Haram & Halal : le grand bazar

L’émission de France 2 « Islam » a consacré deux épisodes à la question du haram (illicite) et du halal (licite) en islam : une occasion de constater que les choses sont loin d’être claires pour les musulmans.

  • Le principe de l’interdit

Certaines religions, en particulier le judaïsme et l’islam, font un large appel à la notion d’ « interdit », imposé à leurs croyants, sans être en mesure de justifier raisonnablement dans la plupart des cas le sens et l’intérêt spirituel de cet interdit (cf. notamment les interdits alimentaires qui contreviennent au simple bon sens, car ce n’est pas ce qui entre dans la bouche de l’homme qui souille l’homme, mais ce qui en sort).

On sait par exemple que juifs et musulmans, dont les religions sont en réalité très proches sous de nombreux aspects, abhorrent la consommation de porc tout en étant totalement incapables de justifier ce tabou. Un malheureux cochon aurait-il mordu Abraham ou celui-ci aurait-il mal digéré un petit salé aux lentilles ?

Les interdits ont surtout pour principal objectif d’asservir le croyant dans un réseau d’obligations qui l’emprisonnent physiquement et surtout mentalement, ces habitudes étant ancrées dès le plus jeune âge par une éducation essentiellement fondée sur la répétition mécanique, jusqu’à obtenir des réflexes pavloviens.

Les propos d’une des personnes interviewées sur le sujet reflètent bien la perplexité dans laquelle se trouve un croyant qui essaie de comprendre rationnellement l’origine et le sens de ces interdits :

France 2 Islam 180930 Halal 2 Signifcation

  • Qu’est-ce que le halal et le haram ?

La réponse est loin d’être claire car, comme le rappellent les intervenants, ces termes sont ambigus ou ambivalents.

France 2 Islam 180923 Halal 1 Definition

  • Quelques exemples

S’il existe de grandes catégories d’interdits, dès qu’on creuse un peu, la situation se complique visiblement rapidement.

France 2 Islam 180923 Halal 1 Exemples

La distinction entre « blâmable » et « interdit » semble porter le débat à son summum d’absurdité.

France 2 Islam 180923 Halal 1 Flou

  • La multiplication des interdits

Il semble qu’Al Ghazzali ait déjà compris il y a mille ans l’absurdité de la situation.

France 2 Islam 180930 Halal 2 Multiplication

  • La question de la viande

Comme déjà précisé dans un précédent article sur ce site, les musulmans ignorent pour leur grande majorité que la viande obtenue des gens du Livre leur est licite. La querelle du halal à l’école, dans les entreprises, etc. n’est, cela paraît évident, qu’une façon de manifester un communautarisme agressif.

France 2 Islam 180930 Halal 2 Viande

  • La question du voile

Comme le rappelle l’intervenant, « les interdits ont une histoire ». La question du voile est très débattue en islam et le port du voile est pour l’essentiel en Occident une façon de vomir publiquement la culture française, que ce soit pour les personnes d’origine immigrée qui veulent montrer leur non-assimilation dans  un pays dont elles ne supportent pas en réalité la tradition de tolérance et l’héritage culturel écrasant, ou pour les occidentales converties qui s’accrochent férocement au voile dans une soumission qui leur réserve un statut inférieur et pitoyable au regard de l’homme, et qui étalent ainsi sur leurs cheveux les stigmates de leur médiocrité.

France 2 Islam 180930 Halal 2 Voile

  • Encore et toujours la contextualisation

Face à une telle cacophonie et à ces multiples contradictions, la contextualisation, comme toujours en islam, est bien commode pour tenter de trouver une issue sans perdre la face à ce capharnaüm.

France 2 Islam 180930 Halal 2 Contextualisation

  • Les interdits, à quoi cela sert, si ce n’est même pas pour viser le paradis ?

Summum de l’abscons, le musulman est perdu en s’interrogeant sur le sens de ces pratiques puisque celles-ci ne lui assurent aucunement une meilleure place dans l’au-delà : c’est l’arbitraire divin, aucunement lié à la soumission rituelle du croyant.

France 2 Islam 180923 Halal 1 Retribution

  • Conclusion

Pour l’essentiel, les interdits sont là pour cacher un vide spirituel. Cette multitude d’interdits emprisonne l’esprit du croyant au lieu de l’ouvrir et de lui permettre de s’épanouir. La multitude d’opinions contradictoires émises par les religieux musulmans est la preuve de la confusion extrême sur cette question, qui offre néanmoins aux imams sunnites en mal de notoriété l’occasion de se distinguer dans ce grand bazar par leurs propres analyses personnelles.

Si l’islam a un secret, ce n’est sans doute pas celui qu’on croit

Les hommes de médias savent que, compte tenu de l’épouvantable médiocrité de la nature humaine, le sensationnalisme paie souvent. Ne voit-on pas toutes ces chaînes de télévision ou ces radios se vautrer pendant des heures dans la fange des catastrophes naturelles ou autres accidents épouvantables, n’ayant pourtant rien d’intelligent à en dire ?

Pour élever le débat et sortir des sentiers battus, mieux vaut se tourner vers ceux qui ont vraiment des choses à dire et dont le courage leur permet de passer outre aux tabous et aux menaces, par exemple : Radio Courtoisie (à la radio, ou sur internet dans les régions où le CSA réussit à la censurer, des tentatives d’étouffement étant toujours en cours aujourd’hui au nom sans doute de la liberté d’expression), « Répliques » sur France Culture avec Alain Finkielkraut, la revue « Éléments », ou encore (il faut l’espérer) la prometteuse émission de Frédéric Taddéi « Interdit d’interdire » sur l’abominable média Russia Today France « RT France » (car non contrôlé par le gouvernement français ou ses oligarques inféodés et où ne sévissent pas les journalistes français aux ordres de la macronie ou de la bien-pensance altermondialiste). Car, dans tout cela, seule compte la défense de la liberté d’expression.

Le sensationnalisme (morbide, sentimental, historique, etc.) marque aussi de son empreinte le monde de l’édition. Si un titre se doit d’être accrocheur, il faut savoir rester raisonnable ; or l’outrance se porte bien. En particulier, combien de « secrets » ne sont-ils pas censés être révélés par des livres, des émissions de radio ou de télévision ? Car pour tenter de pousser sa notoriété au niveau où son égocentrisme frustré l’appelle, l’auteur médiocre doit se distinguer par la nouveauté à tout prix du propos, voire la révélation d’un « secret », en couronnant le tout si possible d’un soupçon de complotisme face à « l’histoire officielle » .

Malheureusement, la réalité est souvent plus triviale. Dans un précédent article, j’ai attiré l’attention du lecteur sur un constat évident et important rappelé par Jérémy Ferrari, le seul humoriste français qui ait probablement jamais lu le Coran avec un minimum d’application : la plupart des musulmans ne connaissent pas leurs propres textes sacrés.

Jérémy Ferrari 2013 Connaissance du Coran

Quiconque lit sérieusement – et avec un tant soit peu d’esprit critique naturellement – le Coran et les hadiths a de grandes chances d’en venir à la conclusion que l’islam n’est pas une religion de prix Nobel. Les multiples contradictions de la doctrine, la régurgitation incompréhensible et inutile de l’histoire biblique dans le Coran, la pauvreté spirituelle du propos qui se résume peu ou prou, en tout et pour tout, à l’unicité d’Allah (« tawhid »), la substitution d’une richesse de pensée par la multiplication de rituels qui enrégimentent le croyant jusqu’à aboutir à une forme de claustration mentale (mais qui peut apporter une certaine sérénité et donc du bonheur), l’absence de réflexion et d’un véritable esprit critique : ne serait-ce pas cela en réalité le vrai secret de l’islam ?

C’est sans doute ce qu’Alfred de Musset a ressenti et exprimé, avec l’esprit de son époque, lorsqu’il écrivit le poème « Namouna », dont voici un extrait :

« Lecteur, si tu t’en vas jamais en Terre sainte,
Regarde sous tes pieds : tu verras des heureux.
Ce sont de vieux fumeurs qui dorment dans l’enceinte
Où s’élevait jadis la cité des Hébreux.
Ces gens-là savent seuls vivre et mourir sans plainte :
Ce sont des mendiants qu’on prendrait pour des dieux.

Ils parlent rarement, — ils sont assis par terre,
Nus, ou déguenillés, le front sur une pierre,
N’ayant ni sou ni poche, et ne pensant à rien.
Ne les réveille pas : ils t’appelleraient chien.
Ne les écrase pas : ils te laisseraient faire.
Ne les méprise pas : car ils te valent bien.

C’est le point capital du mahométanisme
De mettre le bonheur dans la stupidité.

Que n’en est-il ainsi dans le christianisme !
J’en citerais plus d’un qui l’aurait mérité,
Et qui mourrait heureux sans s’en être douté !
Diable ! j’ai du malheur, — encore un barbarisme.

On dit mahométisme, et j’en suis bien fâché.
Il fallait me lever pour prendre un dictionnaire,
Et j’avais fait mon vers avant d’avoir cherché.
Je me suis retourné, — ma plume était par terre.
J’avais marché dessus, — j’ai souillé, de colère
Ma bougie et ma verve, et je me suis couché. »

Or, habitués à débattre avec le secours de la raison, les Occidentaux semblent incapables de comprendre le phénomène de l’islam auquel ils sont confrontés. Cette propension en islam à répéter sans esprit critique des maximes et des comportements enseignés par tradition explique sans doute en grande partie pourquoi le dialogue raisonné avec la masse des musulmans est impossible : d’autant que confronter les musulmans à leurs propres textes sacrés et notamment à la biographie (Sîra) de Mahomet (qui fournit une description épouvantable de cet individu) est proprement insoutenable, ce qui conduit presque à coup sûr le mécréant trop critique à se voir – sans argumentation (l’expérience le confirmera immédiatement aux novices qui voudraient tenter l’expérience) – accuser de mensonge ou à subir une agressivité immédiate rendue prétendument légitime par des propos ressentis comme blasphématoires à l’égard du « Prophète » (un simple « mauvais regard » pouvant même justifier des mesures punitives en raison sans doute de la douleur provoquée par la mise à nu visuelle de cette infirmité spirituelle).

Cela étant, les musulmans, entretenus dans le culte de la vengeance post-coloniale par des Occidentaux en mal d’identité, frappés par le flux et le reflux d’une évolution sociétale qui ne leur propose en France aujourd’hui d’autres perspectives que la déferlante de l’homosexualité que l’islam abomine – suivie de près par ses rejetons que sont la P.M.A. et la G.P.A. – et qui s’accompagne de la dévirilisation sociale et sexuelle de l’homme dans un climat d’hystérisation féministe,

la multiplication délirante des « genres » issue d’une pathologie psychologique qui va jusqu’à contester les réalités biologiques les plus élémentaires, la laïcité laïcarde et athée qui n’offre plus aujourd’hui de vision du monde autre que la satisfaction de son égocentrisme jouisseur sans entraves, n’ont a priori aucune raison d’échanger leur islam fruste et pétri de contradictions contre l’inexistence des valeurs d’une société déboussolée, d’autant que judaïsme et christianisme n’ont rien de leur côté à leur proposer aujourd’hui : le judaïsme du « peuple élu » reste une religion  exclusive et non prosélyte, centrée sur son arrogance et son égocentrisme « aristocratique » ; quant au christianisme en décomposition en Europe de l’ouest, il n’ose même plus être lui-même par œcuménisme pour ne pas « froisser » ce très cher islam, ou par crainte de possibles représailles sur les chrétiens d’Orient. Face à une telle décadence, pourquoi l’islam occidental irait-il se renier pour « rien » ? Il vaut mieux encore être borgne qu’aveugle.

Cette claustration mentale que l’islam impose à ses fidèles conduit ainsi en pratique à une cristallisation identitaire et ethnique qui a néanmoins du bon pour le croyant musulman car elle le délivre de l’anxiété du questionnement spirituel et moral et le rassure dans ses choix, la soumission à Allah (« Inch Allah ») étant la réponse à tout et gage de salut. Au train où vont les choses reste à savoir quand islam et LGBT, les deux courants en vogue en ce moment en France, vont s’embrasser sur la bouche pour se donner le baiser de la mort.

Le paradis, récompense de la soumission à Allah

Beaucoup de représentants de l’islam de France contestent que l’islam soit une religion de soumission, ce qui n’a rien en soi de déshonorant, cette terminologie ayant néanmoins selon eux un caractère péjoratif. Or, que cette soumission à Dieu soit pour l’essentiel une obéissance presque aveugle à sa parole supposée être consignée dans le Coran est bien une réalité : les versets du Coran en témoignent clairement.

Il est cocasse de constater que Ghaleb Bencheikh, présentateur régulier de l’émission « Islam » de France 2, conteste dans une conférence spécifique consacrée à l’Institut du Monde Arabe au mot « islam » ( http://islametoccident.fr/?p=3938 ) cette idée de soumission alors même qu’un reportage diffusé dans l’émission qu’il dirige prend acte de cette réalité toute simple en islam : « le paradis représente pour le croyant la récompense de sa soumission à Dieu tout-puissant ».

France 2 Islam 201605 Chatiment & Recompense

La Vulgate d’Othman : un mythe

Lors de l’émission de France 2 « Islam » du dimanche 27 février 2018, il a été rappelé que, contrairement à ce que la plupart des musulmans croit, la composition du Coran s’est étalée sur une période relativement longue, et que l’idée selon laquelle le texte saint de l’islam aurait trouvé une forme stable rapidement sous la forme de ce qui est appelé la « vulgate d’Othman », une vingtaine d’années après la mort de Mahomet, est simplement fausse.

France 2 Islam 180227 Comprendre le Coran 1 Vulgate

Non, la prétendue parole d’Allah n’a donc pas été préservée des aléas de l’histoire humaine ! Ce texte, comme tous les autres textes religieux, est un texte lui aussi humain, avec les conséquences habituelles en terme de fiabilité et d’historicité.

Il est intéressant d’ailleurs de noter la mise par écrit a été tardive et n’a pas mis fin à la longue tradition de transmission orale au sein de l’islam, la mémorisation par cœur du texte coranique, sans même bien souvent en comprendre les mots et le sens, constituant une tradition bien établie au sein du monde musulman.

Au-delà de l’abrutissement auquel peut conduire la répétition mentale et mécanique de tout texte long et sans réelle signification parfois pour l’apprenant – tout cela au détriment de la réflexion et de l’esprit critique –, il ne faut pas s’étonner de la dangerosité de cette tradition dans la mesure où le texte religieux lui-même que constitue le Coran appelle dans de nombreux passages au mépris ou à la haine envers les mécréants.

On comprend mieux alors, pourquoi le grand islamologue Mohammed Arkoun disait toujours que « le Coran ne doit pas être mis entre toutes les mains », ce qui est pour le moins stupéfiant pour un texte présenté comme un texte d’amour et de paix.

France 2 Islam 180227 Comprendre le Coran 1 Par coeur

La soumission en islam : pourquoi un tel déni ?

  • La soumission en islam : la position schizophrénique de Ghaleb Bencheikh

Ghaleb Bencheikh, musulman pondéré et cultivé, présentateur attitré de l’émission de France 2 « Islam » diffusée le dimanche matin sur France 2 revient, dans le cadre d’une conférence sur le mot « islam » organisée par la société des amis de l’Institut du Monde Arabe en septembre 2016, sur la signification du mot « islam ».

Pour lui, le mot islam se réduit étymologiquement à « entrée dans la paix » et correspond à une « pacification intérieure, pacification de l’âme ».

Amis IMA Islam 160905 Soumission 2

À vrai dire, on ne voit pas bien l’importance de cette précision étymologique, si ce n’est que le terme français de « soumission » fait écho au titre du livre de Michel Houellebecq publié le 7 janvier 2015, au moment même du massacre de « Charlie Hebdo » (et de l’Hyper Cacher) perpétré par des terroristes musulmans, fiction qui décrit l’arrivée au pouvoir en France d’un président de la République musulman qui va instaurer la chari’a dans un contexte de lâcheté des élites politiques ayant fait leur deuil de l’identité française. Cet écho est insupportable à Ghaleb Bencheikh au point que celui-ci perd son sang-froid et se livre à une attaque vile en traitant Michel Houellebecq d’« écrivaillon ». Il est dommage que cette personnalité très cultivée s’abaisse ainsi à une telle vilénie.

Les mots arabes dérivent d’une racine composée de 3 lettres, voire 4, d’une grande richesse de sens et qui peut être à l’origine de multiples significations. Ainsi, le mot « islam » a pour racine SLM de laquelle dérive de multiples sens, comme obéissance, soumission, abandon, paix, etc.. Ainsi, les musulmans reconnaissent en Abraham le premier « musulman » au sens de sa soumission totale à Dieu, ce qui le fait ainsi entrer dans la « paix de Dieu ». Il a ainsi par exemple accepté de sacrifier son fils Isaac, avant que le bras de Dieu ne le retienne finalement : ce qui est bien une preuve de soumission ultime à Dieu. S’il n’y a pas « stricte synonymie, stricto sensu, mot pour mot » avec le mot français, la notion de soumission entendue de façon restrictive comme « obéissance plus ou moins totale » est néanmoins bien présente en arabe.

Cette notion de soumission ou d’abandon à Dieu n’a donc en soi rien de problématique. On retrouve par exemple cette notion dans le catholicisme avec le vœu d’obéissance que font les moines et religieuses. La soumission correspond aussi au fait de « s’en remettre à Dieu dans une allégeance voulue comme telle » ainsi que le précise Ghaleb Bencheikh, celui-ci indiquant même que « ce n’est pas gênant pour un adorateur de Dieu d’être soumis à son seigneur ». Ce n’est en principe pas gênant mais que se passe-t-il si le Dieu en question, « Allah », demande à ses adorateurs de massacrer ou d’asservir tous ceux qui pensent qu’il y a d’autres dieux ou qui ne reconnaissent pas sa divinité ? C’est sans doute ce qui gêne Ghaleb Bencheikh et qui justifie son combat étymologique.

Pour ultime preuve de son analyse schizophrénique, Ghaleb Bencheikh mentionne la traduction en arabe du titre de l’ouvrage de Michel Houellebecq qui n’est pas « islam », tout en reconnaissant néanmoins que certains éditeurs ont traduit ce titre en arabe par « ist islam » qui renvoie bien à l’idée d’une soumission religieuse comme lui-même finit par le reconnaître.

Amis IMA Islam 160905 Soumission 1

Sans prolonger un débat qui n’est pas d’une importance capitale, je fournis ci-dessous au lecteur deux compléments d’information qui pourront lui être utiles : d’une part, le Coran ; d’autre part, les avis d’intellectuels musulmans, et non des moindres.

  • Le Coran

Voici quelques versets (liste non exhaustive) du Coran qui semblent clairs sur la question de la légitimité de l’emploi du terme de « soumission » (la traduction fournie ici est celle de Muhammad Hamidullah, qui m’a été recommandée par la librairie musulmane faisant face à la Grande Mosquée de Paris : beaucoup d’autres traductions sont tout à fait similaires).

Sourate 2, verset 128. Notre Seigneur! Fais de nous Tes Soumis, et de notre descendance une communauté soumise à Toi. (…)

Sourate 2, verset 132. « Et c’est ce qu’Abraham recommanda à ses fils, de même que Jacob : « Ô mes fils, certes Allah vous a choisi la religion : ne mourrez point, donc, autrement qu’en soumis ! » (à Allah).

Sourate 3, verset 19 & 20. Certes la religion acceptée d’Allah, c’est l’islam. Ceux auxquels le Livre a été apporté ne se sont disputés, par agressivité entre eux, qu’après avoir reçu la science. (…) S’ils te contredisent, dis-leur : « Je me suis entièrement soumis à Allah, moi et ceux qui m’ont suivi. (…) »

Sourate 3, verset 102. Ô les croyants ! Craignez Allah comme il doit être craint et ne mourrez qu’en pleine soumission.

Sourate 16, verset 87. Les associateurs offriront alors ce jour-là à Allah la soumission, et ce qu’ils avaient inventé sera perdu pour eux.

Sourate 12, verset 101. Ô mon Seigneur. (…) Fais-moi mourir en parfaite soumission et fais-moi rejoindre les vertueux.

Sourate 33, verset 22. Et quand les croyants virent les coalisés, ils dirent : « Voilà ce qu’Allah et Son messager nous avaient promis ; et Allah et Son messager disaient la vérité ». Et cela ne fit que croître leur foi et leur soumission.

Par ailleurs, je ne listerai pas la multitude de versets intimant aux musulmans l’ordre d’obéir à Allah et à Mahomet (ex. le verset ci-dessous), car cela serait beaucoup trop long dans le cadre de cet article. Le lecteur peut retrouver cette liste dans le « Livret musulman de premier secours » disponible en téléchargement libre : http://islametoccident.fr/?page_id=1786

Sourate 2, verset 285. (…) Nous avons entendu et obéi. Seigneur, nous implorons Ton pardon. (…)

  • Citations d’intellectuels musulmans

Tariq Ramadan : « Le mot islam lui-même signifie « soumission » à Dieu, exprimant strictement un acte d’adoration avec son horizon spirituel. Par conséquent, respecter l’identité musulmane signifie bien reconnaître cette dimension première et fondamentale de la foi et, par extension, permettre aux musulmans d’accomplir toutes les pratiques religieuses qui modèlent leur vie spirituelle. »

Malek Chebel : « Que serait l’islam sans la soumission du croyant à son créateur ? La littérature coranique a beaucoup glosé cette notion, tandis que les auteurs les plus profonds ont signalé le type de relation que le musulman doit entretenir avec Allah. Il ne s’agit pas bien sûr d’une soumission aveugle, car elle est refusée d’avance. Il s’agit d’une soumission active et fervente, d’une adhésion plus que d’une soumission, d’une foi qui brûle l’âme du croyant et non d’une posture mécanique où le croyant serait l’objet passif de sa conviction, mais sans l’apport précieux de l’âme en fusion. (…) Il ressort de tout cela que l’« abandon à Dieu » ou « soumission » n’est pas l’apanage des seuls musulmans. Dans l’absolu et vu dans une perspective coranique, tout croyant est potentiellement soumis à Dieu. À ce titre, il est déjà un « musulman » au sens premier du terme, et cela avant même l’avènement de l’islam en tant que religion historique, pour autant évidemment qu’il en exprime le khuchu préalable, à savoir l’humilité et la foi qui déterminent le rapport à Dieu. Abraham serait ainsi le premier musulman au sens même où il s’est sincèrement abandonné à Dieu. C’est ce que les théologiens musulmans appellent le hanafisme. »

Yusuf Qaradawi : « Il n’est pas nécessaire pour le musulman de connaître en détail quel est le mal pour lequel Dieu a interdit telle chose. Il se peut que lui échappe ce qui apparaît à d’autres. Il se peut que ce mal ne soit pas découvert à telle époque et qu’il devienne apparent plus tard. Le musulman doit toujours dire : « Nous avons entendu et nous avons obéi ». »

L’islam, copie du judaïsme : la prière

On sait que l’islam est une copie du judaïsme dont il se prétend être le dernier successeur : les exemples d’emprunt abondent. Parmi ceux-ci, on trouve le principe du jeûne copié des juifs après l’hégire comme le rappelle l’islamologue Tayeb Chouiref dans l’émission de France 2 « Islam ».

France 2 Islam 170702 Jeune

Il est intéressant de noter que Mahomet, ayant rejeté les juifs peu de temps après l’hégire (cf. changement de direction de la prière) puisqu’ils refusaient de le reconnaître – jusqu’à décider de les massacrer dans certains cas –, en vint effectivement ensuite (2ème année de l’hégire) à établir ses propres règles de jeûne avec le jeûne du ramadan pour couper le cordon ombilical qui le liait encore aux juifs.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (19) La dhimmitude : un statut « protecteur » et donc avantageux

  • Problématique

Le Coran proclame sans ambiguïté la supériorité des musulmans sur les non-musulmans et donc l’inégalité des communautés humaines.

Coran, sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Coran, sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

La conséquence naturelle et logique de cette supériorité est l’existence d’un statut de citoyen de seconde zone, le statut de « dhimmi », dans lequel le dhimmi doit se soumettre à l’autorité musulmane et payer un impôt spécial, la jizya.

Coran, sourate 9, verset 29. Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation [jizya] de leurs propres mains après s’être humiliés.

La Sîra mentionne les propos de Mahomet : « Si un juif ou un chrétien se convertit à l’islam, il compte parmi les croyants, avec les mêmes privilèges et les mêmes obligations qu’eux. Celui, en revanche, qui reste juif ou chrétien, on ne peut le contraindre à quitter sa religion. Mais, dans tous les cas, il doit payer un tribut d’un dinar, qu’il soit mâle ou femelle, qu’il soit libre ou esclave. En échange de ce tribut [jizya], il aura la protection de Dieu et de son Envoyé. Sinon, il sera considéré comme l’ennemi de Dieu et de son envoyé. » 

Mais c’est par le traité d’Omar que le statut de dhimmi est généralement connu. Ce statut serait apparu au VIIème siècle : en 637 après JC, le patriarche chrétien de Jérusalem livra la ville à l’armée musulmane d’Omar. Un traité, dit Traité d’Omar, fut alors signé avec ce calife afin de fixer les conditions dans les lesquelles les chrétiens et les juifs étaient autorisés à vivre en pays musulman. Ce traité assujettissait juifs et chrétiens à l’autorité musulmane, mais leur garantissait un traitement meilleur qu’aux autres ennemis de l’islam, par la reconnaissance de droits privés (mais pas politiques), les autres mécréants n’ayant de choix qu’entre la conversion ou la mort. Les dhimmis étaient ainsi protégés des masses musulmanes qui avaient interdiction de porter atteinte à leur intégrité physique. C’est ce que rappelle l’émission de France 2 sur le judaïsme du dimanche 19 février 2017

France 2 Judaisme 170219 Dhimma et protection

S’agissant de la référence mentionnée par Josy Eisenberg concernant le qualificatif « de singes et de porcs » employé vis-à-vis des juifs et des chrétiens, elle peut surprendre mais elle est tout à fait exacte. Elle correspond à un passage du Coran où Mahomet s’adresse aux juifs médinois, que Mahomet haïssait, et aux chrétiens, juifs et chrétiens étant maudits par Allah.

Coran, sourate 5, verset 59. Dis [Allah s’adresse à Mahomet] : « Ô gens du Livre ! Que nous reprochez-vous si ce n’est croire en Allah, à ce qu’on a fait descendre vers nous et à ce qu’on a fait descendre auparavant ? La plupart d’entre vous sont des pervers ! »

Coran, sourate 5, verset 60. Dis : « Vous informerai-je que la rétribution auprès d’Allah sera pire que cela ? Allah transforme en singes et porcs ceux qu’il a maudits, qui ont encouru Sa colère, qui ont adoré le Taghout : ceux-là ont la pire place et sont les plus égarés hors du chemin droit ».

Ce statut de dhimmi s’explique par la filiation monothéiste à laquelle appartiennent les juifs et les chrétiens, filiation qui rend délicate doctrinalement pour l’islam leur conversion forcée ou leur mise à mort comme pour les autres mécréants. Le choix qui leur est proposé est donc simple : la conversion volontaire ou la soumission, comme l’indique Tareq Oubrou : « C’est dans une configuration géopolitique ou régnait une hostilité potentielle permanente que le droit canonique musulman classique a été forgé. Il n’offrait qu’une seule alternative : se convertir ou entrer en dhimma. La grave erreur des générations suivantes de canonistes fut de transformer ce droit circonstanciel en un droit sacré, infaillible. »

Le dhimmi n’est certes pas obligé de participer militairement à la défense de la communauté musulmane dans laquelle il vit, mais il s’agit bien d’un statut dévalorisant et humiliant car il ne saurait être question en islam de placer les musulmans sur un pied d’égalité avec les juifs ou les chrétiens qui sont des égarés volontaires du fait de leur refus de reconnaître la vérité de l’islam. L’émission précitée rappelle la perception humiliante de ce statut qu’en ont toujours eu les juifs, et qui s’exprimait par la coutume de la « gifle » :

France 2 Judaisme 170219 Dhimma gifle

Ce statut de dhimmi créé par l’islam a ainsi cristallisé doctrinalement l’infériorité des juifs et des chrétiens en terre d’islam, ce qui a imprégné pendant des siècles les mentalités au point, si l’on en croit l’émission précitée, de rendre quasi naturelle l’insulte de « sale juif » en terre d’islam :

France 2 Judaisme 170219 Le probleme des juifs

Aussi, voyons comment Tareq Oubrou présente de son côté les choses.

  • La présentation donnée par Tareq Oubrou

Tareq Oubrou indique : « L’islam a fixé le statut juridique de « dhimmi » ou mu’âhid (autre nom de « dhimmi » signifiant le « pactisant », celui qui s’engage à vivre en paix avec les musulmans), dont bénéficiaient les gens du Livre, c’est-à-dire les juifs et les chrétiens. (…) La dhimma est une catégorie de citoyenneté embryonnaire ou inachevée. (…) La philosophie de cet impôt lié à la dhimma (« jizya ») est résumée par la règle canonique suivante : « Pour la défense de la nation, les musulmans versent leur sang et les minorités religieuses versent un impôt ». Cette règle instaure, au fond, une sorte d’objection de conscience avant la lettre. »

Effectivement, la conversion n’est pas obligatoire pour les juifs et les chrétiens sous réserve qu’ils se soumettent à l’autorité musulmane. Mais limiter la signification du paiement de la jizya à la seule contrepartie de l’exemption de l’engagement militaire est une présentation orientée et fallacieuse car 1) cela n’a aucun rapport avec l’objection de conscience pour les Gens du Livre puisque ceux-ci n’ont pas le choix d’être soumis ou non à ce statut 2) Le statut de dhimmi s’accompagne de mesures vexatoires et humiliantes, précisément décrites dans la jurisprudence musulmane et passées ici sous silence. Le statut de dhimmi est clairement un statut d’infériorité manifeste et publique par rapport aux musulmans ; c’est loin d’être un simple statut « inachevé » à visée humaniste.

En revanche, il est vrai que ce statut, bien que « protecteur », n’a pas suffi à éviter des mesures encore plus humiliantes, voire de véritables persécutions des minorités religieuses en terre d’islam, ce que Tareq Oubrou reconnaît clairement : « Le concept de dhimma visait à l’origine à mettre les juifs, les chrétiens et les autres minorités à l’abri des conversions forcées et à leur garantir la dignité humaine. Malgré son aspect humaniste, en phase avec l’époque, il fut souvent mal interprété et mal appliqué. Ainsi, au cours de l’histoire musulmane, des exactions furent commises à l’égard de ces minorités, fréquemment pour des motifs d’ordre économique et politique. »

  • Conclusion

Le statut infériorisant et humiliant des mécréants en terre d’islam au travers du statut de « dhimmi », sorte de statut d’« Untermensch », de sous-homme, est tellement clair qu’il est impossible de le réfuter. Il imprègne, et c’est logique d’un point de vue doctrinal, toute la culture musulmane par le système de classement humain dont il est l’expression et qui rappelle de sinistres souvenirs. Sans ce sentiment profond, le génocide de 1,5 million de chrétiens arméniens par les Turcs musulmans aurait-il été possible en 1915 ? Une mise en bouche avant le nazisme ?

Il est facile de comprendre dans ce contexte comment le regard d’un mécréant, être inférieur et qui devrait donc baisser le regard, peut rapidement devenir encore de nos jours un « mauvais regard » avec des conséquences incalculables.

Quant au terme de « protection » utilisé pour faire croire qu’il s’agit d’une faveur accordée aux juifs et aux chrétiens par rapport aux musulmans, il est tout à fait trompeur. C’est un statut évidemment de soumission. Il suffit d’interroger les minorités non-musulmanes du Moyen Orient encore aujourd’hui pour en saisir tous les détestables relents.

La régression de l’islam constatée par les musulmans eux-mêmes

Si les musulmans prétendent détenir le livre parfait, loin s’en faut que la doctrine musulmane soit claire aujourd’hui. Le bateau prend l’eau de tous côtés. Comme l’évoquent (cf. esprit critique) Tariq Ramadan, Malek Chebel ou encore Tareq Oubrou, l’islam ne sait pas (ou plus) dialoguer et débattre. À l’occasion des attentats du 13 novembre 2015, l’émission de France 2 « Islam » du 22 novembre 2015 revient sur cette question. Le constat dressé par les deux interlocuteurs est accablant, notamment en comparaison de la liberté de débat, d’idées, à laquelle le monde occidental est habitué depuis bien longtemps déjà.

France 2 Islam 151122 Extrait 1

France 2 Islam 151122 Extrait 2

Le journaliste : « Je vous ai entendu à plusieurs reprises, et avoir lu aussi, toujours revenir sur l’idée qu’il y aurait des clôtures dogmatiques depuis longtemps. Est-ce que ce n’est pas aussi la responsabilité des intellectuels musulmans, des penseurs musulmans, dans l’état actuel de ce que l’héritage musulman est devenu ? »

Ghaleb Bencheikh : « Vous avez tout à fait raison : nous avons une régression dans la régression. Je n’ose même pas imaginer – je n’ai pas envie que nos chers amis téléspectateurs pensent que, lors de notre entretien ce matin… : j’ai envie de dire que nous fûmes grands nous autres arabes et musulmans. Mais Bagdad fut le lieu des controverses, les fameuses controverses qui sont les ancêtres de la disputatio, elle-même ancêtre de la soutenance de thèse. Et on ne prenait pas ses propres références comme base de discussion. Je ne parle même pas de cela. Je parle de la régression par rapport aux années 30 par exemple, où on pouvait parler librement et on débattait. Là on ne le fait plus. Donc la responsabilité des intellectuels, la tâche, le statut, l’engagement, la responsabilité de l’intellectuel musulman, du théologien, du philosophe, est tout aussi engagée. Donc il est temps de sortir des clôtures dogmatiques. »

Le journaliste : « Mais pourquoi y a-t-il eu ces clôtures dogmatiques ? Autant dans les pays musulmans, la plupart d’entre eux malheureusement, la liberté d’expression, de pensée, n’est pas forcément une valeur reconnue, autant, je dirais l’espace européen et démocratique permet ces réflexions. Mais pourquoi nous n’avons pas, justement, avancé sur ces points-là ? »

Il est quand même surprenant de voir le journaliste reconnaître comme une évidence que la liberté de pensée et d’expression n’est pas reconnue dans la plupart des pays musulmans alors qu’elle est assurée en Europe.

Ghaleb Bencheikh : « Pourquoi ? Parce qu’il y a eu abdication de la raison, défaite de la pensée, abrasement de la réflexion, négation de l’intelligence, et on était resté dans ce qu’on appelle la raison religieuse. On est resté dans la pensée magique, on est resté dans l’argument d’autorité, dans les fantasmes superstitieux. Voilà, il faut libérer l’esprit et justement, se libérer de ces fameuses clôtures dogmatiques (…). Eh bien, c’est ce travail-là, et cette tragédie est aussi un moment propice pour l’investissement intellectuel, pour une raison émergente (…). »

L’argument d’autorité est effectivement le grand argument opposé aux non-arabisants pour leur dénier toute légitimité à toute réflexion sur l’islam, ce qui n’a évidemment aucun sens. Tout ne se résume pas à des problèmes de traduction et, au pire, il suffit de s’appuyer sur les traductions des plus érudits ou des plus reconnus. D’ailleurs, quelle signification accorder alors aux désaccords entre arabisants alors que le Coran est censé être un texte parfait et explicite ? En vérité, ces questions de traduction ne sont que des prétextes pour dénier aux non-arabisants le droit de faire ressortir les nombreuses incohérences et contradictions de l’islam.

Quant à l’incapacité du monde musulman à s’accorder le droit de réfléchir, de critiquer des textes tellement sacralisés que leur vénération devient une sorte de superstition, Mahomet étant lui-même très superstitieux, pourquoi s’en étonner ? Quels progrès spirituels l’islam, copie à la base du judaïsme, a-t-il apporté depuis des siècles au monde, et en comparaison avec les spiritualités qui l’ont précédé, notamment le bouddhisme et le christianisme ? À quoi sert l’islam ?

Obéissance & Éducation

Selon le Conseil européen des fatwas« La promesse de l’Enfer liée à toute mauvaise action commise par le musulman signifie non pas que celui-ci y demeurera éternellement comme c’est le cas pour les négateurs (kuffâr), mais qu’il y sera envoyé comme tout monothéiste ayant désobéi. »

Pour Malek Chebel :

–  « L’école coranique où l’on égrène à longueur de journées des sourates et des versets, sans les comprendre et sans les relier à un contexte historique, est, de ce point de vue, la caricature de l’apprentissage mécanique. Sortir de cette méthode répétitive est en soi considéré comme un début explicite d’indiscipline, et parfois de vaine spéculation. »

–  « La charte des salafistes va jusqu’à abolir toute connaissance autre que celle véhiculée par le Coran. »

–  « Ce phénomène de dénigrement de la science en général et des sciences humaines en particulier ne concerne pas un seul pays ou une seule tranche de population ; il est tellement général que l’on se demande par quel miracle le lien social et la continuité des savoirs se sont maintenus. »

« À l’étudiant qui s’engage dans les études religieuses, le talib, on demande surtout une capacité d’assimilation passive des textes et de la tradition, sans aucun recul. » 

Pour Tareq Oubrou, le niveau tout à fait insuffisant des imams ne peut de toute façon pas permettre d’assurer une instruction religieuse de bon niveau :

–  « Amateurisme et dilettantisme [ndlr des imams] est trop souvent la règle. »

–  « Les communautés préfèrent s’offrir un imam du bled – célibataire de préférence – qui ne leur coûte pas cher et ne fera pas de vagues. »

–  « Pour qui veut lutter contre l’obscurantisme qui frappe aujourd’hui le monde musulman, la France n’est pas forcément un endroit de tout repos. (…) Tout discours élaboré sur Dieu, l’interprétation du Coran ou la nécessité d’adapter sa pratique à un environnement sécularisé s’apparente pour la plupart des musulmans, en particulier les jeunes littéralistes, à un blasphème. »

Soumission & Obéissance à Allah et à son messager

Les mots arabes dérivent d’une racine composée de 3 lettres, voire 4, d’une grande richesse de sens et qui peut être à l’origine de multiples significations, déjà en arabe. Ainsi, le mot « islam » a pour racine SLM de laquelle dérive de multiples sens, comme : obéissance, soumission, abandon.

Si le contexte peut apporter des précisions sur la nuance à retenir, il reste que l’obéissance est une qualité essentielle du musulman, quoiqu’en disent beaucoup d’islamologues qui tentent de valoriser l’autonomie intellectuelle du musulman dans un monde occidental où cette autonomie est acquise depuis longtemps.

Mais à qui le musulman doit-il obéir ?

  • L’obéissance due à Allah

Cette obéissance est naturellement d’abord due à Dieu.

Coran, sourate 2, verset 229 : « (…) Voilà les ordres d’Allah. Ne les transgressez donc pas. Ceux qui transgressent les ordres d’Allah sont des injustes. »

Coran, sourate 3, verset 64 : « – Dis : « Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah ». Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis ». »

Coran, sourate 24, verset 51 : « La seule parole des croyants, quand on les appelle vers Allah et Son messager, pour que celui-ci juge parmi eux, est : « Nous avons entendu et nous avons obéi ». Et voilà ceux qui réussissent. »

Coran, sourate 33, verset 35 : « Soumis et soumises à Allah, croyants et croyantes, obéissants et obéissantes, loyaux et loyales, endurants et endurantes, craignants et craignantes, (…) : Allah a préparé pour eux un pardon et une énorme récompense. »

Coran, sourate 33, verset 36 : « Il n’appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu’Allah et son messager ont décidé d’une chose, d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. Quiconque désobéit à Allah et à son messager est dans un égarement évident. »

Coran, sourate 5, versets 101&102 : « Ô les croyants ! Ne posez pas de questions sur des choses qui, si elles vous étaient divulguées, vous causeraient du mal. Si vous posez des questions à leur sujet, au moment où le Coran est révélé, elles vous seront néanmoins divulguées mais Allah effacera votre faute à ce propos. Allah pardonne et est miséricordieux. Un peuple avant vous avait posé des questions pareilles puis, devint pour cette raison mécréant. »

La récompense de cette soumission, cette obéissance complète à Allah est bien sûr la victoire dur l’ennemi : Hadith (Bukhari) : « D’après Abdallah Ibn Umar, le Prophète, lorsqu’il revenait d’expédition, prononçait à trois reprises le takbir [ndlr Allah u akbar : « Dieu est le plus grand »] et disait a dit : « Nous revenons si Dieu le veut, nous repentant, adorant, chantant ses louanges, nous prosternant devant notre Seigneur. Dieu a tenu Sa promesse, a aidé Son serviteur et mis à Lui seul en fuite les Coalisés ». »

Pour Yusuf Qaradawi : « La promesse de l’Enfer liée à toute mauvaise action commise par le musulman signifie non pas que celui-ci y demeurera éternellement comme c’est le cas pour les négateurs (kuffâr), mais qu’il y sera envoyé comme tout monothéiste ayant désobéi. »

Dans un autre contexte (les interdits), Yusuf Qaradawi rappelle : « Il n’est pas nécessaire pour le musulman de connaître en détail quel est le mal pour lequel Dieu a interdit telle chose. Il se peut que lui échappe ce qui apparaît à d’autres. Il se peut que ce mal ne soit pas découvert à telle époque et qu’il devienne apparent plus tard. Le musulman doit toujours dire : « Nous avons entendu et nous avons obéi ». »

Tariq Ramadan raccroche cette soumission à une analyse philosophico-spirituelle particulièrement sophistiquée : « La reconnaissance que l’on a affaire à deux révélations [ndlr le livre révélé – le Coran –, et le livre de l’univers], qui proviennent d’un créateur unique (at-tawhid), et que celui-ci attend de nous que nous le reconnaissions, que nous ayons foi en lui et que nous essayions de rester fidèles à ses enseignements établit, par l’essence de cette approche, le contenu de l’objectif premier que nous [ndlr Tariq Ramadan] essayons d’identifier ici. Or, l’idée d’être dans une sorte de dette (dayn) de reconnaissance, de remerciement et de fidélité vis-à-vis de l’Unique est le sens étymologique et profond du concept de “din“ et qui provient de la même racine verbale. Cette dette exige d’essayer de vivre la foi en essayant de rester fidèle à la conception établie par les deux révélations concernant la vie et la mort (din), et ce en suivant la voie (ash-shari’a). Ainsi, il ne s’agit pas seulement de protéger les piliers de la foi ou le rituel mais d’établir une approche holistique qui établisse, à partir de la reconnaissance du “tawhid“, que l’élaboration éthique – dans sa totalité et à tous les niveaux, du rapport avec la nature à la pratique médicale – a pour fonction naturelle et première de rester fidèle à cette reconnaissance existentielle de dette (dayn din) et d’agir en conséquence et en cohérence. »

Il apparaît que ce sentiment de dette vis-à-vis du créateur ne se traduit pas seulement par une humble soumission dans un climat bienveillant et empli de compassion, mais aussi par une soumission imposée par la crainte inspirée par Allah.

Ainsi Malek Chebel indique : « Seul Dieu (étant le Ghafur, « celui qui est enclin au pardon ») est en mesure de pardonner les fautes à celui qui, ayant péché, accepte de s’incliner et de revenir à la raison. Ce pardon est toutefois soumis au fait que le repentant écoute de nouveau avec ferveur et assiduité les enseignements de la tradition et se comporte avec l’humilité qui sied aux repentants. Le Coran développe l’idée de la « crainte de Dieu » à travers une centaine de versets. »

  • L’obéissance due à Mahomet

Mais cette obéissance est due à un niveau quasiment égal au Prophète Mahomet, bien que celui-ci ne soit qu’un messager.

Coran, sourate 3, verset 50« (…) Craignez Allah et obéissez-moi. »

Coran, sourate 8, verset 1« Ils t’interrogent au sujet du butin. Dis : « Le butin est à Allah et à son messager. » Craignez Allah, maintenez la concorde entre vous et obéissez à Allah et à son messager, si vous êtes croyants. »

Coran, sourate 24, verset 54 : « Obéissez à Dieu ! Obéissez au Prophète ! (…) »

Hadith (Bukhari, Muslim) : « D’après Abû Hurayra, le Prophète a dit : « Quiconque m’obéit, obéit à Allah ; et quiconque me désobéit, désobéit à Allah. Quiconque obéit à l’émir, obéit à moi ; et quiconque lui désobéit, désobéit à moi ». »

Hadith (Bukhari) : « Salama a dit : « Après avoir rendu allégeance au Prophète, je me retirai à l’ombre de l’arbre. Lorsque la foule des musulmans se fut éclaircie, le Prophète me dit : – Eh bien ! Ibn al-Akwa, est-ce que tu ne me prêtes pas serment ? – Je l’ai déjà fait, ô Envoyé de Dieu, lui répondis-je. – Alors prête-moi serment encore, reprit-il. Je lui prêtai donc serment une deuxième fois. » Un des rapporteurs dit : « Je demandai à Salama quel serment il prêtèrent ce jour-là. Il me répondit : le serment de combattre jusqu’à la mort ». »

Hadith (Bukhari) : « Abû Hurayra rapporte que le Prophète a dit : « Laissez-moi tranquille tant que je vous laisse tranquilles. Ceux qui vous ont précédés ont péri à cause de leurs questions à leurs prophètes et des disputes avec eux. Lorsque je vous interdis quelque chose, abstenez-vous en ; lorsque je vous ordonne quelque chose, faites-le autant que vous le pourrez ». »

Rémi Brague rappelle que « Le hadith fonde la rigueur de l’obéissance sur le fait que résister à Mahomet c’est résister à Dieu lui-même : « Quiconque est rebelle à Muhammad est rebelle à Dieu » (Bukhari). »

Par cet impératif requérant de lui obéir, on peut penser que Mahomet s’est auto-sacralisé afin d’assurer son pouvoir politique (ce qui était bien sûr de nature à déplaire fortement aux tribus arabes de l’époque et explique leur opposition naturelle). Cette sacralisation ne s’éteint pas avec la mort du Prophète mais perdure pour la suite des temps et est à mettre en rapport avec le caractère « intouchable » de Mahomet au yeux des musulmans, dont on voit les effets dès lors que quiconque s’avise d’émettre la moindre critique à l’égard du Prophète. Mahomet est nécessairement exemplaire.

Naturellement, toute désobéissance à Allah ou à son messager a de terribles conséquences. L’Éthique rappelle par exemple : « Puis les musulmans avaient reçu au cours de la bataille de Ouhoud [ndlr Uhud] une gifle douloureuse qui leur fit perdre soixante-dix de leurs hommes valeureux et les renvoya à Médine avec l’amertume de la défaite et la réjouissance des mécréants de leur malheur. Pourquoi cela, alors que leur croyance en Dieu et leur défense de la vérité les préparaient à une victoire éclatante ? Parce qu’ils se sont querellés, se sont divisés et ont désobéi à l’ordre de Dieu et de son prophète. »

  • Conclusion : une cinquième colonne d’agents dormants en Europe ?

Cette conception de l’obéissance pose un vrai problème lorsqu’elle est s’insère, comme c’est le cas en islam, dans une culture marquée par plusieurs autres caractéristiques :

–  les notions de dar-al-islam et dar-al-harb (cf. territoires) qui maintiennent toujours en filigrane le prosélytisme d’une religion dont la vocation est de conquérir le monde, en employant les armes si nécessaire lorsque le rapport de force devient favorable.

–  l’interdiction de prendre pour allié ou ami tout non-musulman (cf. amitié), car toute amitié est déjà un début de partage et de reconnaissance de valeurs non-musulmanes. Le non-musulman ne peut avoir qu’une seule position sociale : être soumis au musulman.

–  l’absence d’autorité spirituelle dans le monde sunnite qui introduit un flou considérable sur la réalité de ce qu’est l’islam et est un instrument extrêmement puissant pour introduire de la confusion dans tous les débats sur la réelle responsabilité de la communauté musulmane au regard de la violence générée par la religion dont elle est le porte-drapeau.

Ainsi, les Occidentaux européens, tenaillés par la bonne conscience chrétienne molle qui les imprègne  – cumulée en outre parfois à leur mauvaise conscience d’anciens colonisateurs ou exterminateurs, dans une société dont les valeurs sont par ailleurs en pleine décomposition –, sont bien incapables dans leur utopie humaniste de mesurer réellement le danger qui les guette.

En France, l’« élite » semble convaincue que la laïcité revancharde viendra à bout de l’islam : funeste et dangereuse prétention.

Sans doute les Européens feraient-ils bien de réfléchir à la condition imposée aux minorités non-musulmanes dans les pays musulmans et au sort que ces minorités connaissent, même après des décennies de vie communautaire plus ou moins chaotique,  lorsque l’islam retrouve sa vigueur d’antan.