De quelques questions sur l’islam : version italienne

La version italienne des 20 questions essentielles sur l’islam est maintenant disponible. Je remercie chaleureusement les personnes qui m’ont aidé à la réaliser.

Domande riguardanti l’islam

N’hésitez pas à la diffuser : la connaissance doit profiter à tous.

L’État Islamique a-t-il raison de détruire les statues ?

L’émission de France 2 « Islam » diffusée le 19 août 2018 est revenue sur une question intéressante et importante dans un contexte occidental : la position de l’islam sur la question de l’art et du patrimoine artistique. Il est vrai que, et heureusement, l’expansion de l’islam n’a pas conduit dans l’histoire à la destruction systématique de l’art mécréant et de nombreux témoignages ont été préservés (art ou vestiges égyptiens, perses, romains, etc.).

Si la préservation a été fréquente – et on peut s’en féliciter –, il ne faut pas à l’inverse généraliser et conclure à une préservation systématique car l’histoire de l’islam contient aussi de nombreux exemples de destructions, notamment d’églises chrétiennes comme dans la mythique « Andalousie heureuse » qui n’a en réalité jamais existé (voir la série d’articles sur Al Andalous : http://islametoccident.fr/?p=4326 ). Il faut donc être prudent et étudier les choses au cas par cas.

Dans ce contexte, l’émission a abordé la question des statues et notamment celle des destructions perpétrées par l’Etat Islamique.

Ahmed Djebbar rappelle quelles sont les références scripturaires musulmanes :

France 2 Islam 180819 Patrimoine 1 Extrait 1

  • Le Coran

Ahmed Djebbar indique que la référence principale (voire unique) à ce sujet ne contient stricto sensu qu’une recommandation d’évitement car le verset 90 de la sourate 5 dit : « Ô les croyants ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination, ne sont qu’une abomination, œuvre du diable. Écartez-vous en, afin que vous réussisiez » (traduction Hamidullah)

Les pierres dressées font référence, dans le contexte de l’époque mahométane, aux bétyles, pierres sacrées de l’Arabie préislamique qu’on retrouvait notamment à la Ka’ba.

  • Les actes et paroles de Mahomet (hadiths)

Les hadiths sont clairs également sur la condamnation des statues, Mahomet ayant pour sa part fait détruire les idoles païennes de la Ka’ba.

Contrairement à ce qu’Ahmed Djebbar affirme, il y a donc bien un interdit relatif aux statues. Ce qui ne figure en revanche pas explicitement est l’ordre de procéder à la destruction des statues qui tombent sous le joug musulman, même si l’exemple qu’a donné Mahomet est clair.

  • Le consensus des Oulémas

Ahmed Djebbar décrit la position des Oulémas qui reste ferme sur la question des « statues » (mais contraint d’autoriser les poupées, car il faut rappeler que Mahomet autorisait sa femme la petite Aïcha qu’il avait épousé à 6 ans alors qu’il en avait 53 à jouer à la poupée avec des amies lorsqu’elle était encore petite) et alambiquée sur la question des « images » (2 dimensions) :

France 2 Islam 180819 Patrimoine 1 Extrait 2

NB : il y a précisément 7.563 hadiths dans la version « Sahih » de Boukhari que mentionne Ahmed Djebbar.

Et pour ce qui est de la question des coussins, les hadiths sur la question (une petite vingtaine : 2225, 2479, 3225, 3322, 5949, etc.) sont confus, voire contradictoires.

  • Conclusion : quel sort réserver aux statues ?

Si la question de la destruction des statues, sur la base du Coran et des hadiths est effectivement discutable, l’attitude de Mahomet ne laisse guère de place à l’interprétation comme il est noté dans l’émission : or, en toute logique, comment défendre la position qu’il conviendrait de préserver les statues fabriquées par les mécréants alors même que Mahomet à son époque a fait détruire toutes celles de la Ka’ba ?

C’est impossible, ou alors le Prophète n’est plus le modèle des musulmans. Voilà pourquoi les agissements de l’État Islamique sont tout à fait logiques et compréhensibles et ne résultent en rien d’un aveuglement ou d’une folie barbare ; bien au contraire : ils se fondent sur l’exemple du meilleur des musulmans : Mahomet.

Démontrer que l’État Islamique a tort serait donc impossible ?

On sait que l’État Islamique, contrairement d’ailleurs à un Al Qaida moins prolixe, fait un usage intensif des sources scripturaires musulmanes originales et donc incontestables dans sa propagande. Un lecteur patient pourra en effet par exemple vérifier que les hadiths cités par les fondamentalistes musulmans de l’É.I. sont précis et exacts (au moins pour les plus importants provenant des recueils « sahih » de Bukhari et Muslim – avec la réserve toutefois que le degré de fiabilité des hadiths n’est pas indiqué, un petit nombre de hadiths faibles d’autres recueils étant cités sans avertissement pour le lecteur –), et ne sont pas dévoyés même si leur sens littéral peut parfois être contesté à grand renfort de dialectique.

J’ai documenté ce constat dans mon ouvrage « Les sources doctrinales de l’État Islamique », publié aux éditions UPPR, que je vous invite à lire si vous voulez vraiment connaître la vérité concernant l’authenticité doctrinale de l’inspiration des mouvements fondamentalistes, dont le modèle est l’islam de Mahomet, bien loin de la bouillie servie par les chaînes de télévision françaises chargées officiellement (puisqu’on n’a pas la possibilité d’y faire entendre un autre point de vue) de la contre-propagande en faisant passer les terroristes musulmans pour un ramassis d’abrutis et de petits voyous en mal de notoriété.

Or, que des organisations terroristes instrumentalisent plus facilement des personnes ayant déjà un passé de délinquant est naturel car c’est bien évidemment plus facile, mais de là à prétendre que cela prouve que ce terrorisme n’a rien à voir avec l’islam et que les chefs fondamentalistes musulmans qui les organisent ne connaissent pas leur propre religion, c’est ne rien comprendre à la question et, plus grave, à son ennemi. Car bien sûr, la situation des armées occidentales est totalement différente : il est bien connu qu’on y recrute comme fantassins que des prix Nobel totalement éclairés sur les raisons de leur combat… Mais malheureusement, journalistes et hommes politiques se carrent avec suffisance dans cette posture imbécile, comme récemment Alain Marsaud, pourtant ancien responsable anti-terroriste de haut niveau, qui a déclaré (en le répétant) dans une conférence publique de février 2018 : « la religion, cela ne m’intéresse pas », ce qui revient à dire : « comprendre l’idéologie et la motivation des terroristes, cela n’a aucun intérêt ».

Ce constat sur les sources doctrinales utilisées n’est en aucun cas bien sûr une façon de soutenir idéologiquement d’une quelconque façon les fondamentalistes et terroristes musulmans et leurs odieuses pratiques : c’est seulement un constat froid et objectif d’une réalité vérifiable. D’ailleurs, le caractère incontestable de ces citations est la raison fondamentale qui rend structurellement incapable l’islam dit « modéré » de produire un contre argumentaire au fondamentalisme musulman.

C’est ce que confirme de facto un intervenant de l’émission « Islam » de France 2 du 4 mars 2018 qui déclare avec raison :

« Daesh nous cite des sources dans ses fatwas qui sont au cœur de la réflexion juridique islamique, – cela a terrorisé le monde musulman «  mais non, ce n’est pas islamique » : si, c’est bien, bien islamique – (…) »

« Le croyant lambda va dire [entre les « modérés » et les « extrémistes »] : « vous dites la même chose, vous utilisez les mêmes sources, les mêmes procédés discursifs, les mêmes exégèses, donc : qui a raison ? » : on est incapable de le dire. »

France 2 Islam 180304 Comprendre islam 2 Daesh

Les terroristes musulmans : des hommes qui seraient coupés de leur religion

  • Délégitimer la position doctrinale des fondamentalistes musulmans

Pour Ghaleb Bencheikh, présentateur attitré de l’émission de France 2 « Islam » diffusée le dimanche matin sur France 2 et intervenant principal d’une conférence sur le mot « salafisme » organisée par la société des amis de l’Institut du Monde Arabe en novembre 2017, les salafistes « veulent passer outre les différents avis des différentes écoles juridiques [de l’islam] car ils veulent s’abreuver aux deux sources premières, c’est-à-dire le Coran et la Sunna. »

Amis IMA Salafisme 171106 Sources doctrinales

  • Analyse

Il est exact que les salafistes se réfèrent prioritairement aux textes sacrés de l’islam, ce qui paraît tout à fait logique et souhaitable (les chrétiens feraient bien de faire la même chose avec les Évangiles et les Épîtres…), mais la lecture de la propagande fondamentaliste musulmane montre qu’il est faux de dire qu’ils refusent tous les avis juridiques des écoles de l’islam.

En effet, pourquoi ignoreraient-ils des avis juridiques qui sont loin – contrairement à ce que laisse entendre Ghaleb Bencheikh face à un public qui n’a probablement jamais lu ces textes – de contredire les leurs ? Les fondamentalistes indiquent en effet par exemple que « les règles concernant le fait de répandre le sang sont issues, du Coran, de la Sunna, de l’« ijmaa » (consensus des savants) et du « qiyas » (raisonnement juridique) » ? En outre, certaines grandes figures parmi les savants de l’islam font de façon notoire partie de leur panthéon doctrinal, comme Ibn Taymiyya.

En réalité, la zone de « schisme » au sein de l’islam n’est pas doctrinalement entre les salafistes et les autres, mais entre ceux qui se sentent assez forts pour passer à l’action et les autres, moins téméraires, installés dans une vie matérielle confortable ou simplement oublieux du devoir de jihad que leur impose une doctrine pourtant claire. Ainsi, ceux qui sont visés, ce sont les « imams qui égarent » les musulmans en les éloignant du « jihad », combat armé dans la voie de Dieu, peu importe que ces imams soient étiquetés en Occident « modérés », « salafistes », etc.. En effet, ces imams détournent les musulmans qui les suivent sans regard critique hors du chemin du jihad et donc les éloignent de l’exemple du Prophète Mahomet, qui a mené la guerre au nom de la religion, comme les textes sacrés de l’islam en témoignent avec une grande clarté.

Ce que rejettent les partisans du jihad, c’est le « taqlid », c’est-à-dire le fait d’« agir selon l’avis de quelqu’un [en l’occurrence un imam] sans connaître sa preuve », ce qui correspond à la soumission aveugle, sans esprit critique. En effet, un imam qui prétend que le jihad ne fait pas partie du devoir de tout bon musulman est bien incapable de le prouver par les textes les plus sacrés de l’islam : il n’a donc pas de « preuve ».

  • Le « coranisme » ? en réalité, une impasse

Face à des mouvements fondamentalistes qui se réfèrent en permanence aux textes sacrés de l’islam pour justifier leur action, Ghaleb Bencheikh en est réduit à une démarche qui se résume à deux aspects :

1) Se centrer exclusivement sur le Coran en abjurant sa croyance dans la Sunna du Prophète, car les hadiths prêchant la guerre sainte, le « jihad », y sont tellement nombreux et explicites qu’il est impossible de nier leur existence et leur sens littéral.

C’est ainsi que Ghaleb Bencheikh déclare : « En réponse à la salafisation des esprits, il y a des réactions de ceux qui disent : « seul le Coran oblige ». » : c’est ce que Ghaleb Bencheikh appelle le « coranisme », lui-même étant un « coraniste ».

2) Contextualiser le Coran

Mais cet abandon de la Sunna (et de la biographie du Prophète, 3ème source sacrée de l’islam) est tout à fait insuffisante car le Coran lui-même contient de nombreux versets violents, appelant à la guerre sainte contre les mécréants (en précisant même les règles de partage du butin ainsi conquis, ce qui, pour un texte qui se veut spirituel, est pour le moins étonnant…).

Il faut donc trouver une façon de renier le sens littéral du Coran et de délégitimer la position de ceux qui « prennent dans son sens obvie, son sens littéral, le Coran ». Le Coran, parole éternelle d’Allah, serait ainsi sujet par essence à une interprétation dépendant notamment du contexte historique de son apparition, contrairement par exemple aux textes des autres religions qui peuvent faire l’objet d’interprétations de façon ponctuelle mais jamais de façon systématique et surtout jusqu’à contredire le sens littéral du texte qui est donné aux fidèles (les contradictions flagrantes du Coran justifiées par l’aberrante doctrine de l’abrogation étant de ce point un summum d’absurdité en la matière). Donc, le Coran, contrairement aux Évangiles ou aux textes bouddhistes par exemple, ne voudrait que rarement vraiment dire ce qu’il veut dire : jusqu’où la takiyya ne conduit-elle pas…

  • Conclusion

Ghaleb Bencheikh propose une voie dangereuse pour lui-même (puisque blasphématoire) et de toutes les façons sans issue, sauf au prix d’une mauvaise foi ou d’un aveuglement évident. Il se dresse avec courage ou inconscience contre une bonne partie du monde musulman dont la conception de l’islam n’a jamais été clémente et miséricordieuse, et pour qui le terme de « jihad » a bien toujours eu le sens principal de « guerre sainte » : il suffit simplement de reprendre les textes de jurisprudence des grandes écoles juridiques musulmanes pour s’en persuader. Je reviendrai sur ce point dans un prochain article.

Le Coran : une approche thématique simple pour y comprendre enfin quelque chose

Les islamologues, lorsqu’on insiste un peu, doivent se rendre à l’évidence : le Coran est un livre « anarchique épistologiquement », comme l’a écrit Tareq Oubrou, ce qui en rend la lecture difficile (pas de fil directeur, pas d’ordre chronologique, innombrables répétitions, contradictions évidentes, etc.).

Cette anarchie rend compliquée à première vue toute synthèse car il faut tenir compte de la fréquence des positions présentées, compte tenu de l’incohérence du texte, pour conclure sur toute question. Ainsi, pour savoir ce que disent vraiment les textes sacrés musulmans (Coran, biographie de Mahomet, hadiths), avant même d’en discuter, il est absolument indispensable de compiler ces sources par thématique afin de disposer d’une documentation la plus exhaustive possible sur chaque thème abordé.

Seule une synthèse de ce type peut permettre d’éviter de tirer de fausses conclusions sur la base par exemple d’un unique verset qui peut être contredit par des dizaines d’autres.

C’est précisément la recommandation que l’imam Mohamed Barjrafil, qui reconnaît lui-même que l’on peut faire dire ce que l’on veut au Coran si on ne se prête pas à une telle revue étendue, a formulée il y a quelques semaines à la télévision française (janvier 2017).

France 2 Islam 170122 Revelation 1 Anarchie coranique

Je dois dire que je suis, une fois n’est pas coutume, d’accord avec Mohamed Bajrafil. La lecture assidue des sources sacrées musulmanes conduit en effet naturellement tout lecteur de bonne foi à cette conclusion incontournable. Dans cette perspective, je propose depuis juillet 2016 sur ce site une synthèse de ce type, téléchargeable gratuitement (http://islametoccident.fr/?page_id=1786).

Cette synthèse d’environ 170 pages qui a fait l’objet depuis de quelques mises à jour, sans prétendre être infaillible, est déjà une bonne base de documentation pour tous ceux qui n’auraient ni le temps, ni la patience de se livrer à cette lecture assez contraignante. Le lecteur trouvera sur la même page du site un résumé plus court (10 pages) qui pose déjà sans détour quelques questions sérieuses de compatibilité entre l’islam et les valeurs occidentales.

Pour les plus intéressés et qui voudraient goûter la saveur des textes originaux, je recommande de commencer par lire non pas le Coran mais la biographie de Mahomet (Sîra), texte original musulman (http://islametoccident.fr/?p=98) qui donne des éléments essentiels pour comprendre le parcours de cet homme et en quoi il peut être considéré comme exemplaire, ou au contraire pas. Cette biographie est un éclairage indispensable pour comprendre notamment l’origine des multiples contradictions qui figurent dans les textes sacrés musulmans.

Le lecteur peut également trouver sur ce site (http://islametoccident.fr/?p=98) une synthèse détaillée de ce parcours dans mon premier ouvrage : « L’islam de France (et d’Europe) : un message de paix ? », publié en mai 2015 et rédigé avant les attentats de janvier 2015. Ceux qui s’intéressent aux fondements doctrinaux de l’État Islamique et de façon plus générale à la doctrine des mouvements fondamentalistes peuvent sans doute lire avec intérêt mes deux courts opus : « Les sources doctrinales de l’État Islamique ». Ces ouvrages fournissent des références doctrinales publiques et totalement vérifiables.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (15) La violence en islam : l’État Islamique aurait-il raison ?

  • Problématique

La question de la violence en islam est naturellement centrale pour une religion qui se présente comme une religion d’amour et de paix. J’ai eu l’occasion d’écrire à ce sujet de multiples articles disponibles sur ce site. Afin d’éviter trop de redites, je me contenterai de revenir sur quelques propos de Tareq Oubrou, celui-ci reconnaissant qu’« Il n’est pas question de chercher à esquiver le débat sur la violence dans la religion. »

  • La position de Tareq Oubrou : un écheveau confus de contradictions

Pour Tareq Oubrou, « Dire que l’islam est foncièrement violent, c’est ne rien comprendre à la génétique ni au coranique. » Sur quelle analyse se fonde cette affirmation ? On ne sait pas. C’est juste une opinion, dont Tareq Oubrou reconnaît lui-même bien vite qu’elle pose problème puisqu’il enchaîne immédiatement en écrivant : « Je concède néanmoins qu’une certaine pratique de l’islam et un certain discours tenu en son nom accréditent cette perception essentialiste. Le pire est qu’ils viennent de sommités de la pensée canonique. »

Tareq Oubrou est donc parfaitement conscient de la faiblesse de sa position : lui, modeste imam auto-proclamé de la petite ville de Bordeaux, se trouve en contradiction avec les positions de ceux qu’il reconnaît faire partie des plus éminentes personnalités religieuses du monde musulman ! Rien moins que cela… Alors qui faut-il croire ? Le conseil que je peux donner est de tout simplement aller lire soi-même la biographie de Mahomet : le doute est vite dissipé…

Cette lecture met en effet en lumière, avec une grande clarté, le caractère violent de l’islam de Mahomet à compter de Médine, qui figure à quasiment toutes les pages (occupant environ 450 pages sur 500 de la biographie). Quant à l’argument sempiternellement répété de la « contextualisation historique » qui excuserait cette violence, c’est un miroir aux alouettes auquel ne se laissent prendre que les esprits naïfs et faibles : « Il s’agit d’une interprétation humaine marquée par une histoire circonstancielle et divinisée au fil du temps. Confondant islam et ceux parmi les musulmans qui se revendiquent de cette lecture violente de l’islam, l’essentialisation devient alors automatique. »

  • L’État Islamique a raison (au regard du droit musulman « classique »)

Le plus curieux dans le discours de Tareq Oubrou est, qu’étant parti de la position initiale niant le caractère intrinsèquement violent de l’islam, son discours évolue jusqu’à conclure avec bon sens : l’État Islamique a raison ! ll est tout à fait étonnant de lire ce constat sous la plume d’un imam « modéré » : « Le paradoxe actuel est que certains oulémas condamnent l’Organisation de l’État Islamique en Irak et au Levant (Daech), laquelle ne fait qu’appliquer un droit canon classique qu’eux-mêmes dénoncent avec acharnement. Ce sont en quelque sorte des pompiers pyromanes qui squattent les universités théologiques du monde musulman – y compris la principale, celle d’Al-Azhar, au Caire – et qui paraissent donner raison à ceux qui ne font pas de différence entre islam et islamisme, islam et intolérance, islam et violence. De fait, les germes de cette pensée ne se trouvent pas dans l’islam radical et violent, mais bien dans cette vision fondamentale classique du droit canonique. »

En effet, j’ai eu l’occasion d’expliquer à maintes reprises sur ce site et au travers de mon livre « Les sources doctrinales de l’État Islamique » (http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-111-8_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-1/), que la cohérence doctrinale de l’État Islamique au regard des sources musulmanes « classiques » n’est pas fortuite. Quiconque lit la propagande de l’État Islamique s’en rend compte rapidement (l’ampleur dans l’horreur terroriste étant une autre question). Avec raison, Tareq Oubrou en vient donc à reconnaître qu’il faut poser un débat de fond au sein de l’islam : la question de fond n’est pas le terrorisme de l’État Islamique mais le contenu de la doctrine musulmane « classique » ou « orthodoxe », défendue par la plupart des pays du Golfe aujourd’hui. C’est un point absolument essentiel.

Quiconque prend conscience de l’importance de cette question comprend pourquoi l’islam dit « modéré » est incapable de produire un contre-discours sérieux face aux mouvements fondamentalistes – sauf à faire exploser l’islam au travers de l’effondrement de sa doctrine – et pourquoi parler de « méthode de déradicalisation » n’a aucun sens puisqu’il n’y a qu’une façon de se déradicaliser par rapport à une doctrine : l’abandonner, c’est-à-dire apostasier dans le cas de l’islam. J’attends le jour où le gouvernement français se donnera pour objectif l’apostasie de tous les musulmans vivant en France…

  • Conclusion : une logique de pensée particulièrement tortueuse mais qui soulève un débat de fond

Je ne chercherai pas à essayer de démêler les tenants et aboutissants du cheminement intellectuel de Tareq Oubrou, tant il est confus et contradictoire. On finit par se demander s’il est bien conscient de la portée de ses propos tant ceux-ci vont parfois à rebours de son intérêt : la défense de l’islam. Reste que cette confusion est parfois honorable puisqu’il arrive qu’elle révèle parfois une certaine forme d’honnêteté et de courage dans les débats de fond qu’elle conduit à soulever de façon incontournable.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (13) L’exemplarité de Mahomet, ou « Pourquoi l’islam a intrinsèquement besoin de la violence »

  • Problématique

Bien que Mahomet ait agi pour l’essentiel, on l’a vu dans de précédents articles, comme un chef de clan conduisant une guerre pour établir son pouvoir au nom de la religion, celui-ci est donné en exemple par l’islam à tout musulman. La question est donc de préciser quelles conséquences pratiques doit tirer aujourd’hui le musulman au regard de cette référence incontournable.

  • Mahomet, l’exemple à suivre

Pour Tareq Oubrou, « Le Coran exhorte le musulman à suivre l’exemple du Prophète. Malheureusement, on confond souvent deux choses : suivre son exemple et le copier ; la référence et l’identification. Rares sont ceux qui sont capables d’éviter une telle confusion. La référence consiste à prendre le Prophète comme modèle en tenant compte, d’une part, du contexte spécifique dans lequel il a vécu, et, d’autre part, du contexte spécifique dans lequel vit le musulman et de son identité personnelle. (…) L’identification, elle, s’apparente souvent à une imitation bête et à une aliénation néfaste. »

La question de l’imitation de Mahomet pose ainsi une question fondamentale : que vaut aujourd’hui, au XXIème siècle, l’islam de Mahomet, guerrier, qui a combattu les mécréants armes à la main ?

L’argument de Tareq Oubrou est fondé sur l’idée que le comportement tribal et guerrier de Mahomet ne constituerait plus un exemple à appliquer aujourd’hui car il serait devenu caduc. C’est ce que Tareq Oubrou exprime par la référence au « contexte spécifique dans lequel Mahomet a vécu » et qui aurait justifié la guerre. On retombe encore une fois dans cet illogisme fondamental : Mahomet, dernier prophète, prétendait délivrer une parole divine, définitive et universelle, mais il l’a en réalité pliée aux contraintes tribales de l’époque.

Il est évident que les fondamentalistes musulmans et nombre d’imams des pays du Golfe sont loin d’être du même avis quant à la caducité du caractère guerrier de l’islam. Et évoquer, au sujet de l’imitation stricte du comportement du Prophète,  « une imitation bête et une aliénation néfaste » est justifiable des délits de blasphème et d’apostasie.

  • Mahomet, l’intouchable

En réalité, ce type de relativisation peut naturellement choquer tous les musulmans attachés à la figure mythifiée de leur prophète, moins pour une raison doctrinale – puisqu’en terme de spiritualité la relativisation n’a aucun sens –, qu’en termes de frustration identitaire face un Occident jusque-là dominateur et qui ose porter atteinte à la mémoire du bédouin, avec la complicité involontaire d’un imam français.

Tareq Oubrou en donne une autre illustration à propos de la francisation du nom de Muhammad (ou Mohammed) en Mahomet qui irrite tant certains musulmans mais qu’il ne fait pas sienne, avec un bon sens bien occidental : « Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom « Mahomet ». Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées (…). Ces mêmes musulmans qui contestent l’usage de « Mahomet » n’ont en revanche aucun problème pour traduire en français les noms des autres prophètes de l’islam, non arabes : Îsa devient Jésus, Mûsâ devient Moïse, etc. (…) D’ailleurs, les noms arabes de ces prophètes sont déjà des traductions de noms qui n’étaient pas arabes, mais hébreux ou syriaques – Moïse était Moshé en hébreu comme en syriaque, Jésus était Yeshu’a en hébreu ou Yasû en syriaque… (…) En croyant islamiser les prophètes par l’arabisation de leur nom, on atteint le comble de la confusion entre le théologique et l’identitaire ethnique. De façon tout aussi incohérente, ces musulmans rétifs au nom de Mahomet n’ont aucune objection à traduire Allah par Dieu. »

  • Conclusion : l’islam, une idéologie politique violente et non une spiritualité

Compte tenu de ce qu’a été la vie de Mahomet, remplie de batailles et de guerres à compter de l’hégire comme en témoigne formellement la Sîra, l’islam dit « modéré » d’Europe et de France est pris dans un étau et écrasé : d’un côté, par un islam fondamentaliste, qui retourne sans état d’âme aux sources (musulmanes) incontournables et indubitables de l’islam des origines, et de la violence qui l’a accompagné constamment à partir de Médine ; de l’autre, par le risque de faire exploser ou de dissoudre l’islam dans ses contradictions à trop vouloir excuser cette violence originelle, jusqu’à aboutir à une relativisation du message coranique incontrôlable et irréversible. Pour maintenir le carcan qui lui assure sa survie, l’islam a besoin tôt ou tard de la violence.

En effet, la violence (physique et psychologique), qui s’exprime par l’intolérance et par les peines et châtiments encourus pour des motifs religieux (blasphème, absence de respect du ramadan, apostasie, etc.), sont pour l’islam une question existentielle.

Sauf à pratiquer (comme en réalité bon nombre de musulmans occidentaux jusqu’ici) un islam qui a pris ses distances par rapport à l’islam de Mahomet, jusqu’à presque le renier ou l’abandonner de fait – d’où la qualification d’islam « déviant » ou « dévoyé » au regard de l’orthodoxie –, l’islam ne peut pas survivre dans un milieu ouvert, imprégné par l’esprit critique, où les tabous religieux n’existent pas, c’est-à-dire où tout discours religieux ou spirituel est acceptable ; car ce serait accepter l’hypothèse que l’islam puisse avoir tort, notamment par la bouche de son prophète. Aucun pays musulman ne l’accepte aujourd’hui.

L’interview de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à l’O.N.U., Abdallah al-Mouallimi, réalisée en mars 2016, explique fort clairement ce point de vue : toute remise en cause d’Allah, tout doute exprimé publiquement sont jugés comme subversifs et assimilables à du terrorisme dans la terre sainte de l’islam (et donc passibles de la peine de mort). Difficile d’être plus clair ! Mieux vaut pratiquer la taqiya en Arabie Saoudite si vous voulez rester vivant…

Arabie Saoudite Liberte de conscience 2016 mars

Or, qu’on le dise une bonne fois pour toutes : si la formulation peut dans une certaine mesure dépendre d’un contexte historique, le contenu d’un message véritablement spirituel est fondamentalement universel et définitif, et les valeurs profondes qu’il exprime sont intemporelles : ce message doit refléter une vision définitive du monde et de son sens et plus encore quand on prétend être le dernier prophète –, et ne peut en aucun cas dépendre des vicissitudes des sociétés humaines et des mœurs du temps.

« Les sources doctrinales de l’État Islamique » : Publication papier

Mon ouvrage « Les sources doctrinales de l’État Islamique » (2 tomes), précédemment disponible en e-book aux éditions UPPR, est maintenant disponible en format papier : si vous voulez avoir les idées claires pour quelques euros sur la logique de l’État Islamique et sur les textes authentiques de l’islam auxquels il se réfère et dont les « spécialistes » ne vous parlent pas.

http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-111-8_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-1/

http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-110-1_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-2/