L’annonce de la venue de Mahomet

  • Problématique

L’islam cherche à toute force à légitimer Mahomet en retrouvant une annonce de sa venue dans les textes des deux autres religions dont il prétend être le continuateur : le judaïsme et le christianisme. Qu’en est-il précisément ?

  • Dans les textes juifs

Cette question a été très tôt – du vivant même de Mahomet – tranchée par les rabbins : Mahomet ne figure nulle part. C’est en effet lors de discussions à Médine dans les premiers mois après l’hégire que Mahomet a prétendu, face aux juifs de Médine, être un prophète annoncé par leurs écritures : cette revendication se situait dans un contexte particulier puisque Mahomet cherchait à rallier à lui les juifs en prétendant être le continuateur de leur religion : c’est ce qui figure très clairement dans la biographie (Sîra) de Mahomet d’Ibn Hîcham, incontestée dans le monde musulman. L’échec fut total et Mahomet, ayant perdu tout espoir, se retourna ensuite contre les juifs et les extermina, déception profonde qui est sans doute à la racine de l’antisémitisme viscéral de l’islam.

  • Dans les textes chrétiens

Les intervenants de l’émission « Islam » de France 2 évoquent les deux sources habituellement citées pour justifier la revendication musulmane :

–  L’évangile avec l’annonce de la venue du Paraclet : il s’agit en réalité de l’annonce de la venue d’un pur esprit qui est l’Esprit Saint qui n’a d’ailleurs aucune raison d’attendre encore 6 siècles pour poursuivre l’accomplissement de la venue du Christ.

–   L’évangile de Barnabé, texte apocryphe datant du Moyen-Âge.

France 2 Islam 170326 Annonce & Relativite

  • Conclusion

La prétention opportuniste de Mahomet à être annoncé par les textes juifs et chrétiens n’est soutenue par rien dans les traditions juives et chrétiennes, ce qui est logique car on voit mal en effet comment un non-juif pourrait être le messie attendu par le peuple juif (qui plus est messie exterminateur de juifs), ou comment Mahomet pourrait surpasser ou accomplir plus complètement la venue du Christ et sa crucifixion, le message et la vie de Mahomet étant à l’opposé de la doctrine du Christ et l’islam niant totalement par ailleurs toute incarnation divine.

L’hypothèse émise par un des intervenants de l’émission précitée, à savoir une « incarnation du divin dans un texte religieux qui a correspondu à un moment précis de l’histoire des Arabes », paraît beaucoup plus raisonnable et sensée, mais est assez étonnante dans la bouche d’un musulman, car elle désacralise les fondements de l’islam et anéantit la prétention de l’islam a détenir la vérité et le message divin définitif.

Grande Mosquée de Paris et Fondation pour l’Islam de France : ça sent le gaz !

  • Problématique

La Grande mosquée de Paris, par la voix de son recteur, Dalil Boubakeur, ancien haut responsable du Conseil Français du Culte Musulman, vient de publier le 28 mars 2017 un texte qu’il est tout à fait intéressant d’analyser car il s’adresse à la fois aux musulmans et aux non-musulmans.

Il s’agit d’une proclamation, c’est-à-dire, selon les thèmes abordés, une déclaration d’intention et/ou une reconnaissance solennelle de certaines réalités. Par ce texte, en effet, la Grande mosquée de Paris confesse la reconnaissance directe ou indirecte de certaines des difficultés de l’islam en France sans toutefois abandonner toujours, comme on va le voir, le déni de réalité.

Proclamation GMP 170328

  • Le renouveau de l’orthodoxie musulmane

Avec la montée en puissance du fondamentalisme et du terrorisme musulmans, représentés notamment par Al Qaida et par l’État Islamique, l’islam de France s’était engagé devant le gouvernement français à produire un contre-argumentaire précis et documenté pour faire pièce au discours doctrinal très fourni de ces mouvements qui s’appuie sur des textes incontournables en islam. Nous l’attendons toujours.

En revanche, faute de produire ce contre-argumentaire, les représentants de l’islam de France ne manquent pas d’affirmer, sans fournir toutefois de preuves à l’appui, que l’islam véritable serait très différent de ce fondamentalisme, dont la Grande Mosquée de Paris reconnaît néanmoins « la montée en puissance, au sein de la communauté musulmane française » mais qui résulterait « d’une interprétation erronée de l’islam ». L’islam serait-il la seule religion que ses adeptes comprendraient aussi mal ? Car on ne voit guère et juifs, de chrétiens ou de bouddhistes tirer à la Kalachnikoff sur ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, ou leur foncer dessus à tombeau ouvert avec un camion.

Ce que voudrait la Grande Mosquée de Paris, c’est que les musulmans n’écoutent que les imams au discours officiel, politiquement correct, adoubés sans doute par elle-même : « Tout musulman doit prendre garde à ne pas chercher sa culture religieuse auprès de sources, de prédicateurs, de prêcheurs télévisuels, qui ne sont pas reconnus par les savants les plus respectés de la communauté. » Or le problème est que le discours des imams du monde arabo-musulman (Arabie Saoudite – terre sainte de l’islam –, Qatar, Iran, Égypte, etc.) est souvent beaucoup plus proche de celui des terroristes musulmans, qui s’appuie sur des textes authentiques et nombreux, que du discours souvent lénifiant de l’islam de France.

Enfin, on peut s’inquiéter tout à fait du constat fait par la Grande Mosquée de Paris s’agissant de l’intolérance religieuse qui semble être, à la lire, un penchant fréquent en islam : « Le musulman doit se prémunir en la matière du péché de vanité, qui consiste à donner des leçons à autrui sur ce qu’est un bon ou un mauvais musulman quand on n’a soi-même qu’une culture religieuse péremptoire, superficielle et approximative. »

  • Le jihad

Dans ce domaine, dont on peut se demander s’il constitue une priorité puisqu’il n’est abordé pour l’essentiel que dans l’avant-dernier point dans cette proclamation, Dalil Boubakeur n’innove guère et tient les habituels propos convenus sur la légitime défense, oubliant au passage à la fois la pratique guerrière de Mahomet et les dizaines de versets du Coran appelant à la guerre, ainsi que ceux précisant comme partager le butin. De façon plus générale, il est quand même très curieux de constater que l’islam est la seule religion suscitant, et de façon aussi régulière, des vocations terroristes : pourquoi ?

  • L’antisémitisme

Dalil boubakeur nous annonce que « (…) toute forme d’antisémitisme est contraire à l’enseignement du prophète Mohammed lui-même (…) ». Sur quels textes se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Pourtant les textes musulmans disent précisément le contraire : il n’y a qu’à ouvrir le Coran ; et jusqu’au hadith fameux et incontesté en islam de Muslim : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’arbre des juifs. »

Inutile de s’étonner dans ces conditions que l’islam ait de profondes racines antisémites, comme Georges Bensoussan l’a récemment rappelé.

  • Islamophobie et islamopsychose

Dalil Boubakeur « s’alarme du fait que l’islamophobie et l’islamopsychose françaises soient de nos jours assurément comparables en gravité à l’antisémitisme français de la fin du XIXe siècle ».

Les tentatives d’assimilation du problème musulman au problème juif sont multiples et constantes : cette ritournelle a en réalité pour objectif de bâillonner tout débat sur la nature de l’islam en affublant tout contradicteur de l’étiquette honteuse et honnie d’« antisémite ».

  • La contestation de la laïcité

Comme pour l’antisémitisme, Dalil Boubakeur proclame : « L’existence du fait religieux musulman dans la société française est compatible avec la laïcité. » Sur quoi se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Le problème est que toute la conception musulmane est précisément anti-laïque, ce que ne cessent de répéter d’ailleurs les imams du Moyen-Orient, aucun pays musulman n’étant d’ailleurs laïc aujourd’hui.

Si l’islam était laïc, Dalil Boubakeur aurait-il besoin de confesser : « La Grande Mosquée de Paris constate que cette immense majorité des Français de confession musulmane est demandeuse d’un texte de clarification de leurs droits et devoirs dans leur foi. » Qu’il y ait besoin d’une clarification religieuse de la nature de la foi musulmane, certainement, mais en quoi cela a-t-il un quelconque rapport avec les notions de droit et de devoir au regard de l’État ? Car si le propos n’a qu’un caractère uniquement religieux, cela voudrait dire que les musulmans ne comprennent rien à leur religion.

Tout cela est d’une confusion extrême, qui ressort encore plus lorsqu’on lit dans le même texte l’affirmation suivante : « La France n’est pas une terre d’islam (…). Dans ce contexte, tout musulman doit évidemment respecter les valeurs et les lois de la République française. » On peut l’espérer, mais : 1) En quoi la Grande Mosquée de Paris est-elle légitime et crédible pour affirmer que la France ne sera pas un jour considérée comme terre d’islam par les musulmans ? 2) Cela veut-il bien dire a contrario que si la France venait à être considérée un jour comme terre d’islam, les valeurs et lois de la République française n’y auraient alors plus cours ? N’est-ce pas là une forme d’affirmation que l’islam est incompatible par nature avec la France et sa laïcité ?

  • L’amour et la paix

Dalil Boubakeur déclare « Le saint Coran insiste sur la nécessité de savoir pardonner. » Sur quels textes s’appuie-t-il ? On ne sait pas, et on le comprend d’autant moins quand on le lit le Coran qui regorge de versets de violence ici-bas et dans l’au-delà.

  • L’obscurantisme

La proclamation s’attaque à l’obscurantisme en islam, que la Grande Mosquée de Paris reconnaît, et il semble qu’il y ait beaucoup à faire. Cette reconnaissance peut surprendre, car si elle est évidente et dénoncée par certains intellectuels musulmans eux-mêmes, elle est inhabituelle dans la bouche des représentants de l’islam de France.

D’abord, on peut s’étonner de l’assertion « L’obscurantisme, le refus de la science, le refus du progrès scientifique, sont des lectures erronées de l’islam ». Qu’a à voir la religion avec la science ? Rien. Sinon, nous aurions déjà parlé avec Dieu, et il n’y aurait qu’une seule religion. Mais que l’islam soit atteint d’un mal qui conduise certains musulmans à penser encore aujourd’hui que l’islam peut avoir raison contre la science, c’est un fait établi dont on trouve effectivement des preuves claires sur internet dans les prêches d’un certain nombre d’imams.

Parmi les marques de l’obscurantisme figure également en bonne place cette tradition abominable consistant à égorger des animaux pour satisfaire un besoin religieux. Les progrès scientifiques ont conduit à ce que l’étourdissement préalable devienne la règle dans bon nombre de pays occidentaux, certains pays européens ayant fini par interdire complètement l’égorgement. Il faut effectivement en finir avec cette pratique superstitieuse, qui révèle aussi une indifférence profonde à la souffrance animale que Dalil Boubakeur est obligé de reconnaître : « La souffrance animale ne saurait être admise par Allah. Il est donc nécessaire de réduire au maximum la souffrance causée à l’animal. » Comme je l’ai déjà montré dans un autre article détaillé, l’absurde de cette situation est que cette recommandation semble bien dater de l’époque de Mahomet. Ainsi, l’attachement actuel au maintien de ce procédé épouvantable n’est pas justifié par la doctrine de l’islam mais est une des multiples formes de cristallisation du communautarisme.

Enfin, on peut mettre au rang des pratiques obscurantistes la prolifération des rituels dont on peut se demander dans quelle mesure ils viennent surtout combler un vide spirituel, et Dalil Boubakeur admet que « Tout musulman doit prendre garde à ne pas verser dans l’observation irréfléchie et obsessionnelle de règles sans finalité spirituelle. » D’ailleurs, le ramadan apparaît être une source de nuisance pour les non-musulmans au point que Dalil Boubakeur est obligé de rappeler que « Durant le mois de Ramadan, (…) il ne faut pas importuner la population, notamment pendant la nuit. » C’est stupéfiant.

  • Le maintien des pratiques ancestrales

La Grande Mosquée de Paris affirme, pour rassurer : « (…) les châtiments corporels, la polygamie, ne se justifient plus et n’ont plus lieu d’être. Dans le même esprit, l’égalité entre hommes et femmes s’impose. »

C’est un aveu terrible et qui est une remise en cause fondamentale du Coran : il faut savoir néanmoins que cette position doctrinale n’est partagée par aucune institution de renommée au sein du monde musulman. La polygamie est un droit indubitable établi par le Coran, que même le Maroc a refusé il y a quelques années d’abolir ; seule la Tunisie, a osé l’interdire et cette position est très critiquée dans le monde musulman. Concernant les châtiments corporels, la prestigieuse université Al-Azhar a confirmé il y a également quelques années qu’ils font partie intégrante du socle dogmatique fondamental de l’islam. Quant à l’égalité homme-femme, elle est battue en brèche dans le Coran qui dit précisément le contraire.

  • Conclusion

Ce texte mal construit, un peu fourre-tout, truffé d’approximations et d’omissions, présente néanmoins l’intérêt de reconnaître un certain nombre de difficultés évidentes quant à la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la France. On peut néanmoins s’interroger sur le fait qu’il soit là pour « donner le change » car l’islam de France n’a aucun intérêt objectif à ce mea culpa : c’est justifier les critiques qui lui sont faites et prouver son incapacité à résoudre ses propres problèmes.

Face à ce constat accablant, on peut comprendre que l’État soit tenté, pour écarter les risques générés par une telle confusion, de faire quelque chose au travers de la « Fondation pour l’islam de France », présidée par Jean-Pierre Chevènement. Mais il est assez savoureux que Dalil Boubakeur ait fini par en claquer la porte et maintenant « condamne la tendance actuelle à vouloir désigner des autorités de tutelle, n’étant pas de confession musulmane, aux fins d’encadrer avec paternalisme l’expression du fait religieux musulman dans la société française : ceci, au mépris de la liberté religieuse et de la séparation des églises et de l’État. »

 

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (22) Jésus voulait en réalité être un roi

  • Problématique

L’islam ne parvenant pas à excuser efficacement les turpitudes de Mahomet, nous avons vu que la diversion consiste notamment à dénigrer le christianisme pour rabaisser l’un des deux ennemis religieux principaux, l’autre étant le judaïsme, mais qu’il ne peut pas attaquer sous cet angle puisque la doctrine de l’islam est fille du judaïsme : difficile de justifier un parricide doctrinal.

Après avoir tenté de démontrer que le christianisme avait lui aussi une violence contenue dans les racines de sa doctrine, Tareq Oubrou met ici en avant les supposées prétentions de Jésus à diriger le monde, dans une sorte d’aspiration à un califat chrétien.

  • Jésus voulait être un roi temporel

Tareq Oubrou écrit : « Aujourd’hui, dans l’Occident sécularisé, les enseignements de Jésus sont présentés comme une doctrine fondatrice de la laïcité. Mais qu’en est-il vraiment ? On décèle dans les Évangiles une ambivalence, pour ne pas dire une ambiguïté, concernant le statut de Jésus : voulait-il être roi ou non ? (…) Les Évangiles laissent néanmoins entendre que Jésus revendiquait le pouvoir et la royauté (certains passages le qualifient explicitement de roi d’Israël : Jean 12,12-15). Et même si telle n’était pas son ambition, il ne l’excluait pas non plus (Quand Pilate lui demanda s’il était roi des juifs, il lui répondit : « Tu le dis », en guise de confirmation (Luc, 23,3). »

Tareq Oubrou prétend que Jésus aspirait à une royauté, mais laquelle : temporelle ou spirituelle ? Ces deux royautés n’ont rien de commun. La prétention à la royauté temporelle est écartée par Jésus quand il répond à Pilate (Jean 18, 33 à 37) : « Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : « Tu es le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? » Jésus répondit : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix ». »

Ceci n’empêche toutefois pas Tareq Oubrou de prêter des intentions inavouées à Jésus au point d’en faire un ambitieux qui veut devenir un roi bien temporel à l’insu de son plein gré.

  • Jésus voulait être un roi spirituel

Tareq Oubrou ne trouvant toutefois pas l’argument qui fait mouche en matière de royauté temporelle, il exhibe du coup la prétention à la royauté spirituelle : « Jésus n’a pas renoncé à son titre de roi et, s’il ne l’est pas dans l’ici-bas, il le sera dans le ciel. « Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux juifs ; mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici-bas ». Pilate lui dit : « Tu es donc roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis, je suis roi » Jean 18,36-37) ». »

Au demeurant, cette affirmation est souvent ambiguë puisque Jésus ne fait souvent que reprendre les paroles des autres sans affirmer lui-même de façon parfaitement explicite qu’il est le roi du Royaume des Cieux, et encore moins qu’il est Dieu en tant que Fils de Dieu. Ainsi, quand Jésus répond à Pilate, on peut comprendre aussi la réponse comme : « c’est toi qui dis que je suis roi (sous-entendu : moi, je ne l’ai pas dit) » : c’est un simple constat qui n’exprime pas nécessairement validation.

Parfois, le titre de roi est attribuée à Jésus par l’écriture mais ce n’est pas Jésus qui utilise ce terme pour lui même, comme dans l’évangile de Jean (12, 12 à 15) : « Le lendemain, la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem ; ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d’Israël ! » Jésus, trouvant un petit âne, s’assit dessus selon qu’il est écrit : « Sois sans crainte, fille de Sion : voici que ton roi vient, monté sur un petit d’ânesse ». »

D’autres passages semblent toutefois plus explicites, comme dans l’évangile de Luc (22, 28 à 30) : « Vous êtes, vous, ceux qui êtes demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. »

On peut disserter longtemps sur la signification du caractère plus ou moins indirect de ces textes traitant d’une royauté spirituelle de Jésus dans l’au-delà. Quoi qu’il en soit, Tareq Oubrou semble faire grand cas de cette question. Pourtant, cette prétention à une royauté spirituelle dans l’au-delà est-elle injustifiée ou problématique pour le prophète d’une religion ? En rien, si ce n’est que cela constitue pour l’islam un blasphème puisque c’est mettre Jésus au même niveau que Dieu dans l’au-delà (sans même aller jusqu’à prendre en compte le dogme de la Sainte Trinité). D’ailleurs on aurait aimé que Mahomet s’en tînt à cette revendication uniquement spirituelle.

  • Le christianisme n’est laïc que par contrainte

Pour Tareq Oubrou, « La parole de Jésus : « Rendez donc à César et qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Matthieu 22,21) » est tout aussi ambivalente. Elle ne vise pas du tout à instaurer un principe de séparation des ordres ni une règle fondatrice d’une quelconque laïcité, comme on le comprend aujourd’hui de façon anachronique. Elle est surtout une réponse stratégique à une question piège : fallait-il ou non payer l’impôt à l’empereur ? Elle vise en fait à éviter un conflit social et un trouble à l’ordre public, Jésus tenant beaucoup à la paix civile – ce qui était aussi dans l’intérêt de son apostolat. Refuser de verser l’impôt à un pouvoir, même injuste dans le cas d’espèce, aurait entraîné un tel trouble. Jésus préféra donc une paix injuste à un combat juste, mais qui aurait conduit au désastre. »

La parole de Jésus ne serait ainsi qu’une tactique politicienne dans un contexte défavorable. Tareq Oubrou oublie que Jésus, n’ayant aucune visée temporelle, ne cherche donc pas à trancher un débat qui ne le concerne pas et sa réponse est en réalité une absence de commandement : il laisse chacun faire comme bon lui semble.

En effet, relisons le passage complet de l’évangile de Matthieu (22, 15 à 22) : « Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de le surprendre en parole ; et ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens, pour lui dire : « Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes. Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l’impôt à César ? » Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! Pourquoi me tendez-vous un piège ? Faites-moi voir l’argent de l’impôt. » Ils lui présentèrent un denier et il leur dit : « De qui est l’effigie que voici ? Et l’inscription ? » Ils disent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » À ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s’en allèrent. »

Jésus ne tombe pas dans le piège tendu par les Pharisiens, puisque tout commandement de faire ou de ne pas faire aurait été une intervention dans les questions temporelles et l’aurait mis en porte-à-faux vis-à-vis des Romains ou de la nature spirituelle de son message.

À vrai dire, Jésus ne paraît pas créer le concept de laïcité mais en confirmer la pré-existence : il y a bien deux autorités à deux niveaux différents : le temporel et le spirituel. Jésus ne se préoccupe que du spirituel et du salut de chaque âme. Cette distinction des deux ordres existe déjà dans l’empire romain. Constantin a été le premier empereur romain chrétien sans pour autant imposer jusqu’aux confins de l’empire le christianisme comme religion officielle. Mais une déviance progressive par rapport à la doctrine du Christ aboutira effectivement dans certaines situations à la confusion des deux ordres au fil des siècles.

  • La doctrine chrétienne se confond avec l’histoire du christianisme

Dernier angle d’attaque en effet de Tareq Oubrou pour dénigrer le christianisme : confondre la doctrine originelle des Évangiles avec les déviances constatées au cours des siècles.

Ainsi, Tareq Oubrou écrit : « L’histoire (ou le destin) n’a pas permis à Jésus de régner et d’exercer une souveraineté politique comme elle l’a fait pour David et Salomon. Mais l’histoire du christianisme a continué après Jésus. Et en attendant le retour du Christ souverain et victorieux, le christianisme s’est compromis avec le pouvoir politique de différentes manières. »

Ainsi Tareq Oubrou raisonne comme si Jésus et les Évangélistes étaient responsables de tous les avatars déviants de la doctrine originelle : ainsi, si les enfants deviennent des assassins, faut-il mettre les parents en prison ?

  • Conclusion

Si Jésus avait voulu être un roi sur cette Terre, nul doute qu’il s’y serait pris autrement pour affirmer son autorité temporelle et lever l’armée que tout pouvoir temporel requiert, ainsi que l’a fait Mahomet. Qu’il ait laissé entendre qu’il se trouvait à la tête d’une royauté céleste n’a en soi rien de très problématique, en tous cas pour le commun des mortels.

Que l’histoire de la chrétienté ait été marquée par des événements allant à l’encontre la doctrine des Évangiles est une réalité, mais cette déviance profonde, née pour l’essentiel de considérations politiques, est étrangère à la doctrine du Christ. De même qu’il y a pu y avoir des violences bouddhistes en opposition totale avec la doctrine de Bouddha.

Il est quand même assez savoureux de voir un imam tenter d’utiliser ce procédé intellectuellement malhonnête pour incriminer la doctrine du christianisme à l’époque même où des attentats sont régulièrement perpétrés en référence explicite à la doctrine et au comportement de Mahomet, dont la violence réelle ne fait aucun doute, éléments pour cette raison largement cités dans les revues des mouvements fondamentalistes musulmans.

Ce déni de réalité atteint son paroxysme avec le slogan scandé à l’occasion de chaque nouvel attentat : « l’islam, ce n’est pas cela ». Ritournelle que l’État Islamique a transformé avec causticité en : « Not imam name ! ». Et, malheureusement, on attend toujours avec impatience le contre-argumentaire contre la violence doctrinale que nous a promis l’islam de France.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (21) la parabole du roi, preuve de la violence du Christ

  • Problématique

Devant l’incapacité de l’islam à justifier ou à excuser la violence barbare de Mahomet, la technique de la diversion est un procédé habituel pour tenter de minimiser la responsabilité du prophète de l’islam, procédé auquel recourt naturellement Tareq Oubrou, comme si une faute impardonnable pouvait changer de nature sous prétexte qu’elle serait commise également par d’autres : raisonnement absurde.

Tareq Oubrou attaque ainsi le christianisme en citant à charge un passage des Évangiles : « Il y a dans les Évangiles d’autres passages plus violents encore (Voir la parabole du roi, à la fin de laquelle Jésus parle en des termes qui laisseraient entendre qu’il s’agit de lui : « Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence. Après avoir ainsi parlé, Jésus marcha devant la foule pour monter à Jérusalem. » (Luc 19,27-28)) »

Analysons cet argument tiré de la parabole du roi dans l’évangile de Luc.

  • Préambule : le rachat de ses fautes avant le jugement

Dans son évangile, Luc (19, 2 & 8 à 10)  décrit d’abord une situation où Jésus veut montrer que la conduite d’un homme qui se repent avant le Jugement en donnant ses biens aux pauvres, ou en rachetant sa faute auprès de celui qu’il aurait escroqué en l’indemnisant au quadruple de ce qu’il a volé, est exemplaire et salutaire, quand bien même l’homme aurait longtemps péché : « Et voici un homme appelé du nom de Zachée ; c’était un chef de publicains, et qui était riche. (…) Mais Zachée, debout, dit au Seigneur : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Et Jésus lui dit : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». »

  • La parabole du roi

Luc poursuit sa narration par une autre parabole immédiatement consécutive dans laquelle Jésus insiste encore sur ce message de repentance. Jésus prononce une parabole et le texte précise bien une « parabole » : il ne s’agit donc en aucun cas du récit d’un fait réel conduisant à une recommandation applicable sur cette Terre, mais bien d’un récit symbolique : il parle d’hommes qui n’existent pas dans la réalité. Pourquoi ? Parce que cette parabole symbolise le Jugement dernier où les âmes bonnes seront séparées des âmes mauvaises qui seront punies. Pourquoi fait-il allusion au Jugement dernier ? Pour donner encore plus de force à son message puisque ses contemporains pensaient le Jugement dernier proche, voire imminent, comme l’indique explicitement le texte. Jésus appelle ainsi les hommes à la repentance pour leurs fautes pour assurer leur salut.

Lisons donc maintenant toute la parabole figurant dans l’évangile de Luc (19, 11 à 27) :

« Comme les gens écoutaient cela, il dit encore une parabole, parce qu’il était près de Jérusalem, et qu’on pensait que le Royaume de Dieu allait apparaître à l’instant même. Il dit donc : « Un homme de haute naissance se rendit dans un pays lointain pour recevoir la dignité royale et revenir ensuite. Appelant dix de ses serviteurs, il leur remit dix mines et leur dit : « Faites-les valoir jusqu’à ce que je vienne. » Mais ses concitoyens le haïssaient et ils dépêchèrent à sa suite une ambassade chargée de dire : Nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous.

Et il advint qu’une fois de retour, après avoir reçu la dignité royale, il fit appeler ces serviteurs auxquels il avait remis l’argent, pour savoir ce que chacun lui avait fait produire. Le premier se présenta et dit : Seigneur, ta mine a rapporté dix mines. C’est bien, bon serviteur, lui dit-il ; puisque tu t’es montré fidèle en très peu de chose, reçois autorité sur dix villes. Le second vint et dit : Ta mine, Seigneur, a produit cinq mines. À celui-là encore il dit : Toi aussi, sois à la tête de cinq villes.

L’autre aussi vint et dit : Seigneur, voici ta mine, que je gardais déposée dans un linge. Car j’avais peur de toi, qui es un homme sévère, qui prends ce que tu n’as pas mis en dépôt et moissonnes ce que tu n’as pas semé. » « Je te juge », lui dit-il, « sur tes propres paroles, mauvais serviteur. Tu savais que je suis un homme sévère, prenant ce que je n’ai pas mis en dépôt et moissonnant ce que je n’ai pas semé. Pourquoi donc n’as-tu pas confié mon argent à la banque ? À mon retour, je l’aurais retiré avec un intérêt. » Et il dit à ceux qui se tenaient là : « Enlevez-lui sa mine, et donnez-la à celui qui a les dix mines. Seigneur, lui dirent-ils, il a dix mines ! »

Je vous le dis : « à tout homme qui a l’on donnera ; mais à qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence ». »

On peut comprendre très simplement cette parabole de la façon suivante :

L’homme de haute naissance figure Dieu. Pourquoi les concitoyens le haïssent ? Parce que cette haine figure les cœurs des hommes qui refusent d’écouter le message de Dieu et qui voudraient se rebeller contre lui. Cela étant, personne ne peut résister à Dieu, ce qui est figuré par le couronnement de l’homme de haute naissance.

À l’heure du retour, c’est-à-dire du Jugement dernier, Dieu demande des comptes aux hommes sur leur comportement et les juge. Les villes que les hommes reçoivent figurent les bienfaits dont les hommes bénéficieront au paradis : ce qui revient à dire tout simplement que plus on a fait le bien sur cette Terre, plus on sera récompensé dans les cieux.

Pourquoi Dieu punit-il en le dépossédant de sa mine le serviteur qui n’a fait que garder la mine dans un linge ? Parce qu’il n’a rien fait de bien de ce que Dieu lui demandait. Même ce qui ne lui coûtait aucun effort, c’est-à-dire déposer l’argent à la banque pour pouvoir reverser l’intérêt, il ne l’a pas fait.

Mais il n’a pas encore dit quel sort était réservé, non pas à ceux qui n’ont rien fait, mais à ceux qui font le contraire du bien, les « ennemis ». Ces ennemis sont ceux qui, bien qu’ayant connaissance du message de Jésus, l’ont refusé, refusant ainsi que Jésus « règne » dans leurs cœurs et, par là-même, leur salut.

Toute cette parabole figure donc le Jugement dernier : aussi pour renforcer son message sur le châtiment des « ennemis » de Dieu à l’heure du Jugement dernier – car le bien est alors récompensé et le mal naturellement puni – Jésus emploie l’image des gens qu’on égorge, ce qui figure ici-bas la damnation céleste en enfer : transposée sur la Terre dans le cadre de cette parabole, la damnation est figurée par l’exécution, car il n’y pas sur cette Terre de peine plus terrible que la mort. Cette peine reste donc symbolique sur cette Terre et on peut d’ailleurs même s’interroger sur le fait de savoir si elle sera exécutée dans l’au-delà ou si ce n’est qu’une menace destinée à faire peur et à remettre les brebis égarés sur le droit chemin.

  • Conclusion

Si Jésus avait réellement prêché pour qu’on égorgeât des mécréants en sa présence, comme cela est attesté indubitablement en revanche dans le cas de Mahomet, on aurait des passages des Évangiles non plus symboliques mais bien réels décrivant ces atrocités : or, ces passages n’existent pas. Cela aurait d’ailleurs été singulier pour un tel prophète sanguinaire d’accepter de se laisser livrer aux Romains pour finir crucifié, tout en intimant l’ordre à ses partisans de ne pas le défendre.

L’instrumentalisation christianophobe de la parabole du roi pour faire oublier la sauvagerie de Mahomet est un procédé habituel dont le caractère lamentable et malhonnête apparaît rapidement à quiconque lit les évangiles, mais qui peut néanmoins produire son effet sur des personnes naïves ou qui n’ont jamais pris la peine de lire ces textes, en exploitant leur crédulité.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (20) La violence dans les Évangiles : la parabole de la paix et du glaive

  • Problématique

Les Évangiles ne contiennent pas d’incitation à la violence, bien au contraire : il suffit simplement de les lire pour s’en rendre compte. Souvenons-nous par exemple de ces paroles (Matthieu 26, 51&52) : « Et voilà qu’un des compagnons de Jésus, portant la main à son glaive, le dégaina, frappa le serviteur du Grand Prêtre et lui enleva l’oreille. Alors Jésus lui dit : « Rengaine ton glaive ; car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. » »

Qu’il y ait eu par ailleurs de la violence dans l’histoire du christianisme est vrai, mais il s’agit d’une déviance fondamentale par rapport à la doctrine de Jésus qui est une démarche non-violente. C’est ce que rappelle clairement un intervenant dans l’émission « Judaïsme » de France 2 du 19 février 2017 :

France 2 Judaisme 170219 Violence chretienne

Néanmoins, les représentants de l’islam persistent à affirmer que les Évangiles contiendraient les ferments d’une violence qui aurait trouvé à s’exprimer dans le cours de l’histoire. L’objectif de cette démarche est évident : tenter de combler l’abîme doctrinal qui sépare les Évangiles du Coran en matière de violence, Mahomet ayant été sans conteste un homme de guerre sanguinaire, notamment vis-à-vis des juifs de Médine, qu’il a combattus férocement.

  • La lecture de Tareq Oubrou

Pour Tareq Oubrou, il suffit de lire : « Il y a dans les Évangiles d’autres passages plus violents encore (…) : « Ne croyez pas que je vous aie apporté la paix sur la terre, je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée » (Matthieu 10,34)). »

En d’autres termes, alors que même que Jésus s’est laissé crucifier, Tareq Oubrou persiste à affirmer que Jésus était un homme violent qui avait véritablement des intentions guerrières.

  • La parabole du glaive

Le problème est que le texte ne peut pas être compris si on le tronque ainsi. Le texte, dans sa version complète, donne lui-même l’explication du sens de cette parabole dans Matthieu (10, 34 à 40) : « N’allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Car je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille. Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. Qui ne prend pas sa croix et ne suit pas derrière moi n’est pas digne de moi. Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera. Qui vous accueille m’accueille, et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. »

Il est clair que ce que demande Jésus, c’est de choisir de le suivre et de reconnaître la vérité qu’il apporte, ou au contraire de ne pas le faire. L’image du glaive veut dire qu’on ne peut pas être entre les deux : on est forcément d’un côté ou de l’autre du tranchant de la lame. Car la doctrine de Jésus va trancher entre deux attitudes et ainsi séparer deux camps : ceux qui décident de le suivre ; ceux qui s’y refusent. Cela n’a évidemment absolument rien à voir avec un quelconque appel à la guerre.

Mais Jésus sait que ce choix qu’il contraint l’homme à faire, en réalité celui du bien ou celui du mal, va troubler profondément les hommes, les diviser, y compris au sein des familles, et rompre la paix hypocrite qui leur permet dans leur cœur de vivre de façon « confortable », ainsi que Luc (12, 51 à 53) l’indique : « Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien la division. Désormais en effet, dans une maison de cinq personnes, on sera divisé, trois contre deux et deux contre trois : on sera divisé, père contre fils et fils contre père, mère contre sa fille et fille contre sa mère, belle-mère contre sa bru et bru contre sa belle-mère. »

  • Conclusion

Alors même que Tareq Oubrou explique avec force passages qu’il faut « contextualiser » et « interpréter » la violence indiscutable de Mahomet, il essaie de faire de Jésus un prophète lui aussi de guerre, en contradiction la plus formelle avec l’histoire du Christ et les textes évangéliques qu’il ne prend même pas la peine de lire littéralement et correctement. C’est assez effarant.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (19) La dhimmitude : un statut « protecteur » et donc avantageux

  • Problématique

Le Coran proclame sans ambiguïté la supériorité des musulmans sur les non-musulmans et donc l’inégalité des communautés humaines.

Coran, sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Coran, sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

La conséquence naturelle et logique de cette supériorité est l’existence d’un statut de citoyen de seconde zone, le statut de « dhimmi », dans lequel le dhimmi doit se soumettre à l’autorité musulmane et payer un impôt spécial, la jizya.

Coran, sourate 9, verset 29. Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit, ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation [jizya] de leurs propres mains après s’être humiliés.

La Sîra mentionne les propos de Mahomet : « Si un juif ou un chrétien se convertit à l’islam, il compte parmi les croyants, avec les mêmes privilèges et les mêmes obligations qu’eux. Celui, en revanche, qui reste juif ou chrétien, on ne peut le contraindre à quitter sa religion. Mais, dans tous les cas, il doit payer un tribut d’un dinar, qu’il soit mâle ou femelle, qu’il soit libre ou esclave. En échange de ce tribut [jizya], il aura la protection de Dieu et de son Envoyé. Sinon, il sera considéré comme l’ennemi de Dieu et de son envoyé. » 

Mais c’est par le traité d’Omar que le statut de dhimmi est généralement connu. Ce statut serait apparu au VIIème siècle : en 637 après JC, le patriarche chrétien de Jérusalem livra la ville à l’armée musulmane d’Omar. Un traité, dit Traité d’Omar, fut alors signé avec ce calife afin de fixer les conditions dans les lesquelles les chrétiens et les juifs étaient autorisés à vivre en pays musulman. Ce traité assujettissait juifs et chrétiens à l’autorité musulmane, mais leur garantissait un traitement meilleur qu’aux autres ennemis de l’islam, par la reconnaissance de droits privés (mais pas politiques), les autres mécréants n’ayant de choix qu’entre la conversion ou la mort. Les dhimmis étaient ainsi protégés des masses musulmanes qui avaient interdiction de porter atteinte à leur intégrité physique. C’est ce que rappelle l’émission de France 2 sur le judaïsme du dimanche 19 février 2017

France 2 Judaisme 170219 Dhimma et protection

S’agissant de la référence mentionnée par Josy Eisenberg concernant le qualificatif « de singes et de porcs » employé vis-à-vis des juifs et des chrétiens, elle peut surprendre mais elle est tout à fait exacte. Elle correspond à un passage du Coran où Mahomet s’adresse aux juifs médinois, que Mahomet haïssait, et aux chrétiens, juifs et chrétiens étant maudits par Allah.

Coran, sourate 5, verset 59. Dis [Allah s’adresse à Mahomet] : « Ô gens du Livre ! Que nous reprochez-vous si ce n’est croire en Allah, à ce qu’on a fait descendre vers nous et à ce qu’on a fait descendre auparavant ? La plupart d’entre vous sont des pervers ! »

Coran, sourate 5, verset 60. Dis : « Vous informerai-je que la rétribution auprès d’Allah sera pire que cela ? Allah transforme en singes et porcs ceux qu’il a maudits, qui ont encouru Sa colère, qui ont adoré le Taghout : ceux-là ont la pire place et sont les plus égarés hors du chemin droit ».

Ce statut de dhimmi s’explique par la filiation monothéiste à laquelle appartiennent les juifs et les chrétiens, filiation qui rend délicate doctrinalement pour l’islam leur conversion forcée ou leur mise à mort comme pour les autres mécréants. Le choix qui leur est proposé est donc simple : la conversion volontaire ou la soumission, comme l’indique Tareq Oubrou : « C’est dans une configuration géopolitique ou régnait une hostilité potentielle permanente que le droit canonique musulman classique a été forgé. Il n’offrait qu’une seule alternative : se convertir ou entrer en dhimma. La grave erreur des générations suivantes de canonistes fut de transformer ce droit circonstanciel en un droit sacré, infaillible. »

Le dhimmi n’est certes pas obligé de participer militairement à la défense de la communauté musulmane dans laquelle il vit, mais il s’agit bien d’un statut dévalorisant et humiliant car il ne saurait être question en islam de placer les musulmans sur un pied d’égalité avec les juifs ou les chrétiens qui sont des égarés volontaires du fait de leur refus de reconnaître la vérité de l’islam. L’émission précitée rappelle la perception humiliante de ce statut qu’en ont toujours eu les juifs, et qui s’exprimait par la coutume de la « gifle » :

France 2 Judaisme 170219 Dhimma gifle

Ce statut de dhimmi créé par l’islam a ainsi cristallisé doctrinalement l’infériorité des juifs et des chrétiens en terre d’islam, ce qui a imprégné pendant des siècles les mentalités au point, si l’on en croit l’émission précitée, de rendre quasi naturelle l’insulte de « sale juif » en terre d’islam :

France 2 Judaisme 170219 Le probleme des juifs

Aussi, voyons comment Tareq Oubrou présente de son côté les choses.

  • La présentation donnée par Tareq Oubrou

Tareq Oubrou indique : « L’islam a fixé le statut juridique de « dhimmi » ou mu’âhid (autre nom de « dhimmi » signifiant le « pactisant », celui qui s’engage à vivre en paix avec les musulmans), dont bénéficiaient les gens du Livre, c’est-à-dire les juifs et les chrétiens. (…) La dhimma est une catégorie de citoyenneté embryonnaire ou inachevée. (…) La philosophie de cet impôt lié à la dhimma (« jizya ») est résumée par la règle canonique suivante : « Pour la défense de la nation, les musulmans versent leur sang et les minorités religieuses versent un impôt ». Cette règle instaure, au fond, une sorte d’objection de conscience avant la lettre. »

Effectivement, la conversion n’est pas obligatoire pour les juifs et les chrétiens sous réserve qu’ils se soumettent à l’autorité musulmane. Mais limiter la signification du paiement de la jizya à la seule contrepartie de l’exemption de l’engagement militaire est une présentation orientée et fallacieuse car 1) cela n’a aucun rapport avec l’objection de conscience pour les Gens du Livre puisque ceux-ci n’ont pas le choix d’être soumis ou non à ce statut 2) Le statut de dhimmi s’accompagne de mesures vexatoires et humiliantes, précisément décrites dans la jurisprudence musulmane et passées ici sous silence. Le statut de dhimmi est clairement un statut d’infériorité manifeste et publique par rapport aux musulmans ; c’est loin d’être un simple statut « inachevé » à visée humaniste.

En revanche, il est vrai que ce statut, bien que « protecteur », n’a pas suffi à éviter des mesures encore plus humiliantes, voire de véritables persécutions des minorités religieuses en terre d’islam, ce que Tareq Oubrou reconnaît clairement : « Le concept de dhimma visait à l’origine à mettre les juifs, les chrétiens et les autres minorités à l’abri des conversions forcées et à leur garantir la dignité humaine. Malgré son aspect humaniste, en phase avec l’époque, il fut souvent mal interprété et mal appliqué. Ainsi, au cours de l’histoire musulmane, des exactions furent commises à l’égard de ces minorités, fréquemment pour des motifs d’ordre économique et politique. »

  • Conclusion

Le statut infériorisant et humiliant des mécréants en terre d’islam au travers du statut de « dhimmi », sorte de statut d’« Untermensch », de sous-homme, est tellement clair qu’il est impossible de le réfuter. Il imprègne, et c’est logique d’un point de vue doctrinal, toute la culture musulmane par le système de classement humain dont il est l’expression et qui rappelle de sinistres souvenirs. Sans ce sentiment profond, le génocide de 1,5 million de chrétiens arméniens par les Turcs musulmans aurait-il été possible en 1915 ? Une mise en bouche avant le nazisme ?

Il est facile de comprendre dans ce contexte comment le regard d’un mécréant, être inférieur et qui devrait donc baisser le regard, peut rapidement devenir encore de nos jours un « mauvais regard » avec des conséquences incalculables.

Quant au terme de « protection » utilisé pour faire croire qu’il s’agit d’une faveur accordée aux juifs et aux chrétiens par rapport aux musulmans, il est tout à fait trompeur. C’est un statut évidemment de soumission. Il suffit d’interroger les minorités non-musulmanes du Moyen Orient encore aujourd’hui pour en saisir tous les détestables relents.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (18) Le jihad est un combat défensif

  • Problématique

Le caractère offensif du jihad de Mahomet est une évidence pour toute personne qui lit la biographie de Mahomet. J’ai eu l’occasion de revenir sur ce point dans maints articles sur ce site. Voyons ce que dit Tareq Oubrou.

  • La thèse de la légitime défense

Tareq Oubrou recourt à l’argument habituel du « point de contrainte en religion » : « Une vérité n’a pas besoin d’être imposée par la violence : elle s’impose aux esprits par des arguments. (…) Une vérité coranique n’oblige d’ailleurs que celui qui en est convaincu : « Point de contrainte en religion. Le chemin juste s’est désormais distingué de celui de l’égarement. » (sourate 2, verset 256) S’il arrivait que les épées soient tirées de leur fourreau, c’était pour défendre la foi, non pour l’imposer : elle n’en a pas besoin. »

Or Tareq Oubrou oublie de mentionner que ce verset correspond précisément (il est mentionné explicitement dans la biographie de Mahomet) à la période où Mahomet tentait de rallier à lui les juifs, juifs qui lui ont finalement ri au nez. Peu de temps après, Mahomet persécutait ou massacrait les juifs de Médine… (http://islametoccident.fr/?p=723)

D’ailleurs, l’argumentation de Tareq Oubrou ne semble pas claire puisqu’il écrit également : « Il a fallu attendre la fin du XIIIème siècle et le début du XIVème, avec Ibn Taymiyya et son disciple Ibn Qayyim, pour que soit revisité le concept de djihad offensif. Ils défendaient l’idée selon laquelle les musulmans doivent combattre les non-musulmans pour leur hostilité et non leur incroyance. (…) Sur la base de cette timide avancée, un nombre croissant de savants canonistes contemporains, pourtant classiques, voire conservateurs, ont commencé à remettre en cause de manière plus tranchée l’idée de djihad militaire offensif. »

  • Conclusion

Pour en finir avec tous les discours ambigus et confus, qui instrumentalisent le mensonge par omission, je suggère d’en revenir à la position claire et intelligible de ce vénérable imam, qui exprime sans excès particulier la doctrine orthodoxe de l’islam vis-à-vis des non-musulmans – c’est-à-dire la conversion, la jizya (pour les « dhimmis ») ou la mort –, dans une forme de sermon habituelle en islam orthodoxe :

Al Aqsa 150501

Pour mémoire, l’attitude de l’islam vis-à-vis des « dhimmis » (juifs et chrétiens) est effectivement définie ainsi par le Coran :

Coran, sourate 9, verset 29. Combattez (…) ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation de leurs propres mains après s’être humiliés.

La Jurisprudence chaféite précise de son côté que le refus d’assujettissement au statut de « dhimmi » – citoyen de seconde classe – entraîne rupture du pacte et de facto état de guerre avec les musulmans qui autorise à tuer les juifs et les chrétiens : « Si des non-musulmans sujets de l’État Islamique [califat] refusent de se conformer aux règles de l’islam, ou de payer l’impôt sur les non-musulmans, alors l’accord avec l’État est violé (mais si seulement un parmi eux désobéit, cela le concerne seul). »

Procès de Georges Bensoussan : « Leur objectif est d’interdire de penser »

http://www.marianne.net/proces-georges-bensoussan-leur-objectif-est-interdire-penser-100249457.html

La comparution le 25 janvier devant la 17ème chambre correctionnelle de l’historien Georges Bensoussan, pour « provocation à la haine raciale », à la suite de la dénonciation du Collectif contre l’islamophobie en France et de plusieurs associations antiracistes, s’est transformée en procès idéologique. Compte-rendu d’audience.

L’historien Georges Bensoussan est responsable éditorial du Mémorial de la Shoah.

De quoi le procès fait à Georges Bensoussan est-il le nom ? L’expression, usée jusqu’à la corde, est pourtant la seule qui convienne. L’audience du 25 janvier 2017 devant la 17ème chambre correctionnelle a duré douze heures et ce fut long comme un jour injuste. Un jour dont l’on retiendra la date, tristement, à l’heure future où nos enfants tenteront de comprendre quels faits, obscurs ou spectaculaires, quelles compromissions, silencieuses ou tonitruantes, nous auront conduits à cette catastrophe : l’agonie de la lucidité et la criminalisation du courage dans notre pays.

L’historien, responsable éditorial du mémorial de la Shoah, auteur de nombreux ouvrages, était, rappelons-le, poursuivi par le Parquet  « pour provocation  à la haine raciale » sur dénonciation du Collectif contre l’islamophobie en France. En cause : des propos tenus lors de l’émission Répliques, sur France Culture, où il évoquait l’antisémitisme dans les familles arabes . Ce dernier s’était prétendu diffamé puis avait retiré sa plainte. Difficile en effet pour Laacher de nier avoir dit devant les caméras : « Cet antisémitisme, il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est quasi naturellement déposé  sur la langue, déposé dans la langue… Des parents à leurs enfants, quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juifs. Bon. Mais ça, toutes les familles arabes le savent.  C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique ». Georges Bensoussan, en s’y référant, avait usé métaphoriquement de l’expression « l’antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère ».

Ce sein, qu’on ne saurait voir, a déclenché toutes les fureurs. Apparemment, les choses sont bien différentes quand l’antisémitisme arabe est dénoncé par un sociologue issu de cette culture et quand la citation est reprise par un historien d’origine juive  comme l’a souligné douloureusement Georges Bensoussan dans une de ses interventions. Dans le premier cas, on refuse d’écouter Laacher, puis on le somme officieusement de revenir sur ses propos. Dans le second cas, Bensoussan est trainé devant les tribunaux par la justice de son pays puisque le Parquet avait choisi d’attaquer. Ce « deux poids, deux mesures » planait dans l’air raréfié de la 17e chambre du Palais de Justice de Paris.

Un étrange témoin

Le CCIF, représenté par Lila Charef, étroitement voilée, était appuyé par une pléiade d’associations antiracistes, Licra, Mrap, SOS racisme. SOS avait trouvé un témoin à charge surprenant en la personne de Mohamed Sifaoui. Ce dernier, qui a si souvent écrit dans nos colonnes, se retrouvait ainsi sur le même banc que le CCIF dont on pensait que le journaliste, menacé de mort par les islamistes, ne partageait pas vraiment les options. Sifaoui écrivait en effet du CCIF, le 6 juillet 2015, que cette « prétendue association antiraciste avait beaucoup de mal à condamner l’antisémitisme ». De son côté, en juin 2015, le CCIF traitait Sifaoui de « chantre de la haine ». Comment ces adversaires irréductibles se sont-ils ligués contre Georges Bensoussan ? Sans doute un de ces retournements de l’histoire qui n’augurent rien de bon pour le respect des faits. « Le déni de réalité est un cancer », écrit Elisabeth Badinter dans sa préface à l’ouvrage collectif, La France soumise coordonné par l’historien (Albin Michel)

Nous y voilà, effectivement. Georges Bensoussan, sommé de s’expliquer sur ses propos mais aussi sur ses travaux, rappelle qu’il travaille depuis un quart de siècle sur les mécanismes conduisant à la haine de l’autre. Il s’est penché, notamment, sur la condition juive en pays d’Islam. Il cite l’expression, si proche de la sienne à Répliques, utilisée en 1965 dans la revue les Temps modernes par l’auteur marocain Saïd Ghallab. Sous le titre Les juifs vont en enfer, Ghallab écrivait alors : « ... la pire insulte qu’un Marocain puisse faire à un autre, c’est de le traiter de juif, c’est avec ce lait haineux que nous avons grandi… ». Plus de cinquante ans après, en France, toutes les enquêtes réalisées sur l’antisémitisme par le think tank Fondapol, comme les témoignages multiples recueillis par les enseignants depuis la parution des Territoires perdus de la République attestent une emprise grandissante des préjugés chez les jeunes de culture musulmane. Si l’on y ajoute les fameux 28% de partisans de la suprématie de la charia sur les lois françaises dénombrés dans la dernière enquête de l’Institut Montaigne (enquête dirigée par Hakim el Karoui), il y a de quoi s’inquiéter.

Sur la toile de fond des attentats, des crimes de Mohamed Merah à ceux de l’Hypercacher (sans oublier l’enlèvement et l’assassinat du jeune Ilan Halimi, en 2004, dont le caractère antisémite avait été honteusement nié) les juifs ont peur. Les élèves juifs fuient les écoles et les lycées publics des quartiers dits « sensibles ». Bensoussan, qui se définit lui-même comme « un enfant de l’école publique », souligne qu’ils n’en sont pas partis en masse par choix mais pour d’impérieuses raisons de sécurité. Les écoles juives dans lesquelles certains ont été inscrits ne sont-elles pas gardées par l’armée ? Ce qui arrache ce cri à l’historien : « Est-ce moi qui dois me trouver devant ce tribunal aujourd’hui ? N’est-ce pas l’antisémitisme qui nous a conduits à la situation actuelle qui devrait être jugé ? »

« Une dérive judiciaire »

Cette inversion du réel s’inscrit au cœur du témoignage d’Alain Finkielkraut. « Les associations antiracistes ne luttent plus contre le racisme, s’insurge l’académicien, leur objectif est d’interdire de penser, il s’agit de soustraire la réalité à l’investigation et les musulmans à la critique. Je suis étonné d’être ici : car la question n’est pas de savoir si Georges Bensoussan s’est rendu coupable : la question, c’est de savoir s’il dit vrai ! »

Et Finkielkraut poursuit : « Si le tribunal cède à cette intimidation, ce sera à la fois une catastrophe intellectuelle et une catastrophe morale… Si on refuse de voir la réalité et si on incrimine ceux qui s’efforcent de la penser, on n’a plus aucune chance d’échapper à la division et à la montée de la haine ! »

En dénonçant « une dérive judiciaire », le philosophe cite des témoignages sur les « insultes antisémites et antifrançaises ». Du coup, l’avocat du Collectif contre l’islamophobie en France le menace de « réserver » ses propos, allusion à une procédure judiciaire dont il pourrait relever. « Ah, je suis donc moi aussi sous surveillance ! » s’exclame Finkielkraut.

Cet échange donne le ton d’un procès qui, d’heure en heure, se fait plus tendu. Ainsi se vérifie la phrase de Jean-Paul Sartre : « L’antisémitisme n’est pas une pensée, c’est une passion. »

La déposition de Mohamed Sifaoui, extrêmement violente à l’encontre de Georges Bensoussan, alourdit encore l’atmosphère. D’un côté, le journaliste si engagé contre l’islamisme reconnaît qu’au cours de ses reportages dans le monde arabe, il a « rencontré partout de l’antisémitisme, personne ne nie non plus qu’il y a un antisémitisme endémique dans la communauté musulmane en France ». Où est donc la différence de propos qui l’amène à fustiger Bensoussan ? C’est que, de l’autre côté, Sifaoui s’indigne : « Bensoussan détricote tous les moments positifs entre juifs et arabes. N’est-il pas en train d’écrire une histoire qui peut servir à des milieux douteux ? C’est un destructeur des ponts entre juifs et arabes. » En s’attardant sur la fameuse métaphore de « l’antisémitisme tété au sein », il évoque même « un biberon empli d’un lait fabriqué en Israël ! ». Une heure plus tard, l’avocat du CCIF lancera à l’historien : « Les juifs ne tuent pas d’Arabes ? Et en Palestine ? » L’inversion des faits ne suffit donc pas ! Sifaoui comme le CCIF, adversaires d’hier mais peut-être pas de demain, se coalisent pour convoquer l’ombre du conflit israélo-palestinien sous les plafonds bleu-or de la 17ème chambre.

« On ne peut pas parler de racisme quand on évoque la transmission culturelle »

Le témoignage de la philosophe Elisabeth de Fontenay, toujours vigilante et précise, allège un peu l’ambiance. Elle aussi « accepte mal qu’un chercheur qui fait état d’études de terrain soit poursuivi ». Et souligne à l’intention des accusateurs de l’historien : « On ne peut pas parler de racisme quand on évoque la transmission culturelle ».

En face, la sociologue Nacira Guénif, témoin cité par l’accusation, se fendra d’une longue analyse, véritable morceau d’anthologie, qui consiste à prendre le contre-pied de la réalité. A la présidente du tribunal, Fabienne Siredey-Garnier, qui lui demande de réagir aux propos de Smain Laacher, elle répond par une esquive et entreprend de décortiquer l’insulte arabe « espèce de juif ! » Des « explications » fournies par l’éminente universitaire, il ressort qu’en disant l’insulte « on ne pense pas ce qu’on veut dire », qu’il s’agit « d’une expression figée passée dans le langage courant ». Bref une insulte antisémite en arabe n’est pas… antisémite.

Une insulte antisémite en arabe ne serait pas… antisémite.Suivra un dernier et obscur témoignage de Michèle Sibony, enseignante retraitée, par ailleurs animatrice d’une « Union juive française pour la paix » qui, en se drapant dans la cape de la bonne moralité identitaire, s’enlise dans la phraséologie la plus ossifiée pour flatter l’islamisme. Devant le tribunal, elle va manier l’injure en accusant Bensoussan de « discours digne d’un Drumont » ( Edouard Drumont, antidreyfusard, était un célèbre idéologue antisémite du début du XXème siècle).  Nous sommes toujours à des années-nuits du réel et de la clarté intellectuelle.

« Pour la première fois de ma vie j’ai eu la tentation de l’exil »

Il y aura heureusement l’intervention d’Yves Ternon, historien qui salue « Georges Bensoussan, le lanceur d’alerte », puis la lettre de soutien adressée d’Algérie par le grand écrivain Boualem Sansal, et lue par la présidente : « Les propos reprochés ne sont en rien un acte d’islamophobie… (…) J’ai moi-même dénoncé cette culture de la haine inculquée dans les familles arabes à leurs enfants, haine contre le juif, le chrétien, l’homosexuel… »

Boualem Sansal ose ensuite écrire : « Dire que l’antisémitisme relève de la culture, c’est simplement répéter ce qui est écrit dans le Coran et enseigné à la mosquée ».

Suivront les plaidoiries des associations, aussi creuses que leurs accusations, puis celle, incisive et brillante, de Me Michel Laval, avocat de Georges Bensoussan. Le réquisitoire de la Procureure sera à l’image du procès, intégralement idéologique.

« Ce soir, Madame la présidente, conclura Georges Bensoussan, dans le silence de la nuit qui s’est abattue sur le Palais de justice, pour la première fois de ma vie j’ai eu la tentation de l’exil. »

C’était un jour dans la vie de la justice française. Jugement le 7 mars.

« Si les juifs ont quitté en masse le Maroc, c’est parce qu’ils avaient peur »

INTERVIEW. Pour Georges Bensoussan, la tolérance de l’islam n’est qu’un mythe. La preuve, les souffrances subies par les juifs en terre musulmane.

Propos recueillis par Catherine Golliau. Article publié dans Le Point.fr le 24 janvier 2017

Georges Bensoussan sort chez Albin Michel « Une France soumise », un ouvrage collectif où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues.

Mercredi 25 janvier [demain] , Georges Bensoussan passe devant un tribunal pour avoir dit que l’antisémitisme des musulmans était une transmission familiale. À tort ou à raison ? Ce spécialiste de l’histoire des juifs d’Europe de l’Est et de la Shoah est un historien engagé. En 2002, il rédigeait la postface des Territoires perdus de la République (Fayard), où des professeurs de collège témoignaient de la violence des adolescents, de leur racisme, leur antisémitisme et leur sexisme. Lui-même sort chez Albin Michel Une France soumise, un ouvrage collectif préfacé par Élisabeth Badinter « herself », où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues. Toujours à cause de cette violence et de ce rejet de l’autre – et particulièrement du Juif – , qui ne font que s’accentuer. Mais cette haine, d’où vient-elle ? Pour l’historien, comme il l’explique dans Les Juifs du monde arabe. La question interdite, qui paraît également cette semaine chez Odile Jacob, elle est directement liée au statut du dhimmi, imposé par le Coran au juif et au chrétien, soumission imposée qui s’est perpétuée jusqu’à la période coloniale, et qui est resté dans les consciences, même s’il a officiellement disparu des États modernes.

Le Point.fr : Pour vous, contrairement à ce qu’affirment nombre d’historiens, les juifs n’ont pas été bien traités dans le monde musulman…

Georges Bensoussan : Oui, nous sommes dans le déni. Peut-être parce qu’étant donnée l’horreur des exactions subies par les juifs dans le monde chrétien, et particulièrement sous les nazis, on a voulu croire à un islam tolérant. Or la légende d’Al Andalus, cette Espagne musulmane où les trois monothéismes auraient cohabité harmonieusement sous des gouvernements musulmans, a été forgée de toute pièce par le judaïsme européen au XIXe siècle, en particulier par les Juifs allemands, afin de promouvoir leur propre émancipation. Elle a ensuite été reprise par le monde arabe dans le but de montrer que les responsables de l’antagonisme entre juifs et Arabes étaient le sionisme et la naissance de l’État d’Israël. Coupables du départ massif des communautés juives d’Irak, d’Égypte, de Syrie, de Libye, du Maroc, etc., soit près d’un million de personnes entre 1945 et 1970. Mais, s’ils étaient si heureux dans leur pays d’origine, pourquoi ces gens sont-ils partis de leur plein gré ? En Irak, par exemple, les juifs comptaient parmi les plus arabisés d’Orient, et n’étaient guère tentés par le sionisme. Or ils ont été plus de 90 % en 1951-1952 à quitter le pays, après avoir subi le pogrom de Bagdad en juin 1941 – plus de 180 morts –, après avoir été victimes de meurtres, d’enlèvements, d’arrestations, de séquestrations, de vols et de torture dans les commissariats. C’est cette réalité-là qui a poussé ces juifs à l’exil. Un véritable processus d’épuration ethnique, d’autant plus sournois qu’à l’exception de l’Égypte, il n’a pas pris la forme d’une expulsion.

Vous ne pouvez nier pourtant que les sionistes ont largement œuvré pour que les juifs viennent s’installer en Israël…

Bien évidemment, et comment le leur reprocher ? Ils voulaient renforcer leur jeune État. Mais à eux seuls, des agents sionistes peuvent difficilement déraciner une communauté qui ne veut pas partir. Si les Juifs du Maroc ont quitté en masse leur pays – un tiers déjà avant l’indépendance –, c’est parce qu’ils avaient peur. D’expérience, ils craignaient le retour de la souveraineté arabe sur leurs terres. Ils ne se voyaient pas d’avenir dans leur pays, où la législation leur rendait la vie de plus en plus difficile. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme que l’attitude du sultan du Maroc, par contraste, en apparaissait presque bienveillante !

Le sultan du Maroc a pourtant la réputation d’avoir protégé les juifs entre 1939 et 1945, quand le pays était contrôlé par le gouvernement de Vichy…

Le Sultan, dit-on, se serait opposé au port de l’étoile jaune par ses sujets juifs. À ceci près qu’il n’y eut jamais d’étoile jaune au Maroc (et pas même en zone sud en France). Le sultan a fait appliquer à la lettre les statuts des juifs d’octobre 1940 et de juin 1941.

Si c’est une légende, elle est pourtant entretenue dans les milieux juifs d’origine marocaine…

En partie, oui, et pour plusieurs raisons. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme (à commencer par le Résident général Charles Noguès) que l’attitude du sultan, par contraste, en apparaissait presque bienveillante ! En second lieu, les Juifs marocains partis en masse s’installer en Israël constituaient la partie la plus pauvre de la judéité marocaine, celle qui, de faible niveau social et professionnel, essuiera de front le racisme des élites ashkénazes. Être « marocain » en Israël était (et demeure) un « marqueur » péjoratif. Cette immigration s’est mise à idéaliser son passé marocain, sa culture, le temps de sa jeunesse, parfois tissé, au niveau individuel, de relations d’amitié entre juifs et Arabes. Ajoutons que la mémoire collective est socialement stratifiée. Il faut donc compter avec celle, moins douloureuse, des classes plus aisées qui ont émigré, elles, davantage, en France ou au Canada. Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman

Le statut de « dhimmi » imposé aux chrétiens et aux juifs par le Coran explique-t-il l’antisémitisme que vous dénoncez ?

Il justifie l’infériorisation du juif par le musulman : il autorise en effet les membres des religions dites du Livre à pratiquer leur foi, à la condition de payer un impôt spécial et d’accepter de se comporter en « soumis ». Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman. Tout cela a fait du juif un être de second ordre. Les témoignages abondent, de non-juifs en particulier – des militaires, des commerçants, des médecins –, sur la misère et la manière infamante dont les juifs pouvaient être traités. Mais ce statut avait été intégré par des communautés profondément religieuses, marquées par l’attente messianique et considérant que ce qu’elles vivaient était le prix de l’Exil. Les choses ont changé avec l’arrivée des Européens et la possibilité d’avoir accès à une éducation marquée par les valeurs issues des Lumières. Pour autant, le regard arabo-musulman sur « le Juif » ne changera pas de sitôt : un sujet toléré tant qu’il accepte son infériorité statutaire. Même les juifs qui rejoindront le combat des indépendances arabes comprendront peu à peu qu’ils ne seront jamais acceptés. De fait, tous ont été écartés ou sont partis d’eux-mêmes, et la création de l’État d’Israël ne fera qu’accroître le rejet.

Mais leur situation était-elle la même partout ? Les Juifs de Salonique ont prospéré sous les Turcs et ont vu leur statut se détériorer quand les Grecs orthodoxes ont pris le contrôle de la ville, en 1922…

En effet, il faut distinguer le monde turc, plus tolérant que le monde arabe, même si la situation est loin d’y avoir été idyllique. Le statut de dhimmi a été aboli dans l’Empire ottoman par deux fois, en 1839 et 1856, et l’on constate que les contrées où les juifs connurent la condition la plus dure – le Yémen, la Perse et le Maroc – ne furent que peu ou pas du tout colonisées par les Turcs. Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux.

Vous dénoncez l’antisémitisme des émigrés de la troisième génération en France, ce qui vous vaut d’ailleurs un procès pour racisme intenté par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).

J’ai effectivement été assigné pour « propos racistes », parce que, lors d’une émission de France Culture, et à propos d’une partie de l’immigration maghrébine, j’ai usé de la métaphore d’un « antisémitisme tété avec le lait de sa mère ». Je ne faisais pourtant, par cette formule, que reprendre celle utilisée par le sociologue Smaïn Laacher qui, dans un documentaire diffusé sur France 3, parlait d’un antisémitisme « quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue […]. Bon, mais ça toutes les familles arabes le savent ! C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique […] comme dans l’air qu’on respire ». Ces deux métaphores disaient la même chose, une transmission culturelle et non génétique : le lait n’est pas le sang. À ceci près que l’une est dite par un Arabe, l’autre par un juif. L’indignation est sélective… Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux et donnent prise à la culture du complot qui cristallise sur « le Juif », cette cible déjà désignée dans l’imaginaire culturel maghrébin, et aggravée par la réussite de la communauté juive de France. Mais qu’y a-t-il de « raciste » à faire ce constat, à moins d’invalider toute tentative de décrire le réel ? Ce qui est inquiétant dans mon affaire, au-delà de ma personne, est que la justice donne suite à la dénonciation du CCIF, dont l’objectif est de nous imputer le raisonnement débile du racisme pour mieux, moi et d’autres avec moi, nous réduire au silence.

Vos collègues vous reprochent de manquer de l’objectivité indispensable à l’historien…

Quand les faits leur donnent tort, ils invoquent l’« objectivité » alors que le seul souci de l’historien face aux sources, a fortiori quand elles contreviennent à sa vision du monde, demeure l’honnêteté. Comme au temps où il était impossible de critiquer l’Union soviétique au risque, sinon, de « faire le jeu de l’impérialisme », la doxa progressiste s’enferme dans cette paresse de l’esprit. Il n’est donc pas possible aujourd’hui de dire que le monde arabe, quoique colonisé hier, fut tout autant raciste, antisémite et esclavagiste. Quand la sociologue franco-algérienne Fanny Colonna a montré dès les années cinquante le poids de l’islamisme dans le nationalisme algérien, elle s’est heurtée aux « pieds rouges », ces intellectuels qui soutenaient le FLN et qui ne voulaient pas faire le jeu des opposants à la décolonisation. Orwell le soulignait jadis, certains intellectuels ont du mal à accepter une réalité dérangeante.

Les Juifs du monde arabe. La question interdite, Odile Jacob, 167 pages, 21,90 euros

Dhimmitude en terre d’islam et génocide chrétien en Turquie : un rappel

Extrait du reportage d’Arte diffusé le 17 mai 2016 et intitulé « La fin des chrétiens d’Orient ? » : quelques rappels sur la conditions des chrétiens d’Orient dans le monde musulman et notamment en Turquie.

La fin des chretiens Orient 160517 Dhimmitude et genocide

La fin des chretiens Orient 160517 Dhimmitude et genocide