus juridique étranger, mais comme la construction consensuelle d’un ensemble de lois établi par la nouvelle communauté musulmane, dont la majorité était issue des peuples conquis. »

La « shahada » : une profession de foi politique tardive et fortuite ?

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (http://islametoccident.fr/?p=4814).

Un point de vue intéressant sur l’origine essentiellement politique de la profession de foi musulmane, la « shahada ».

« Abd al-Malik laissa astucieusement les groupes rivaux se déchirer entre eux et utilisa ensuite les troupes royales de Syrie pour remporter la victoire finale, tuant Abdallah ibn al-Zubayr en 692 et mettant fin à près d’une décennie de crise. Cette seconde guerre civile arabe avait été extrêmement clivante, et Abd al-Malik comprit qu’il fallait essayer d’assurer l’unité de la communauté, et démontrer aux sujets conquis ainsi qu’à ceux qui étaient hors de sa portée que le régime arabe était toujours une force avec laquelle il fallait compter. Il introduisit deux changements administratifs importants visant à harmoniser les différents systèmes présents dans son royaume : il créa une monnaie commune et décréta qu’il ne devait plus y avoir qu’une seule langue administrative officielle, à savoir l’arabe. Il conféra aussi un statut plus important à l’islam afin que la religion musulmane joue un plus grand rôle dans la vie publique. Cela n’avait pas été fait auparavant par égard pour les nombreux chrétiens qui se trouvaient parmi les populations soumises comme parmi les combattants arabes. En outre, Abd al-Malik avait constaté que son rival al-Zubayr avait remporté un immense soutien populaire en défendant la primauté du sanctuaire de La Mecque et du prophète Muhammad, et il était déterminé à usurper ce rôle pour lui-même. Il conçut à cette fin un nouveau credo islamique, « Il n’y a de divinité que Dieu et Muhammad est son prophète », et la fit écrire et frapper sur tous les documents officiels et sur la nouvelle monnaie. »

L’islam se félicite des divagations juridiques de l’Europe favorisant l’instauration d’un délit de blasphème

Lettre du European Centre for Law and Justice du 11 mars 2019 : https://mailchi.mp/eclj/blasphemy-case-islamic-authorities-congratulate-the-european-court-of-human-rights?e=31d53f1055

BLASPHEMY CASE: ISLAMIC AUTHORITIES CONGRATULATE THE EUROPEAN COURT OF HUMAN RIGHTS
Al-Azhar University and Pakistan welcome the recent decision of the European Court of Human Rights regarding blasphemy against Muhammad; it allows them to justify their own repression of freedom of expression in religious matters.
by PhD Grégor Puppinck
 If one needed any more arguments to convince the European Court of Human Rights (ECHR) of the necessity to retry the Austrian case of blasphemy against Muhammad, the highest Islamic authorities may have just provided it. They enthusiastically welcomed the E. S. v. Austria decision of last October 25 in which the Strasbourg Court validated the conviction of an Austrian lecturer for “defaming” Muhammad by comparing his union with 9-year-old Aisha to “paedophilia”. This lecturer, speaking in front of thirty people, wanted to denounce the practice of marriage of prepubescent girls in the Muslim culture, following the example of Muhammad. According to the European Court, these statements sought less to inform objectively than to demonstrate, in a “malicious” way that Muhammad is not a “worthy subject of worship” and thus constituted a “malicious violation of the spirit of tolerance, which was one of the bases of a democratic society”. The Court considered them to be “in a manner capable of arousing justified indignation” of the Muslims and “likely to disturb the religious peace”, and concluded that it was therefore legitimate to condemn their author.
 
On March 19, the Court must decide whether it agrees to refer the case for an “appeal” in the Grand Chamber for a new judgment. Rare enough, this request for referral is supported by 59,000 signatories of a petition to defend the right to criticize Islam in Europe.
 
This E. S. v. Austria judgment, described by the European Court as a “key case”, was echoed worldwide. It is more political than juridical. It has been strongly criticized in Western countries, both among conservative and free-thinkers, shocked that the European Court could limit to this point the guarantee of freedom of expression in religious matters. It has also been criticised because it completely relativizes the paedophilia and violence imposed on a 9 year-old girl. Conversely, in the Arab press, this judgment was greeted with enthusiasm and presented as a “historical decision”, or as “a victory for the Islamic world after the crisis of the cartoons published several times by several European newspapers.”
 
Exceptionally, some of the highest Islamic authorities have commented on this judgment, to rejoice and take advantage of it; which should question us.
 
This is the case of the Observatory of Islamophobia of the prestigious Cairo’s Al-Azhar University, the highest authority of Sunni Islam. It expressed its support to the Court’s decision and described it as “courageous”. It saw in it a general condemnation of “blasphemies against the Prophet” and the assertion of the principle that “freedom of expression does not permit the harming of the religious feelings of others”. According to this Observatory, this decision is important also in that it would contribute “to reduce the problems of Islamophobia” while “the number of Muslims in Europe could reach 14% in 2050”. Based on this decision, it urged “governments around the world and international human rights institutions to take measures to counter attempts to defame others on the grounds of freedom of opinion or freedom of expression.” It also called for “dissuasive legislation and sanctions against all those who attempt to attack religious forces”.
 
 
The E. S. v. Austria judgment was also praised by the main authorities in Pakistan, a country famous for being the most repressive in the world regarding blasphemy.
 
Thus, on November 13, 2018, Pakistan’s Prime Minister Imran Khanwelcomed the recent decision of the European Court of Human Rights not to authorize acts of profanity under the guise of freedom of expression”. Addressing the President of the European Parliament, he expressed “the hope that European countries will comply with the decision of the European Court and take measures to strengthen respect for religions and interreligious harmony”. He also expressed the “serious concerns of the Government and people of Pakistan regarding the blasphemous caricatures of the Holy Prophet, stressing the need to redouble efforts in European countries to avoid such provocative incidents; to raise awareness of the religious sensitivity of Muslims, especially the respect of the Prophet Muhammad”. His Minister for Human Rights echoed him, “urging the Western world to show respect for religions”. She also added that “freedom of expression does not protect blasphemy”.
 
Accordingly, the Secretary General of the largest world federation of Koranic schools (10,000 madrassas), Qari Hanif Jalandhari, saw in this decision “a very important step” and asked the United Nations to elaborate global legislation “condemning anyone who commits a blasphemy against divine books or sacred persons of all religions”. As for the Vice-chancellor of Bahauddin Zakariya University, Dr. Tahir Amin, he also stated that the verdict of the European Court is “undoubtedly a major and historical decision”.
Perhaps one should rejoice to see the highest judicial authority in Europe agreeing with the highest Islamic authorities on the respect to be shown to Muhammad? Perhaps this is a welcomed gesture of appeasement in the conflict of civilization between the liberal West and the Ummah? This perspective is attractive; and this is the direction followed by the European Court in this E.S. v. Austria case when it laid down the principle that States now have the obligation “of ensuring the peaceful co‑existence of all religions and those not belonging to a religious group by ensuring mutual tolerance”.

Is it grandeur, cowardice or naivety?
 
This ideal of peace is appealing, but its price is the freedom to speak the truth. It implies that any statement, even true, is condemnable as intolerance and incitement to violence as soon as threatening people declare themselves offended in their religious feeling. Of course, it is true that peace is the greatest good of society; and it is therefore right that, in order to preserve it, the authorities must sometimes limit individual freedoms. But society must be well threatened to sacrifice even the freedom to speak the truth; or then, not believe in it anymore.
 
 “What does the truth matter towards peace?” relativists from all sides will say. If truth does not exist, then, indeed, freedom of expression is of little value, and a mandatory “tolerance” should be imposed upon all.
 
Some might see a certain grandeur in the reckless respect of the religion of “the others”; a respect perceived as all the more commendable as it is usually accompanied by contempt for one’s own religious tradition. This may explain the “double standard” of the European Court’s recent case law, which, like so many postmodern Europeans, is more sensitive to attacks against Islam than to those directed against Christianity. Last year, it validated the Austrian speaker’s condemnation while granting its protection to the perpetrators of true anti-Christian blasphemy committed in the Moscow Cathedral and the major Lithuanian press.
 
Others may see cowardice in sacrificing freedom of expression for fear of “putting at risk religious peace”.
 
Others yet may see naivety in rejoicing at the support of Al-Azhar and Pakistan, as these authorities find in the European Court’s decision a justification for their own repression of freedom of expression in religious matter.
Thus, in Pakistan, in addition to the emblematic Asia Bibi case, about 1,500 persons were accused of blasphemy between 1987 and 2016 according to the Centre for Social Justice, and more than 70 persons have been murdered since 1990 on such crime allegations. Just recently, a thirty-year-old man was sentenced to death for allegedly “insulting Prophet Muhammad” on Facebook. Prime Minister Imran Khan declared again, recently, before an audience of imams, his will to “support and defend article 295c” of the Penal Code which punishes by death or life imprisonment anyone who “defiles the sacred name of the Holy Prophet Muhammad”. Western countries, the European Parliament and the United Nations Human Rights Committee have been calling for the repeal of this law for years.
With Egypt, Pakistan is leading the global campaign led by the Organization of Islamic Cooperation (OIC) for the global limitation of freedom of expression regarding religion. This campaign led to the adoption by the UN Human Rights Council of a series of resolutions condemning the “defamation of Islam”, then the “defamation of religions”. It was only after years of intense debate that governments attached to the modern conception of human rights were able to counter this initiative by adopting a resolution on 12 April 2011, which is based on the belief that freedom of expression is the best antidote to intolerance.
 
The recent decision of the European Court goes, surprisingly, against the efforts of Western countries to safeguard freedom of expression in religious matters. It is even interpreted by the Islamic authorities as finally giving them reason, and places them in the extravagant situation of giving lessons of religious tolerance to the European states.
 
This decision is also sad news for all those who, among Muslims, hope to find in Europe the protection to brave the Islamic ban on criticizing Islam and reinterpreting the Qur’an and hadith.
 
This decision stands out also clearly from the recent judgments of the Court. Previously, the Court had established the principle that freedom of expression protects words that “offend, shock or disturb” and that freedom of religion does not confer the right “to see religion protected from negative comment.” Moreover, it had recognized to believers the obligation to “tolerate and accept the rejection by others of their religious beliefs and even the propagation by others of doctrines hostile to their faith.” On that basis, it had guaranteed the freedom of expression of anti-religious messages. Last year, it gave its protection to the famous “Pussy Riot”, the punk band condemned in Russia for organizing a “performance” in the choir of the Moscow Cathedral with cries including “shit, shit, shit L***”. It also held that Lithuania could not sanction the dissemination of blasphemous advertisements presenting Christ and the Virgin Mary as tattooed and lascivious junkies.
 
The European Court, in judging this case, was aware of these issues since we had warned it in our written observations.
 
Certainly, there is no reason to make blasphemy and vulgarity into human rights! There is no “right to blasphemy” but a right to freedom of expression with responsibilities and limitations. Only the dissemination of free offensive obscenities as well as the incitement to immediate violence should be restricted. But if obscenity and incitement to violence must be censored, such should not be the case of mere criticism.
The European tradition teaches that there is no lasting peace without truth and justice. Because Europe is the heir, since ancient times, of a civilization that identifies God with truth and love, and not with arbitrariness and force, we place those at the top of our values and do not conceive that truthfulness could offend God or society. Seeking the truth and knowing God are one. This is certainly the origin of our attachment to rational research and criticism. We want a society in which “Love and faithfulness meet together; righteousness and peace kiss each other”. Righteousness and peace, which characterize the ideal of every society, are the fruit of love and truth. True peace, therefore, is not reduced to the superficial absence of violent conflict, and it is vain to pretend to establish it on lies or relativism.
 
The Austrian lecturer told the truth. She is criticized above all for having done so in a “malicious” way, that is to say without love. What do we know about it, and is it justice’s role to judge one’s intentions? Moreover, to make this reproach is to forget that the denunciation of evil, to protect society, under its apparent roughness, is an act of love.
 
For all these reasons, it is to be hoped that the Court will agree to retry this case in order to guarantee the freedom to criticize any religion, to defend the rights of truth over error.

Les prétendus hadiths : un instrument politique ?

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (http://islametoccident.fr/?p=4814).

Sans revenir sur l’émission extravagante par Mahomet des milliers de hadiths rapportés par la Sunna, ni sur leur incohérence (et leur fiabilité), il est intéressant de les interpréter de façon tout à fait rationnelle et réaliste comme une construction a posteriori à visée politico-religieuse comme le fait Robert Hoyland en se fondant sur les sources historiques disponibles.

« Pour les Umayyades, manifestement, l’idée selon laquelle l’ère des prophètes était révolue et les califes agissaient désormais comme les agents de Dieu sur terre était fondamentale. La pratique et la législation de Muhammad étaient bien entendu importantes pour la communauté : les Arabes « respectaient la tradition de Muhammad, leur maître, à tel point qu’ils infligeaient la peine de mort à toute personne prise en train d’enfreindre effrontément ses lois », dit le moine du VIIème siècle Jean de Fenek. Mais, pour les Umayyades, les nouvelles lois étaient du ressort des califes. Les savants religieux se mirent bientôt à contester ce point de vue, et certains le firent en affirmant que les actes et paroles (hadith) de Muhammad leur avaient été fidèlement transmis. La chose fut apparemment rare au cours des deux premières générations après Muhammad : « J’ai passé un an auprès d’Abdallah fils d’Umar Ier (mort en 693) », rapporte un juriste, « et je ne l’ai pas entendu transmettre quoi que ce soit venant du Prophète ». Mais l’idée acquit bientôt un soutien populaire. Un autre savant dont les écrits datent d’environ 740 remarque : « Je n’ai jamais entendu Jabir ibn Zayd (mort vers 720) dire : « le Prophète a dit… », et pourtant les jeunes hommes qui se trouvent ici le disent vingt fois par heure ». Un peu plus tard encore, les paroles de Muhammad furent mises sur un pied d’égalité avec le Coran comme source de la loi islamique. À l’époque de Muawiya, cependant, cela ne constituait encore qu’un lointain futur : pour l’heure, les califes – non les savants – légiféraient. »

Comment traduire un Coran souvent obscur ?

L’émission de France 2 « Islam » du 24 juin 2018 était consacrée à la problématique de la traduction du Coran, sujet hautement sensible pour les musulmans, l’arabe étant réputé être une langue sacrée, ce qui génère dans le monde arabo-musulman une immense fierté, mais aussi souvent un certain mépris des autres langues dès lors qu’il s’agit de parler de religion.

Il faut louer l’objectivité avec laquelle les intervenants de cette émission ont évoqué cette question de la traduction. Les constats simples et de bon sens auxquels ils parviennent méritent hautement qu’on s’y attarde quelque peu.

  • L’obscurité (en arabe) du texte coranique

Comme le rappelle un des intervenants, l’arabe des Quraychites (tribu de Mahomet) parlé au VIIème siècle n’est pas l’arabe moderne, sans compter que le texte du Coran est déjà par lui-même souvent obscur.

France 2 Islam 180624 Traductions du Coran 2 Extrait 3

« L’arabe coranique n’est la langue maternelle de personne. C’est une langue très particulière qui peut peut-être donner aux arabophones le sentiment d’une fausse accessibilité. »

« Il faut le reconnaître, le texte coranique en fait est souvent [en arabe, par définition] très compliqué, très obscur, beaucoup d’incertitudes … »

Que penser lors que l’intervenant rappelle que le calife Abu Bakr (mort en 634), contemporain de Mahomet (mort en 632), et premier « calife bien guidé » de l’islam, ne sait pas lui-même ce que veulent dire certains termes employés par Mahomet ?

France 2 Islam 180624 Traductions du Coran 2 Extrait 1

  • « Traduire c’est trahir »

Un intervenant fait usage du dicton bien connu « traduire, c’est trahir » : en effet, il est impossible, pour quelque texte que ce soit, de rendre par une traduction la totalité des sens, images, qualités esthétiques sonores, etc. qu’il véhicule.

De fait, ce qui nous intéresse dans le cadre d’une analyse de la doctrine de l’islam, c’est seulement le sens philosophique du texte. Là encore, il semble qu’il faille déchanter : le Coran n’est guère aussi explicite qu’il prétend l’être, du moins si l’on en juge par les différences d’interprétation qui séparent les différentes écoles de l’islam, le fait de penser que la traduction par un musulman serait en soi meilleure que celle d’un mécréant étant par ailleurs une « pure illusion ».

France 2 Islam 180624 Traductions du Coran 2 Extrait 5

Cela étant, il est important de remarquer que les différences d’interprétation du Coran sont pour l’essentiel du 2ème ordre pour le non-musulman : ainsi par exemple, toutes les innombrables discussions sur les rituels n’ont aucune importance pour le mécréant. Mais pour ce qui est en revanche de la polygamie, de l’infériorité de la femme, de l’interdiction du mariage de la musulmane avec le mécréant, du rejet de la laïcité, etc., sujets de beaucoup plus grande importance, les musulmans sont tous d’accord.

  • Paradoxe : les traductions sont en réalité des aides

Face aux difficultés soulevées par les nombreux passages obscurs du Coran et « à des vocables coraniques très hermétiques », on en arrive ainsi à la situation paradoxale dans laquelle les traductions peuvent être des aides utiles puisque le traducteur a dû, en plus de son travail linguistique, faire un travail exégétique plus ou moins approfondi pour savoir ce que le texte voulait dire. En effet, « Ce n’est pas parce qu’on est arabophone qu’on va comprendre forcément l’essence des versets coraniques »

France 2 Islam 180624 Traductions du Coran 2 Extrait 4

  • Les traductions en français

Pour ce qui est traductions en français, les traductions de Denise Masson et de Régis Blachère semblent être des traductions de référence. Ce sont précisément ces deux traductions qui ont été utilisées dans le « Livret musulman de premier secours » que j’ai publié en juillet 2016 sur le site et qui est téléchargeable ici : http://islametoccident.fr/?page_id=1786

France 2 Islam 180624 Traductions du Coran 2 Extrait 2

  • Conclusion

Une émission fort intéressante qui permet de se débarrasser de deux complexes dans la compréhension de l’islam à partir des textes originels : le complexe de supériorité des arabophones et celui, tout aussi désastreux, d’infériorité des non arabophones.

7 niveaux de lecture du Coran : une pirouette dialectique pour échapper à la confusion ?

On sait que le Coran est un texte élaboré sur la base de recensions complexes et longtemps discutées partir de sources éparses, ce qui explique sans doute en partie sa faiblesse de construction, son absence de fil directeur et de chronologie, et ses multiples obscurités.

Comme le rappelle en outre un des intervenants de l’émission « Islam » du 28 janvier 2018, sa mise par écrit a été réalisée de façon très imprécise puisque l’absence originelle de points diacritiques pouvait transformer significativement  le sens des mots et donc du texte pour le lecteur. Faut-il voir dans cette confusion l’origine de la théorie des sept niveaux de lecture du Coran ? C’est possible.

France 2 Islam 180128 Revelation 3 7 lectures et diacritique

Mais que vaut un texte, prétendument clair et explicite, auquel on peut donner sept sens différents ?

D’ailleurs, on se demande bien quels peuvent être les 7 niveaux de lecture du verset suivant :

Coran, sourate 4, verset 34 : Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et à cause des dépenses qu’ils font pour elles sur leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leur époux, avec la protection d’Allah. Quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous de leur lit et frappez-les. Si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand !

L’arabe du Coran : une langue claire et explicite ?

Le Coran revendique à de multiples reprises être écrit dans une langue arabe claire et explicite. L’émission de France Islam du 10 juin 2018 s’interroge sur la signification de cette revendication. Visiblement, c’est loin d’être clair, y compris en arabe.

France 2 Islam 180610 Traduction Coran 1 Extrait

Une nouvelle exégèse coranique : un vœu pieu

Face à la difficulté extrême que connaît à l’islam à démontrer son absence de lien avec la violence et le terrorisme d’aujourd’hui, la question d’une nouvelle exégèse du Coran est devenue un sujet à la mode. L’émission « Islam » de France 2 vient d’y consacrer un épisode intitulé « Pour une nouvelle exégèse ».

  • Les thèmes abordés

Au vu des réactions des musulmans interviewés dans le reportage présenté dans cette émission, il semble que le besoin d’une nouvelle exégèse ne soit pas un besoin si pressant, d’autant, comme le souligne une personne interviewée, que le Coran est un livre simple. Le Coran revendiquant à de multiples reprises le fait d’être parfaitement clair et explicite, pourquoi en effet serait-il nécessaire de pratiquer l’exégèse, « interprétation philologique et doctrinale d’un texte dont le sens, la portée sont obscurs ou sujets à discussion » (Le Robert) ?

France 2 Islam 180527 Exegese 1 Extrait 5

Pour ce qui est de la distinction subtile opérée par un des intervenants entre « explication » et « exégèse », elle me semble faire partie de l’attirail habituel des intellectuels qui veulent subjuguer les hommes de bon sens par une érudition assez obscure et sans doute inutile.

France 2 Islam 180527 Exegese 1 Extrait 4

Si l’on se plonge dans l’histoire, il semble que la matière soit assez molle. Le Coran étant un livre prétendument parfait, il a toujours été difficile de l’expliciter, notamment par des références historiques propres au contexte de son apparition au VIIème siècle, car en réalité toute contextualisation est une atteinte au caractère sacré de la parole d’Allah, car on voit mal comment elle pourrait dépendre de contraintes humaines.

France 2 Islam 180527 Exegese 1 Extrait 1

Néanmoins, compte tenu des contradictions et incohérences inhérentes au texte coranique, la question de l’existence de versets « conjoncturels » s’est toujours posée, seule possibilité offerte pour tenter de résoudre ces contradictions et incohérences sans perdre complètement la face.

France 2 Islam 180527 Exegese 1 Extrait 2

Pour ce qui est l’exégèse mutazilite, elle se fonderait sur deux principes qui n’apportent a priori rien de novateur ni de très enrichissant par rapport aux spiritualités antérieures : « l’unicité de Dieu et la justice divine ». En outre, l’idée d’un « Coran créé, soumis au temps qui passe » est totalement antinomique avec l’idée, d’une part, que c’est bien Dieu qui parle, et, d’autre part, que l’islam est une religion édictant des principes universels valables jusqu’à la fin des temps puisque Mahomet se revendique comme étant le dernier prophète apportant la parole de Dieu. En revanche, l’idée que toute vraie évolution en passera par une « déconstruction de l’islam et du texte coranique » est une idée tout à fait intéressante.

France 2 Islam 180527 Exegese 1 Extrait 3

  • Conclusion

Au vu des idées échangées, empreintes d’un flou et d’une confusion assez visibles, on ne voit pas bien ce qui pourrait déclencher aujourd’hui un mouvement significatif au sein de l’islam pouvant aboutir à une révolution doctrinale qui débarrasserait le monde de la violence exercée au nom d’Allah.

Langue arabe, langue d’élection

Parmi les grandes fiertés du monde musulman figure en bonne première place la langue arabe dont tout l’islam s’enorgueillit. Qui n’est pas arabisant et s’est déjà risqué à porter un jugement sur la doctrine de l’islam (comme cela m’est déjà arrivé à l’Institut du Monde Arabe à Paris) s’est déjà probablement retrouvé confronté à la vindicte des arabisants qui supportent en général très mal qu’un blanc-bec ose critiquer ou porter une jugement sur l’islam.

Mais pourquoi une telle agressivité alors que, par exemple, ce type d’argument linguistique n’est pas brandi à la face de tous ceux qui prétendent réfléchir sur le christianisme et qui ne comprennent pas le grec (puisque nous ne disposons que de versions en grec des quatre Évangiles) – sachant par ailleurs que beaucoup de musulmans dans le monde ne maîtrisent pas l’arabe, et encore moins les subtilités de l’arabe dialectal pratiqué au VIIème siècle dans la tribu des Quraych – ?

Tayeb Chouiref, par ailleurs intervenant régulier de l’émission de France 2 « Islam » du dimanche matin, évoque cette question dans le cadre d’un dialogue avec des musulmans.

Islam et langue arabe

Tayeb Chouiref reconnaît avec raison que « la réflexion sur le sens peut se faire dans n’importe quelle langue », même si, et cela est vrai pour n’importe quelle langue, « la langue arabe possède certaines qualités qu’une traduction ne pourra jamais rendre » – d’ailleurs, plutôt que de « qualités », il vaudrait mieux parler de « propriétés » –.

Mais Tayeb Chouiref maintient néanmoins la supériorité intrinsèque de l’arabe sur toute autre langue car l’arabe possèderait un « aspect sacré » et constituerait une « aide spirituelle » indispensable au croyant, sachant que l’islam est pour les musulmans « LA » religion, c’est-à-dire la seule vraie religion.

L’islam rejoint ici, mais de façon différente, le judaïsme – son frère ennemi – dans sa prétention insupportable à identifier une « élite » à laquelle Dieu aurait donné sa « bénédiction » et à laquelle il vouerait une attention paternelle particulière, justifiant ainsi un statut spirituel supérieur, laissant patauger le reste de l’humanité dans la médiocrité et l’égarement.

On comprend mieux alors pourquoi les musulmans sont si susceptibles sur le sujet de la langue arabe car se permettre de critiquer l’islam sans maîtriser l’arabe sur le bout des doigts, c’est à la fois nier cette supériorité de l’islam et des musulmans (clairement affirmée par le Coran) sur tous les autres hommes mais aussi dévaloriser un des rares motifs de fierté de l’islam, copie spirituellement appauvrie et déformée du judaïsme, les tribus bédouines d’Arabie – terre sainte de l’islam – n’ayant par ailleurs guère contribué à l’épanouissement et au progrès du monde.

L’islam peut-il se réformer ? Deux témoignages musulmans

L’émission de France 2 « Islam » du 4 mars 2018 est revenue sur la problématique du sens du Coran et donc de la lecture littérale qui aboutit assez implacablement à l’intolérance et à la violence (à défaut de la soumission des mécréants), puisque c’est précisément ce que décrit de façon factuelle la vie de Mahomet que chacun peut lire.

Cette émission a été l’occasion de poser quelques questions essentielles auxquelles les intervenants musulmans ont apporté des réponses qui semblent assez inquiétantes pour une religion qui se présente comme d’amour et de paix, notamment :

« Dans les sociétés à majorité musulmane (…), y a-t-il des lueurs d’espoir, y a-t-il une recherche qui se poursuit dans ce domaine pour sortir de l’ornière (…) ? »

France 2 Islam 180304 Comprendre islam 2 Sclerose

« Du point de vue scientifique, et donc l’islamologie savante, vous pensez qu’il vaut mieux l’adopter et l’étudier plutôt en contexte européen ? »

France 2 Islam 180304 Comprendre islam 2 Européen

L’islam est-il réellement capable de se réformer sans s’auto-détruire ? Je pense que c’est impossible, car se réformer, pour l’islam, c’est renier ses fondements doctrinaux et son histoire, renier le modèle mahométan, raison pour laquelle aucune évolution significative de la pensée religieuse musulmane n’est à attendre. L’islam peut seulement se dissoudre temporairement ça et là dans une religiosité affadie au regard de l’orthodoxie doctrinale et qui lui permet alors de cohabiter apparemment pacifiquement dans un environnement occidental, jusqu’à ce qu’une nouvelle éclosion de frustration rentrée (économique, culturelle, coloniale ou autre) fasse renaître de ses cendres, chez tous ceux qui veulent alors renouer avec la réalité de l’islam originel, le sphinx de l’intolérance, de la violence, voire du terrorisme.