Grande Mosquée de Paris et Fondation pour l’Islam de France : ça sent le gaz !

  • Problématique

La Grande mosquée de Paris, par la voix de son recteur, Dalil Boubakeur, ancien haut responsable du Conseil Français du Culte Musulman, vient de publier le 28 mars 2017 un texte qu’il est tout à fait intéressant d’analyser car il s’adresse à la fois aux musulmans et aux non-musulmans.

Il s’agit d’une proclamation, c’est-à-dire, selon les thèmes abordés, une déclaration d’intention et/ou une reconnaissance solennelle de certaines réalités. Par ce texte, en effet, la Grande mosquée de Paris confesse la reconnaissance directe ou indirecte de certaines des difficultés de l’islam en France sans toutefois abandonner toujours, comme on va le voir, le déni de réalité.

Proclamation GMP 170328

  • Le renouveau de l’orthodoxie musulmane

Avec la montée en puissance du fondamentalisme et du terrorisme musulmans, représentés notamment par Al Qaida et par l’État Islamique, l’islam de France s’était engagé devant le gouvernement français à produire un contre-argumentaire précis et documenté pour faire pièce au discours doctrinal très fourni de ces mouvements qui s’appuie sur des textes incontournables en islam. Nous l’attendons toujours.

En revanche, faute de produire ce contre-argumentaire, les représentants de l’islam de France ne manquent pas d’affirmer, sans fournir toutefois de preuves à l’appui, que l’islam véritable serait très différent de ce fondamentalisme, dont la Grande Mosquée de Paris reconnaît néanmoins « la montée en puissance, au sein de la communauté musulmane française » mais qui résulterait « d’une interprétation erronée de l’islam ». L’islam serait-il la seule religion que ses adeptes comprendraient aussi mal ? Car on ne voit guère et juifs, de chrétiens ou de bouddhistes tirer à la Kalachnikoff sur ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, ou leur foncer dessus à tombeau ouvert avec un camion.

Ce que voudrait la Grande Mosquée de Paris, c’est que les musulmans n’écoutent que les imams au discours officiel, politiquement correct, adoubés sans doute par elle-même : « Tout musulman doit prendre garde à ne pas chercher sa culture religieuse auprès de sources, de prédicateurs, de prêcheurs télévisuels, qui ne sont pas reconnus par les savants les plus respectés de la communauté. » Or le problème est que le discours des imams du monde arabo-musulman (Arabie Saoudite – terre sainte de l’islam –, Qatar, Iran, Égypte, etc.) est souvent beaucoup plus proche de celui des terroristes musulmans, qui s’appuie sur des textes authentiques et nombreux, que du discours souvent lénifiant de l’islam de France.

Enfin, on peut s’inquiéter tout à fait du constat fait par la Grande Mosquée de Paris s’agissant de l’intolérance religieuse qui semble être, à la lire, un penchant fréquent en islam : « Le musulman doit se prémunir en la matière du péché de vanité, qui consiste à donner des leçons à autrui sur ce qu’est un bon ou un mauvais musulman quand on n’a soi-même qu’une culture religieuse péremptoire, superficielle et approximative. »

  • Le jihad

Dans ce domaine, dont on peut se demander s’il constitue une priorité puisqu’il n’est abordé pour l’essentiel que dans l’avant-dernier point dans cette proclamation, Dalil Boubakeur n’innove guère et tient les habituels propos convenus sur la légitime défense, oubliant au passage à la fois la pratique guerrière de Mahomet et les dizaines de versets du Coran appelant à la guerre, ainsi que ceux précisant comme partager le butin. De façon plus générale, il est quand même très curieux de constater que l’islam est la seule religion suscitant, et de façon aussi régulière, des vocations terroristes : pourquoi ?

  • L’antisémitisme

Dalil boubakeur nous annonce que « (…) toute forme d’antisémitisme est contraire à l’enseignement du prophète Mohammed lui-même (…) ». Sur quels textes se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Pourtant les textes musulmans disent précisément le contraire : il n’y a qu’à ouvrir le Coran ; et jusqu’au hadith fameux et incontesté en islam de Muslim : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’arbre des juifs. »

Inutile de s’étonner dans ces conditions que l’islam ait de profondes racines antisémites, comme Georges Bensoussan l’a récemment rappelé.

  • Islamophobie et islamopsychose

Dalil Boubakeur « s’alarme du fait que l’islamophobie et l’islamopsychose françaises soient de nos jours assurément comparables en gravité à l’antisémitisme français de la fin du XIXe siècle ».

Les tentatives d’assimilation du problème musulman au problème juif sont multiples et constantes : cette ritournelle a en réalité pour objectif de bâillonner tout débat sur la nature de l’islam en affublant tout contradicteur de l’étiquette honteuse et honnie d’« antisémite ».

  • La contestation de la laïcité

Comme pour l’antisémitisme, Dalil Boubakeur proclame : « L’existence du fait religieux musulman dans la société française est compatible avec la laïcité. » Sur quoi se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Le problème est que toute la conception musulmane est précisément anti-laïque, ce que ne cessent de répéter d’ailleurs les imams du Moyen-Orient, aucun pays musulman n’étant d’ailleurs laïc aujourd’hui.

Si l’islam était laïc, Dalil Boubakeur aurait-il besoin de confesser : « La Grande Mosquée de Paris constate que cette immense majorité des Français de confession musulmane est demandeuse d’un texte de clarification de leurs droits et devoirs dans leur foi. » Qu’il y ait besoin d’une clarification religieuse de la nature de la foi musulmane, certainement, mais en quoi cela a-t-il un quelconque rapport avec les notions de droit et de devoir au regard de l’État ? Car si le propos n’a qu’un caractère uniquement religieux, cela voudrait dire que les musulmans ne comprennent rien à leur religion.

Tout cela est d’une confusion extrême, qui ressort encore plus lorsqu’on lit dans le même texte l’affirmation suivante : « La France n’est pas une terre d’islam (…). Dans ce contexte, tout musulman doit évidemment respecter les valeurs et les lois de la République française. » On peut l’espérer, mais : 1) En quoi la Grande Mosquée de Paris est-elle légitime et crédible pour affirmer que la France ne sera pas un jour considérée comme terre d’islam par les musulmans ? 2) Cela veut-il bien dire a contrario que si la France venait à être considérée un jour comme terre d’islam, les valeurs et lois de la République française n’y auraient alors plus cours ? N’est-ce pas là une forme d’affirmation que l’islam est incompatible par nature avec la France et sa laïcité ?

  • L’amour et la paix

Dalil Boubakeur déclare « Le saint Coran insiste sur la nécessité de savoir pardonner. » Sur quels textes s’appuie-t-il ? On ne sait pas, et on le comprend d’autant moins quand on le lit le Coran qui regorge de versets de violence ici-bas et dans l’au-delà.

  • L’obscurantisme

La proclamation s’attaque à l’obscurantisme en islam, que la Grande Mosquée de Paris reconnaît, et il semble qu’il y ait beaucoup à faire. Cette reconnaissance peut surprendre, car si elle est évidente et dénoncée par certains intellectuels musulmans eux-mêmes, elle est inhabituelle dans la bouche des représentants de l’islam de France.

D’abord, on peut s’étonner de l’assertion « L’obscurantisme, le refus de la science, le refus du progrès scientifique, sont des lectures erronées de l’islam ». Qu’a à voir la religion avec la science ? Rien. Sinon, nous aurions déjà parlé avec Dieu, et il n’y aurait qu’une seule religion. Mais que l’islam soit atteint d’un mal qui conduise certains musulmans à penser encore aujourd’hui que l’islam peut avoir raison contre la science, c’est un fait établi dont on trouve effectivement des preuves claires sur internet dans les prêches d’un certain nombre d’imams.

Parmi les marques de l’obscurantisme figure également en bonne place cette tradition abominable consistant à égorger des animaux pour satisfaire un besoin religieux. Les progrès scientifiques ont conduit à ce que l’étourdissement préalable devienne la règle dans bon nombre de pays occidentaux, certains pays européens ayant fini par interdire complètement l’égorgement. Il faut effectivement en finir avec cette pratique superstitieuse, qui révèle aussi une indifférence profonde à la souffrance animale que Dalil Boubakeur est obligé de reconnaître : « La souffrance animale ne saurait être admise par Allah. Il est donc nécessaire de réduire au maximum la souffrance causée à l’animal. » Comme je l’ai déjà montré dans un autre article détaillé, l’absurde de cette situation est que cette recommandation semble bien dater de l’époque de Mahomet. Ainsi, l’attachement actuel au maintien de ce procédé épouvantable n’est pas justifié par la doctrine de l’islam mais est une des multiples formes de cristallisation du communautarisme.

Enfin, on peut mettre au rang des pratiques obscurantistes la prolifération des rituels dont on peut se demander dans quelle mesure ils viennent surtout combler un vide spirituel, et Dalil Boubakeur admet que « Tout musulman doit prendre garde à ne pas verser dans l’observation irréfléchie et obsessionnelle de règles sans finalité spirituelle. » D’ailleurs, le ramadan apparaît être une source de nuisance pour les non-musulmans au point que Dalil Boubakeur est obligé de rappeler que « Durant le mois de Ramadan, (…) il ne faut pas importuner la population, notamment pendant la nuit. » C’est stupéfiant.

  • Le maintien des pratiques ancestrales

La Grande Mosquée de Paris affirme, pour rassurer : « (…) les châtiments corporels, la polygamie, ne se justifient plus et n’ont plus lieu d’être. Dans le même esprit, l’égalité entre hommes et femmes s’impose. »

C’est un aveu terrible et qui est une remise en cause fondamentale du Coran : il faut savoir néanmoins que cette position doctrinale n’est partagée par aucune institution de renommée au sein du monde musulman. La polygamie est un droit indubitable établi par le Coran, que même le Maroc a refusé il y a quelques années d’abolir ; seule la Tunisie, a osé l’interdire et cette position est très critiquée dans le monde musulman. Concernant les châtiments corporels, la prestigieuse université Al-Azhar a confirmé il y a également quelques années qu’ils font partie intégrante du socle dogmatique fondamental de l’islam. Quant à l’égalité homme-femme, elle est battue en brèche dans le Coran qui dit précisément le contraire.

  • Conclusion

Ce texte mal construit, un peu fourre-tout, truffé d’approximations et d’omissions, présente néanmoins l’intérêt de reconnaître un certain nombre de difficultés évidentes quant à la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la France. On peut néanmoins s’interroger sur le fait qu’il soit là pour « donner le change » car l’islam de France n’a aucun intérêt objectif à ce mea culpa : c’est justifier les critiques qui lui sont faites et prouver son incapacité à résoudre ses propres problèmes.

Face à ce constat accablant, on peut comprendre que l’État soit tenté, pour écarter les risques générés par une telle confusion, de faire quelque chose au travers de la « Fondation pour l’islam de France », présidée par Jean-Pierre Chevènement. Mais il est assez savoureux que Dalil Boubakeur ait fini par en claquer la porte et maintenant « condamne la tendance actuelle à vouloir désigner des autorités de tutelle, n’étant pas de confession musulmane, aux fins d’encadrer avec paternalisme l’expression du fait religieux musulman dans la société française : ceci, au mépris de la liberté religieuse et de la séparation des églises et de l’État. »

 

Amour, paix et châtiment ici-bas dans la doctrine musulmane

Parmi les éléments qui horrifient dans la religion musulmane figurent en bonne place les châtiments corporels. L’émission France 2 Islam met en évidence la difficulté de l’islam à résoudre la contradiction entre les châtiments prônés par la doctrine de l’islam et la revendication du titre de religion d’amour et de paix.

L’émission exprime l’embarras de trouver une explication satisfaisante au maintien des châtiments corporels dans le corps de la doctrine de l’islam, maintien pour le moins contradictoire avec l’idée d’une miséricorde divine (au sens chrétien).

France 2 Islam 201605 Chatiment & Recompense Extrait 1

Mohammed Bajrafil affirme que la question du pouvoir et de la violence comme châtiment sur terre se pose dans des termes similaires entre les 3 religions monothéistes : Mohammed Bajrafil nie ainsi la spécificité de l’islam dans ce domaine, alors que celle-ci semble pourtant sauter aux yeux. Sur quels textes se fonde-t-il ? Mystère.

Quant au propos sur le fait que les musulmans des VIIème et VIIIème siècles n’avaient d’autre choix que de comprendre les châtiments corporels au pied de la lettre et ne pouvaient pas réfléchir à des solutions alternatives, il est assez confus.

En revanche, Omero Marongiu-Perria  donne un éclairage intéressant dans l’extrait suivant par la référence au rapport de l’homme à un Dieu décrit comme un dieu terrible, « prompt à châtier », ce qui déteint nécessairement sur le comportement des hommes ici-bas, poussés vers l’application stricte des règles. D’où le caractère assez saugrenu du concept de « déradicalisation », totalement étranger à la logique religieuse de l’islam, la « radicalisation » n’étant pas une application excessive de la doctrine de l’islam mais en réalité tout simplement son application juste et rigoureuse, c’est-à-dire orthodoxe.

France 2 Islam 201605 Chatiment & Recompense Extrait 2

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (13) L’exemplarité de Mahomet, ou « Pourquoi l’islam a intrinsèquement besoin de la violence »

  • Problématique

Bien que Mahomet ait agi pour l’essentiel, on l’a vu dans de précédents articles, comme un chef de clan conduisant une guerre pour établir son pouvoir au nom de la religion, celui-ci est donné en exemple par l’islam à tout musulman. La question est donc de préciser quelles conséquences pratiques doit tirer aujourd’hui le musulman au regard de cette référence incontournable.

  • Mahomet, l’exemple à suivre

Pour Tareq Oubrou, « Le Coran exhorte le musulman à suivre l’exemple du Prophète. Malheureusement, on confond souvent deux choses : suivre son exemple et le copier ; la référence et l’identification. Rares sont ceux qui sont capables d’éviter une telle confusion. La référence consiste à prendre le Prophète comme modèle en tenant compte, d’une part, du contexte spécifique dans lequel il a vécu, et, d’autre part, du contexte spécifique dans lequel vit le musulman et de son identité personnelle. (…) L’identification, elle, s’apparente souvent à une imitation bête et à une aliénation néfaste. »

La question de l’imitation de Mahomet pose ainsi une question fondamentale : que vaut aujourd’hui, au XXIème siècle, l’islam de Mahomet, guerrier, qui a combattu les mécréants armes à la main ?

L’argument de Tareq Oubrou est fondé sur l’idée que le comportement tribal et guerrier de Mahomet ne constituerait plus un exemple à appliquer aujourd’hui car il serait devenu caduc. C’est ce que Tareq Oubrou exprime par la référence au « contexte spécifique dans lequel Mahomet a vécu » et qui aurait justifié la guerre. On retombe encore une fois dans cet illogisme fondamental : Mahomet, dernier prophète, prétendait délivrer une parole divine, définitive et universelle, mais il l’a en réalité pliée aux contraintes tribales de l’époque.

Il est évident que les fondamentalistes musulmans et nombre d’imams des pays du Golfe sont loin d’être du même avis quant à la caducité du caractère guerrier de l’islam. Et évoquer, au sujet de l’imitation stricte du comportement du Prophète,  « une imitation bête et une aliénation néfaste » est justifiable des délits de blasphème et d’apostasie.

  • Mahomet, l’intouchable

En réalité, ce type de relativisation peut naturellement choquer tous les musulmans attachés à la figure mythifiée de leur prophète, moins pour une raison doctrinale – puisqu’en terme de spiritualité la relativisation n’a aucun sens –, qu’en termes de frustration identitaire face un Occident jusque-là dominateur et qui ose porter atteinte à la mémoire du bédouin, avec la complicité involontaire d’un imam français.

Tareq Oubrou en donne une autre illustration à propos de la francisation du nom de Muhammad (ou Mohammed) en Mahomet qui irrite tant certains musulmans mais qu’il ne fait pas sienne, avec un bon sens bien occidental : « Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom « Mahomet ». Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées (…). Ces mêmes musulmans qui contestent l’usage de « Mahomet » n’ont en revanche aucun problème pour traduire en français les noms des autres prophètes de l’islam, non arabes : Îsa devient Jésus, Mûsâ devient Moïse, etc. (…) D’ailleurs, les noms arabes de ces prophètes sont déjà des traductions de noms qui n’étaient pas arabes, mais hébreux ou syriaques – Moïse était Moshé en hébreu comme en syriaque, Jésus était Yeshu’a en hébreu ou Yasû en syriaque… (…) En croyant islamiser les prophètes par l’arabisation de leur nom, on atteint le comble de la confusion entre le théologique et l’identitaire ethnique. De façon tout aussi incohérente, ces musulmans rétifs au nom de Mahomet n’ont aucune objection à traduire Allah par Dieu. »

  • Conclusion : l’islam, une idéologie politique violente et non une spiritualité

Compte tenu de ce qu’a été la vie de Mahomet, remplie de batailles et de guerres à compter de l’hégire comme en témoigne formellement la Sîra, l’islam dit « modéré » d’Europe et de France est pris dans un étau et écrasé : d’un côté, par un islam fondamentaliste, qui retourne sans état d’âme aux sources (musulmanes) incontournables et indubitables de l’islam des origines, et de la violence qui l’a accompagné constamment à partir de Médine ; de l’autre, par le risque de faire exploser ou de dissoudre l’islam dans ses contradictions à trop vouloir excuser cette violence originelle, jusqu’à aboutir à une relativisation du message coranique incontrôlable et irréversible. Pour maintenir le carcan qui lui assure sa survie, l’islam a besoin tôt ou tard de la violence.

En effet, la violence (physique et psychologique), qui s’exprime par l’intolérance et par les peines et châtiments encourus pour des motifs religieux (blasphème, absence de respect du ramadan, apostasie, etc.), sont pour l’islam une question existentielle.

Sauf à pratiquer (comme en réalité bon nombre de musulmans occidentaux jusqu’ici) un islam qui a pris ses distances par rapport à l’islam de Mahomet, jusqu’à presque le renier ou l’abandonner de fait – d’où la qualification d’islam « déviant » ou « dévoyé » au regard de l’orthodoxie –, l’islam ne peut pas survivre dans un milieu ouvert, imprégné par l’esprit critique, où les tabous religieux n’existent pas, c’est-à-dire où tout discours religieux ou spirituel est acceptable ; car ce serait accepter l’hypothèse que l’islam puisse avoir tort, notamment par la bouche de son prophète. Aucun pays musulman ne l’accepte aujourd’hui.

L’interview de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à l’O.N.U., Abdallah al-Mouallimi, réalisée en mars 2016, explique fort clairement ce point de vue : toute remise en cause d’Allah, tout doute exprimé publiquement sont jugés comme subversifs et assimilables à du terrorisme dans la terre sainte de l’islam (et donc passibles de la peine de mort). Difficile d’être plus clair ! Mieux vaut pratiquer la taqiya en Arabie Saoudite si vous voulez rester vivant…

Arabie Saoudite Liberte de conscience 2016 mars

Or, qu’on le dise une bonne fois pour toutes : si la formulation peut dans une certaine mesure dépendre d’un contexte historique, le contenu d’un message véritablement spirituel est fondamentalement universel et définitif, et les valeurs profondes qu’il exprime sont intemporelles : ce message doit refléter une vision définitive du monde et de son sens et plus encore quand on prétend être le dernier prophète –, et ne peut en aucun cas dépendre des vicissitudes des sociétés humaines et des mœurs du temps.

Les nobles bienfaits de la lapidation féminine

Le principe de la lapidation pour fornication d’une personne mariée ne fait aucun doute dans la tradition islamique orthodoxe. Le Coran stipule (sourate 4, verset 15) : « Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d’entre vous. S’ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu’à ce que la mort les rappelle ou qu’Allah en décide autrement. » La Tradition (Sunna) a très clairement confirmé la pratique de la lapidation rétablie expressément par Mahomet alors qu’elle avait été abandonnée par les juifs (cf. lapidation).

Si la lapidation (surtout des femmes, notamment lorsque le forfait ne laisse aucun doute en raison d’une grossesse) a été remise à l’ordre du jour par Mahomet il y a 1.400 ans, y a-t-il encore aujourd’hui des religieux musulmans pour la défendre ? Au-delà de la position de l’université Al-Azhar qui a confirmé en 2005 la validité doctrinale constante de la pratique des châtiments corporels en islam (dont la lapidation), il est intéressant de lire un classique de la littérature religieuse musulmane, largement diffusé dans les pays du Golfe (mais également en France puisqu’on le trouve à la FNAC aujourd’hui en 2016), intitulé « Soyez la femme la plus heureuse du monde » (ouvrage réédité en 2012), du docteur Aidh El-Qarni, religieux saoudien.

Dans le droit fil de la tradition musulmane, cet érudit et prédicateur musulman donne des éléments d’explication intéressants et tout à fait clairs qu’il est important de porter à la connaissance du public occidental qui a visiblement une difficulté considérable à saisir la portée noble et authentiquement religieuse de cette pratique. En effet, dans cet ouvrage destiné à l’éducation religieuse, morale et sociale des musulmanes du monde selon les principes de l’islam, un chapitre, intitulé : « En offrant sa vie, elle a satisfait Allah », est dédié à cette question. En voici le texte (le texte en gras est surligné par moi, celui en capitales est le texte surligné en gras de le texte d’origine) :

« As-tu entendu parler de la femme Juhaniyya qui, après avoir cédé à la tentation de l’adultère, s’est rappelé Allah et s’est repentie avec un sincère retour à Lui ? Elle est même venue demander au Messager d’Allah [Mahomet] de la purifier par la soumission à la peine légale requise [la lapidation]. Enceinte, elle s’est adressée au Prophète en ces termes : « Ô Messager d’Allah, je suis passible d’une peine légale, exécute-la ! » Le Messager fit venir son protecteur familial avant de lui dire : « Tiens-lui bonne compagnie, à son accouchement, tu la ramèneras. » Il s’est exécuté. Le Messager d’Allah a alors intimé l’ordre de l’envelopper fermement dans ses vêtements avant l’exécution de la peine légale. Il accomplit ensuite la prière rituelle sur elle. Étonné, Umar s’exclama : « Tu pries sur elle alors qu’elle a commis un acte de fornication ? – Elle a fait un repentir qui, s’il avait été partagé entre soixante-dix Médinois, leur aurait suffi. Que pouvait-elle offrir de mieux à Allah que sa propre âme ? » répondit le Prophète. Elle est puissante, cette force de la Foi qui l’a poussée à se purifier, à préférer l’Au-delà à ce bas-monde. Et si elle n’avait pas eu une foi aussi forte, elle n’aurait pas accepté ainsi la mort. Mais d’aucuns rétorqueront : « Mais pourquoi a-t-elle donc commis l’adultère qui ne peut être que l’apanage d’un faible ? » La réponse est que l’être humain peut trébucher et céder à l’interdit parce que précisément il est né faible par nature, et qu’il s’égare du fait qu’il est incomplet… Mais la graine de la Foi, une fois métamorphosée en un arbre imposant, très ombrageux, met en exergue sa substance noble, sa certitude inébranlable – et c’est ce qui a poussé cette femme à accourir vers le Messager d’Allah lui demandant de la purifier, en offrant son âme en quête de l’Agrément d’Allah, Sa Compassion et Son Pardon. NE SOIS NULLEMENT PLAINTIVE»

La lapidation ne correspond donc pas en islam à une torture infligée par sadisme mais en réalité au début du « rachat » par la personne fautive de sa peine auprès d’Allah. En effet, les châtiments corporels constituent des « peines légales » (houdoud) instaurées par Allah et qui ne peuvent donc pas être laissées à l’appréciation d’un juge humain. Lorsque le délit est avéré avec certitude, la peine doit être appliquée sans aucune pitié, car seul Allah peut avoir pitié de sa créature ; dans ce contexte, les hommes ne sont que des bourreaux et non des juges.

La barbarie apparente de la lapidation est transcendée, comme c’est le cas dans l’exemple mentionné par ce prédicateur, par la culpabilité du péché qui pousse la personne fautive à entamer ainsi sa purification. Aucun juge ne peut refuser à quelqu’un de vouloir sauver ainsi son âme. Lorsqu’elle est appliquée selon les règles édictées par Mahomet lui-même, la lapidation constitue donc un châtiment conforme à la tradition prophétique et pleinement licite dans l’islam d’aujourd’hui.

La lapidation : comment s’en sortir ?

S’il y a bien un sujet qui condamne définitivement tout projet universel de l’islam pour l’humanité, c’est bien la question des châtiments corporels, et en particulier celle de la lapidation.

Cette pratique, d’une cruauté inouïe – puisqu’il s’agit de faire souffrir un être humain en lui donnant la mort –, est parfaitement reconnue par les textes sacrés musulmans. Cela ne fait aucun doute dans toute la communauté musulmane depuis toujours.

La question est donc pour les musulmans : comment justifier, encore aujourd’hui, cette pratique ou simplement la possibilité d’une telle abomination si l’on veut se rendre acceptable aux yeux de l’Occident ?

En réalité, comme il est impossible de la défendre et que par ailleurs il est également impossible de renier les textes sacrés de l’islam, la technique dialectique va consister à tenter de démontrer que ces textes ne sont (quasiment) pas applicables. Même s’il ne faut pas leur jeter la pierre, reconnaissons que les tentatives désespérées de ceux qui tentent de mener à son terme un tel raisonnement sont vouées à l’échec.

Car de deux choses l’une :

–  soit le principe de la lapidation est admis – même dans des conditions très restrictives –, et alors l’islam est inacceptable ;

–  soit les conditions d’application ne sont pas seulement restrictives mais correspondent en réalité à une vraie interdiction, quel que soit le cas de figure : on se demande alors à quoi sert d’énoncer un principe s’il est inapplicable : autant l’abolir. Qu’attendent donc les musulmans pour le faire ? Même Tariq Ramadan s’y est brûlé les ailes (cf. moratoire).

Donc la position musulmane est incompréhensible. Les tentatives pathétiques de justification/excuse de la lapidation sont nombreuses sur internet. Prenons celle d’un prédicateur, le Sheikh Mufti Ismail Ibn Musa Menk, qui semble à première vue d’un niveau sensiblement supérieur à tous les galimatias habituellement diffusés :

La lapidation en islam

La Lapidation en Islam par Sheikh Mufti Ismail Ibn Musa Menk

Quels sont les principaux messages ?

Ce prédicateur reconnaît d’abord l’absolue authenticité en islam des textes et de la Tradition de la lapidation. Il n’y a aucun doute là-dessus. Ce prédicateur insiste même sur l’inutilité d’essayer de trouver une échappatoire doctrinale tant les textes sont clairs.

Ensuite, on constate que toute l’argumentation ne repose que sur une seule idée : les conditions drastiques autorisant la lapidation (4 témoins de haute qualité morale) sont « virtuellement impossibles » à remplir, de sorte que la lapidation ne peut être qu’exceptionnellement pratiquée et constitue en réalité une peine dissuasive. Selon ce prédicateur, cette punition n’aurait été appliquée dans l’histoire de l’islam que dans des cas rarissimes où il y eut confession : on se demande quand même bien alors qui irait de lui-même se confesser pour subir cette peine épouvantable, sauf à être complètement masochiste.

Au-delà du fait que ce prédicateur reconnaît le principe même de la lapidation – ce qui est déjà suffisant pour disqualifier l’islam définitivement –, ce raisonnement n’a en fait aucun sens car le principe même de la dissuasion est que le potentiel coupable doit savoir que la peine n’est pas théorique mais bien réelle et qu’elle a toutes les chances de s’appliquer à lui. Car pourquoi se préoccuper d’une peine qui serait inapplicable ? Elle ne dissuaderait en rien.

En réalité, les conditions drastiques mises à la condamnation à la lapidation sont simplement justifiées par le fait que, s’agissant d’une peine abominable, elle ne doit être prescrite seulement qu’à coup sûr : l’erreur ne doit pas être permise. Cela n’a donc rien à voir avec une prétendue volonté de rendre en pratique la peine inapplicable du fait de ces conditions : si telle avait été l’intention de Mahomet, il aurait tout simplement interdit la lapidation.

D’ailleurs il est important de rappeler que, au contraire, la Sira et la Tradition précisent bien que Mahomet et ses proches ont souhaité ressusciter une peine que les juifs avaient de leur côté abandonnée : c’est dire que l’intention de Mahomet et des musulmans n’était pas du tout d’abolir cette peine mais au contraire de la remettre à l’ordre du jour (cf. lapidation). La polémique sur l’absence du verset incriminé dans le Coran – compte tenu par ailleurs des multiples versions initiales du Coran – n’est finalement que de peu d’importance aujourd’hui puisque la Tradition musulmane est, comme le rappelle le prédicateur, parfaitement claire sur le sujet.

Tout cela justifie donc pleinement pourquoi la peine de la lapidation est encore pratiquée aujourd’hui dans certains pays du Golfe et explique l’incapacité totale du monde musulmane à abolir une bonne fois pour toute dans son principe sa peine qui fait honte à l’humanité.

L’appel au moratoire des châtiments corporels : un échec prévisible

La reconnaissance de la nécessité d’abolir définitivement et partout les châtiments corporels, odieux à l’esprit occidental de nos jours, ne peut constituer qu’un préalable non négociable à un début d’intégration des musulmans aux sociétés occidentales.

Si certains ont pu appeler seulement à un moratoire quant à l’application de ces peines, un tel moratoire valant bien entendu mieux que rien du tout, il vaut sans doute bien mieux en appeler à leur suppression directe, qui relève du simple bon sens.

Bien sûr, il vaut mieux demander un moratoire et l’obtenir plutôt que demander la suppression et ne rien obtenir. Mais on peut aussi demander la suppression, obtenir a minima un moratoire, et continuer à se battre pour obtenir la suppression. Sans doute cela demande-t-il un peu de courage d’oser demander la suppression de ces châtiments, c’est-à-dire en déclarant officiellement caducs les versets correspondants du Coran ou les hadiths de la Tradition, à des pays qui disent suivre la vraie doctrine juste et fidèle (l’orthodoxie) et pour qui cette demande peut constituer un blasphème. À l’inverse, ne pas demander la suppression pure et simple est un aveu de faiblesse face à l’orthodoxie musulmane.

Qu’un nombre non négligeable de pays musulmans orthodoxes, parmi lesquels au premier rang l’Arabie Saoudite, terre sainte de l’islam, ne souhaitent a priori aucunement supprimer aujourd’hui ces terribles châtiments n’est-il pas un indicateur alarmant d’une incapacité d’une partie significative du monde musulman à se réformer ? Qu’en conclure quant à la capacité globale de l’islam à partager les mêmes valeurs humaines que l’Occident ?

La difficulté fondamentale de la suppression tient sans doute à l’exemple donné par Mahomet. En effet, celui-ci a défini des situations justifiant la lapidation et l’a lui-même pratiquée, ce qui repose le problème de l’imitation du comportement de Mahomet dans le contexte de la constitution d’un islam moderne.

Malheureusement, il est impossible aux musulmans de revenir sur leurs propres textes car leur authenticité, au cas d’espèce, ne soulève aucun doute. Aussi, la voie du moratoire qui a été évoquée ne peut par nature être qu’une voie détournée car il est impossible de s’attaquer au problème frontalement. Le subterfuge consiste donc à montrer qu’il existe des conditions d’application aux châtiments corporels (autres que la guerre) et que celles-ci ne sont pas réunies dans le monde moderne, en s’appuyant notamment sur les inégalités qui marquent le monde musulman en matière d’application de la loi coranique (« selon que vous serez puissants ou misérables… »). Mais il reste finalement que personne chez les musulmans ne remet en cause l’existence des châtiments corporels dans la religion musulmane.

Rappelons que l’appel au moratoire de Tariq Ramadan a été fermement rejeté en 2005 par une des plus hautes autorités religieuses du monde musulman, si ce n’est la plus haute, l’université Al-Azhar du Caire (commission de recherche juridique), qui explique en effet que les châtiments corporels :

–  figurent de façon claire, explicite et définitive dans le Coran : ils constituent donc à ce titre une des bases de la religion musulmane (un des membres de la commission considérant que ce sujet ne pouvait être ni discuté ni débattu) ;

–  correspondent donc bien au message musulman authentique ;

–  ne peuvent être stoppés que pour un État en guerre, ce qui était potentiellement le cas pour l’Irak mais en aucune façon pour l’Égypte ni aucun autre pays musulman.

D’ailleurs, il semble malheureusement que cette pratique soit enracinée dans la culture musulmane car les musulmans eux-mêmes semblent avoir globalement une assez grande difficulté à condamner publiquement et sans réserve ces pratiques si l’on en croit des sondages cités par le Pew Research Centre en 2011 qui font état d’une adhésion assez forte au principe du châtiment corporel même chez les populations de certains pays réputés pourtant moins intransigeants, comme l’Égypte.

Les musulmans de France et d’Europe se sont-ils déjà prononcés clairement et officiellement pour un rejet total et définitif de ces dispositions barbares du Coran et de la Tradition ? J’avoue l’ignorer mais j’espère que oui.

La lapidation : jurisprudence malikite

La jurisprudence malikite fait état des éléments suivants :

–  « Abdullah ibn Omar a rapporté : « Des juifs se rendirent chez l’envoyé de Dieu et lui apprirent qu’un juif et une juive ont commis l’adultère. » L’envoyé de Dieu leur demanda : « Que trouvez-vous au sujet de la lapidation dans votre Torah ? » Et eux de répondre : « À les flérir et à les flageller ». Abdullah ibn Salam leur répondit : « Vous mentez car votre Torah cite la lapidation. » Ils apportèrent la Torah, et l’ouvrant, l’un d’eux cache de sa main le verset où la lapidation est mentionnée, puis il lit ce qui le précède et ce qui lui succède. Abdullah lui dit alors : « Pousse ta main », et l’autre le faisant, on trouve le verset de la lapidation. Ainsi les juifs dirent : « C’est vrai, ô Muhammad, ce verset existe ». Alors l’envoyé de Dieu ordonna de lapider les accusés. Et Abudllah ibn Omar poursuit : « J’ai vu l’homme se pencher sur la femme pour la protéger des pierres. » Et Mâlik explique : « L’homme s’est penché sur la femme afin qu’il reçoive seul les pierres. » »

–  « Abdullah ibn Abu Mulayka a rapporté qu’une femme vint chez l’envoyé de Dieu lui dire qu’elle avait commis l’adultère alors qu’elle était enceinte. Alors, l’envoyé de Dieu lui dit : « Va-t-en, jusqu’à ce que tu accouches ». Une fois qu’elle a accouché elle revint chez l’envoyé de Dieu qui lui dit : « Rentre chez toi et allaite ton petit ». La période d’allaitement étant terminée, la femme revint chez l’envoyé de Dieu qui lui dit : « Reviens chez toi et confie ton petit à une tierce personne. » Le rapporteur dit que la femme l’ayant fait, revint encore chez l’envoyé de Dieu qui ordonna de la lapider. »

–  « Abdullah ibn Abbas a rapporté qu’il a entendu Omar ibn al-Khattab dire : « La lapidation est, dans le Livre de Dieu, une peine à laquelle sont soumis hommes et femmes ayant commis l’adultère s’ils sont mariés, surtout si à ce sujet il y a une évidence ou une grossesse ou même encore une confession faite. » »

–  « Yahya ibn Sa’id a rapporté qu’il a entendu Sa’id ibn al-Mussayab raconter : (…) Rentrant à Médine, Omar ibn al-Khattab prêche les gens en disant : « Hommes ! On vous a avancé une Sunnah, et prescrit des obligations, et tout pour vous est clair, ainsi n’égarez pas les gens. » Puis frappant une main sur l’autre, il dit : « Prenez garde que vous ne vous perdiez pas en négligeant le verset concernant la lapidation, et que l’on dise : « On ne trouve pas dans le Livre de Dieu un crime qui est soumis à deux peines. Et l’envoyé de Dieu a ordonné de lapider et nous avons fait de même. » » Par celui qui tient mon âme en sa main, si je ne crains que les gens disent : « Omar a ajouté un verset au Livre de Dieu, » je l’aurais dicté, à savoir : « Lapidez jusqu’à mort l’homme et la femme âgés », car ce verset, nous l’avions récité. Yahya a rapporté qu’il a entendu Mâlik dire : « On sous-entendait par la femme et l’home âgés, ceux qui son mariés. Ayant commis l’adultère, ils seront à lapider. » »

Le Cheikh Muhammad Diakho commente ainsi cette question particulièrement embarrassante de nos jours pour les musulmans : « La question de la lapidation ayant été relatée dans le Coran, selon les traditions, le texte n’y figure plus après son abrogation. Du hadith sur le principe de la lapidation, on peut retenir les points suivants : 1) Qu’il soit jadis présent dans le corpus coranique, c’est la thèse d’Omar al-Khattab. Cependant, cette thèse n’a pas été retenue par les compilateurs du Coran. 2) Qu’il a été appliqué par le Prophète, et que des traditions prophétiques viennent corroborer la prescription, c’est hadithement vrai, comme le hadith : « Tout sang d’homme (personne) musulman est illicite, excepté dans trois cas : le fornicateur marié, âme pour âme et le déserteur apostat. » On retiendra donc que la lapidation est une institution fixée par la « Tradition pratiquée » (al-sunna al-amaliyya) et de la « Tradition verbale » (as-sunna al-qawliyya). 3) Que cette pratique n’ait pas un caractère obligatoire, c’est que la pratique prophétique laisse entrevoir clairement. 4) Que ce principe est abrogé de l’arsenal juridique de l’islam, c’est une thèse soutenue et elle mérite le respect et l’attention des Fuqaha [ndlr spécialistes] contemporains. 5) Enfin, que chaque imam, chaque mufti [ndlr chef de communauté sunnite, en mesure d’édicter des fatwas], chaque hakim [ndlr sage] ou qadi []ndlr juge], dispose du droit à la clémence, c’est ce que Abu Bakr et Omar ont fait en proposant au fautif de se repentir et de se taire. »

En résumé, la pratique par Mahomet de la lapidation et sa recommandation lorsque nécessaire sont parfaitement avérées par la Tradition même si cette disposition ne figure pas explicitement dans le Coran. Son abrogation dans l’arsenal juridique de l’islam n’est pas établie mais il est possible de faire preuve de clémence. Bref, les musulmans sont dans l’incapacité d’abolir la lapidation sans remettre en cause toute leur Tradition et le comportement de Mahomet qui a toujours valeur d’exemple.

Le Cheikh Muhammad Diakho conclut avec le même embarras, en étendant d’ailleurs la confusion à d’autres thématiques malmenées par la civilisation musulmane comme le droit des femmes : « Un tel principe dont on ne dispose d’aucune preuve de son caractère obligatoire et contraignant, et qui de surcroît engage une énorme responsabilité du qadi, à savoir : la suppression d’une vie, un tel principe mérite de la part des gens ayant une capacité (malaka) d’investigation des textes une attention toute particulière et un courage énorme pour outrepasser les pressions de l’inculture. Cette question, comme celle de l’esclavage, de la condition féminine dans le monde musulman, doit cesser d’être traitée par le seul point de vue du Fiqh (droit islamique dont le domaine de préoccupation principal est les actes et les paroles) pour réintégrer entièrement les disciplines d’études qui ont pour objet d’étude : Dieu, l’homme, la vie, l’univers. Tant que les juristes musulmans (pas forcément inféodés à l’Occident) ne se pencheront pas sur ces questions de l’essentialité de l’être par rapport à l’acte, le « droit des actes » détruira chez nous le « droit de l’homme ». Car les preuves affaiblissant les caractères « divins » d’une telle prescription sont nombreuses, parmi elles : la contenance en elle des thèses ségrégatoires entre : hommes libres et esclaves, entre hommes et femmes, entre musulmans et non musulmans,… ». Mais s’il s’agit de « preuves », pourquoi s’embarrasser avec l’idée qu’il s’agit d’une prescription divine ? Pourquoi attendre pour mettre à bas tout cet édifice religieux ?

Les châtiments corporels : adultère et lapidation

L’adultère est puni très sévèrement en islam.

Coran, sourate 4, verset 15 : « Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d’entre vous. S’ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu’à ce que la mort les rappelle ou qu’Allah en décide autrement. »

La lapidation ne figure pas explicitement dans le Coran mais de nombreux autres éléments de la Tradition attestent sans conteste la validité de cette peine.

Rémi Brague précise : « Selon le hadith, Mahomet se glorifie de maintenir dans toute sa rigueur la lapidation biblique des femmes adultères, alors que les juifs l’avaient depuis longtemps abandonnée dans la pratique. Or le Coran tel que nous l’avons ne parle que de flagellation. Il a donc fallu inventer un « verset de la lapidation », verset purement virtuel qui n’aurait pas été intégré au recueil écrit des révélations. »

La Sîra de Mahomet indique :

–  « Mahomet a dit : « Ô Unais ! Va voir la femme de cet homme et si elle confesse l’adultère, alors lapide-la à mort. » »

–  « Mahomet a dit : « Quand un homme célibataire commet l’adultère avec une femme célibataire, ils recevront cent coups de fouet et seront bannis un an. S’ils sont mariés, ils recevront cent coups de fouet et seront lapidés à mort. » »

–  Section « Ils [ndlr des juifs] se réfèrent à l’Envoyé d’Allah au sujet de la lapidation » : « Ils allèrent à l’Envoyé d’Allah et lui dirent : « ô Muhammad ! Voici un homme marié qui a commis l’adultère avec une femme mariée. Prononcez une sentence sur leur cas, car nous te prenons pour juge dans leur cas. » (…) L’Envoyé d’Allah sortit de la Maison de Midrâs et ordonna de les lapider devant la porte de sa mosquée dans le quartier des Banû Ghanm b. Mâlik b. al-Najjâr (…) Lorsque le juif sentit les pierres, et il alla à sa compagne et la protégea pour lui éviter les coups de pierres, jusqu’à ce qu’ils fussent tués ensemble. L’Envoyé d’Allah dit : « C’est donc moi qui ai ressuscité le jugement de Dieu [ndlr Mahomet remit en vigueur la lapidation que les juifs avaient abandonnée] et son Écriture et qui l’ait pratiqué ». »

–  « Lors du pèlerinage d’adieu, Mahomet dit : « L’enfant appartient au lit et la femme adultère doit être lapidée. » »

–  « Dans le pavillon de Banû Sâ’idah, juste après la mort de Mahomet, Omar déclara : « Parmi les versets que Dieu révéla à Mahomet est le verset de la lapidation. Nous l’avons bien lu et assimilé. L’Envoyé d’Allah a lapidé, et nous autres après lui avons lapidé. Je crains qu’après un long temps, un des hommes dise : par Dieu, nous ne trouvons pas la lapidation dans le Livre de Dieu, et par-là les gens s’égareraient en abandonnant une obligation que Dieu a révélée. La lapidation, dans le Livre de Dieu, est un droit imposé à celui qui commet l’adultère, qu’il soit homme ou femme, s’il est marié et s’il y a une preuve probante ou s’il y a conception ou confession. » »

La Tradition (at-Tirmidhî) rapporte : « Umar bin al-Khattab rapporta : « Le messager d’Allah a lapidé, Abu Bakr a lapidé, et j’ai lapidé. Si je ne détestais pas faire un rajout dans le Livre d’Allah, je l’aurais fait dans le Mus’haf. Car, je crains que plus tard viennent des gens qui, ne le trouvant pas dans le Livre d’Allah, n’y croient plus. » »

Pour la jurisprudence malikite, se reporter à l’article dédié (lapidation malikite).

Les châtiments corporels : vol et amputation

L’islam punit le vol par l’amputation : ce point de doctrine est très clair et n’est pas remis en cause par les communautés musulmanes en Europe.

Coran, sourate 5, verset 38 : « Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez-leur la main, en punition de ce qu’ils se sont acquis, et comme châtiment de la part d’Allah. Allah est puissant et sage. »

La Tradition (Bukhari) rapporte : « Le Prophète a dit : la main du voleur doit être coupée si le vol excède un quart de dinar. »

La jurisprudence chaféite indique :

Section p21.1 « Dieu a dit : « Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main, en punition de ce qu’ils se sont acquis, et comme châtiment de la part d’Allah. Allah est Puissant et Sage. » » (Coran, sourate 5, verset 38).

Section p21.2 « Le prophète a dit :
(1) « Dieu maudit le voleur dont la main est coupée pour avoir volé une corde. »
(2) « Si Fatima, la fille de Mahomet, volait, je lui couperais la main. » »

Section o14.1 « La main droite est amputée, que la personne soit musulmane ou un non-musulman de l’État Islamique, quand cette personne a :
(d) volé au moins pour une valeur d’un quart de dinar (soit 1,058 grammes d’or) ;
(f) dès lors qu’il ne peut pas y avoir de confusion possible sur le fait qu’il s’agissait effectivement d’un vol et non pour une autre raison.
Si la personne vole une seconde fois, son pied gauche est amputé ; s’il s’agit d’une troisième fois, alors sa main gauche est amputée ; et s’il vole encore, alors son pied droit. S’il vole une cinquième fois, il est battu. S’il n’a pas de main droite lors du premier vol, alors son pied gauche est amputé. S’il a une main droite mais la perd avant d’avoir été puni par un acte de Dieu, rien n’est amputé. »

En pratique, ces peines ne sont pas toujours appliquées de façon systématique dans le monde musulman (tout dépend de la chari’a ou de la loi locale), quoique la non-application de ces peines contrevienne au Coran. Elles le sont dans la plupart des pays dits « orthodoxes » (ex. péninsule arabique, Afghanistan, Afrique noire) mais a priori pas dans les pays d’Afrique du nord, où le vol est néanmoins puni très fortement (jusqu’à la réclusion à perpétuité).

L’amputation est couramment pratiquée en Arabie Saoudite : interview d’Abdallah Bin Sa’id Al-Bishi, un des bourreaux actuellement en exercice.

Abdallah Bin Sa’id Al-Bishi

 Arabie Saoudite Amputation

La jurisprudence malikite reprend les éléments suivants :

–  « Abdullah ibn Omar a rapporté que l’envoyé de Dieu a ordonné la coupure de la main pour le vol d’un bouclier dont le prix est de trois dirhams. »

–  « Un voleur interrogé, et avouant son acte, Aïcha, la femme du Prophète ordonne de lui couper la main et dit : « On coupe la main du voleur, au cas où le prix de l’objet volé est d’un quart de dinar ou plus. » »

–  « Mâlik a dit : « Ce que je préfère, c’est que la main soit coupée, au cas où l’objet volé est du prix de trois dirhams, même si le prix de change en subit une augmentation ou une diminution. De ce fait, l’envoyé de Dieu avait ordonné que la main soit coupée au cas où le bouclier est d’un prix de trois dirhams. Quant à Osman ibn Affan, il l’a aussi exigé pour un cédrat dont le prix est de trois dirhams. C’est ce que j’ai entendu de mieux à ce sujet. » »

–  « Mâlik a dit : « On coupe la main du voleur pour un objet qu’il a volé même s’il ne l’a pas utilisé et qu’il a été remis à son propriétaire. Ainsi, le voleur avait l’intention de le garder. » »

Arabie Saoudite Chatiments