La conquête musulmane : phénomène fortuit, fruit d’une coalition hétéroclite

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (http://islametoccident.fr/?p=4814).

« À mesure que les conquêtes progressaient et que de nouvelles victoires étaient remportées, de nombreux groupes qui n’étaient ni arabes ni musulmans cherchèrent à rejoindre les conquérants. (…) Les historiens musulmans ont tendance à dire que ces collaborateurs non arabes et non musulmans se sont convertis après avoir changé de camp. (…) Cependant, nous apprenons aussi à l’occasion que la conversion n’était ni immédiate ni nécessaire : dans un texte de 680, le moine Jean de Fenek note qu’il y avait « beaucoup de chrétiens, dont certains étaient des hérétiques et d’autres étaient des nôtres » dans les armées musulmanes, et une source musulmane indique de manière explicite que les soldats du Daylam avaient combattu aux côtés des musulmans « sans avoir adopté l’islam ». »

(…)

« Ce schéma correspond à ce que nous apprennent les récits contemporains des premières étapes des conquêtes arabes. De petites incursions aléatoires couronnées de succès ont rapidement entraîné le ralliement de nombreux hommes des tribus arabes. Dans cette perspective, la coalition de Muhammad n’a été que l’un des nombreux groupes qui profitaient du désordre provoqué par le conflit byzantino-perse, même si l’organisation supérieure et l’engagement idéologique ont aidé Muhammad et les siens à devenir le groupe dominant. On reconnaîtra ici une conception accidentelle de l’histoire, faite de réponses humaines faillibles à des événements aléatoires. Cette conception n’a cependant pas beaucoup d’adeptes. En général, on propose un éventail de facteurs d’attraction et de rejet, et pour la conquête arabe, les facteurs les plus populaires sont l’accès facile aux butins en raison de la faiblesse des empires byzantin et perse (du côté attraction), et l’appauvrissement économique et environnemental de l’Arabie (du côté rejet). »

Quand l’islam se modernise…

L’islam est très clair sur l’infériorité naturelle de la femme vis-à-vis de l’homme, sur la polygamie qui l’accompagne, et la tradition musulmane (Sunna) avec la chari’a a entériné en pratique de longue date le droit unilatéral de répudiation dont bénéficie tout homme à l’égard de ses épouses : il lui suffit en effet d’exprimer unilatéralement sa décision en prononçant par trois fois le mot « talaq ». C’est un des grands bienfaits de l’islam pour les musulmans (http://islametoccident.fr/?p=1735).

Le problème est que cette répudiation, formulée auprès des autorités religieuses, peut être totalement ignorée par l’épouse concernée si son mari n’a pas jugé nécessaire ou a négligé de l’en informer. Il en est souvent ainsi dans le pays le plus saint de l’islam : l’Arabie Saoudite. Mais, depuis une loi entrée en vigueur le dimanche 6 janvier 2019, les tribunaux saoudiens vont désormais notifier par texto les femmes dont le statut matrimonial aura changé, notamment en cas de divorce. Progrès considérable !

En effet, « Les femmes (…) seront notifiées de tout changement concernant leur statut matrimonial via un message SMS », a indiqué le ministère de la Justice dans un communiqué diffusé par la chaîne d’information al-Ekhbariya et d’autres médias locaux. « Les femmes dans le royaume pourront consulter des documents liés à la rupture de leur contrat de mariage via le site internet du ministère », a-t-il précisé.

Merveille de la religion de tolérance, d’amour et de paix (RATP) !!

Mahomet : un chef de guerre avant tout

Robert Hoyland, professeur aux universités d’Oxford, Saint Andrews et UCLA, enseigne aujourd’hui à l’université de New York. Spécialiste de la civilisation islamique et du monde syriaque, également archéologue, il vient de publier aux éditions Alma « Dans la voie de Dieu », livre très intéressant consacré à la conquête arabe et à la création d’un empire islamique aux VIIème et VIIIème siècles.

Je vous propose de revenir dans une courte série d’articles sur quelques-uns des aspects abordés dans ce livre.

Mahomet était fondamentalement un chef de guerre que les caprices de l’histoire et sa bonne fortune ont porté à un niveau de renommée inattendu, en particulier en ce qui concerne la connotation religieuse qu’il prétendit donner à son aventure, car si l’historiographie musulmane en appelle aux armées des anges célestes lors de certaines batailles, le simple bon sens nous enseigne en réalité que Mahomet n’échappa pas au principe élémentaire selon lequel « Dieu est toujours du côté des gros bataillons » (ce qui n’exclut pas par ailleurs d’avoir de la chance), principe qu’il fit sien notamment au travers de la recherche d’alliances tribales.

« Muhammad n’était pas un personnage très important pour le monde extérieur avant sa mort, et nous ne disposons par conséquent pas de sources contemporaines extérieures au monde musulman pour bien connaître sa vie. (….) Il conclut à Médine un accord avec plusieurs groupes pour créer une communauté unique (« umma »), dédiée au « combat dans le chemin de Dieu » (« jihad fi sabil Allah »), c’est-à-dire, pour sa cause, contre ses ennemis païens.  Tous ceux qui jurèrent fidélité à cet accord durent contribuer à l’effort de guerre et soutenir les autres membres de l’umma. Après avoir créé cette entité politique à Médine en 622, Muhammad lança plusieurs attaques contre des tribus et peuplements voisins afin de les recruter pour sa mission. Il persista également dans sa tentative de rallier les habitants de La Mecque et y parvint finalement en 628 en combinant guerre et diplomatie. Il scella l’accord en épousant la fille d’Abu Sufyan ibn Harb, l’un des hommes les plus puissants de la tribu de Muhammad, à savoir les Qurayshites. Après avoir consolidé l’alliance entre les Mecquois et les Médinois, Muhammad se mit en route pour inclure une troisième ville dans la coalition : la fertile oasis de Taïf, dominée par la tribu de Thaqif. Cette opération, achevée en 630, fit de ces trois villes et de leurs tribus alliées une formidable force de combat. Il est difficile de dire quelles étaient les intentions de Muhammad à ce stade. Les auteurs musulmans postérieurs, et à leur suite les historiens modernes,  présument qu’il était résolu à dominer le monde depuis le début, mais il est hautement improbable qu’il ait espéré diffuser son message aussi loin dès le départ. »

Iran – Arabie Saoudite : un baril de poudre

La haine qui oppose chiites et sunnites depuis des siècles a des racines doctrinales profondes. Les lecteurs qui cherchent par ailleurs à se documenter sur les motivations politiques et géostratégiques de cette confrontation peuvent lire avec profit l’ouvrage d’Alain Rodier :

Un ouvrage clair et utile pour comprendre les tenants et aboutissants d’un conflit militaire larvé aux conséquences potentiellement gigantesques.

Arabie Saoudite : chassez le naturel, il revient au galop ?

L’Arabie Saoudite est le pays fondateur du wahhabisme, application stricte de l’islam de Mahomet, c’est-à-dire du vrai islam. On sait que cet islam sépare complètement dans son idéologie les musulmans des mécréants, ces derniers étant qualifiés abondamment par le Coran d’« égarés », de « pervers » et autres qualificatifs dégradants.

Le sort des mécréants étant totalement indifférent à l’islam, la notion de fraternité étant absente, il est ainsi tout à fait logique que les footballeurs saoudiens aient refusé ostensiblement de respecter la minute de silence observée en mémoire des victimes des récents attentats de Londres (dont deux australiennes) perpétrés par des musulmans fondamentalistes comme eux, à l’occasion du match Australie-Arabie Saoudite qui s’est joué le jeudi 8 juin 2017.

Football Arabie Saoudite

Naturellement, pour sauver les apparences, la fédération de football d’Arabie Saoudite s’est excusée au nom des joueurs.

Tariq Ramadan reconnaît des liens entre l’Arabie Saoudite, le Qatar et le terrorisme musulman

À l’occasion des attentats du 13 novembre 2015, Tariq Ramadan est intervenu à la télévision française à partir du Qatar pour condamner ces actes mais aussi pour faire d’autres commentaires. Parmi ceux-là, un retient l’attention : la reconnaissance de liens entre les deux principaux pays du Golfe et le terrorisme musulman.

Tariq Ramadan Qatar Attentats 151114

Tariq Ramadan Qatar Attentats 151114

À la question du journaliste : « Le Qatar a souvent été critiqué ou soupçonné en tout cas de financer les organisations terroristes. Qu’est-ce que vous avez à répondre sur ces accusations ? », Tariq Ramadan répond : « J’ai pu écrire là-dessus en disant qu’effectivement il y avait des financements qui ne passaient pas forcément par l’État mais qui passaient pas des institutions et qui étaient liées déjà en amont, pas forcément avec des terroristes, avec des lectures, qui sont des lectures binaires, qui sont des lectures littéralistes et qui sont en fait ce qui nourrit après la possibilité de la violence, et que de ce point de vue-là, le Qatar comme l’Arabie Saoudite, comme tous les États du Golfe doivent être critiqués dans, parfois, la gestion totalement contradictoire, d’un côté d’une ouverture sur le monde et sur les autres valeurs, et d’un autre côté, parfois des politiques qui sont liées à des groupes qui défendent des idéologies problématiques. »

Tariq Ramadan reconnaît ainsi à mots couverts l’existence de financements par des organisations qataries ou saoudiennes de groupes « à la lecture littérale de l’islam », en clair des groupes prônant le jihad (à l’exemple de celui pratiqué par Mahomet) et donc le terrorisme. On ne peut que remercier Tariq Ramadan de reconnaître ce que certains se voient violemment reprocher en Europe par les « pas-d’amalgame » : la vérité.

Outre ce commentaire, il est également intéressant de noter le propos suivant de Tariq Ramadan : « Je pense que ce qui est en train de se passer avec Daesh aujourd’hui, ce sont des groupes qui utilisent et instrumentalisent des versets ou des interprétations qui ne sont pas du tout représentatives de ce que les musulmans à travers le monde croient et défendent. (…) Il faut que la conscience musulmane le dise avec force, que cela n’est pas acceptable, que cela ne nous représente pas. »

Encore une fois, il s’agit de formuler des incantations sur l’autel de paix et d’amour qui serait celui de l’islam. Mais ce n’est pas cela que l’Occident attend. Ce n’est pas une question de dire des choses avec force mais de dire des choses justes : la force n’a rien à voir avec la vérité. Ce que l’Occident attend, ce sont des réponses documentées à partir des textes authentiques de l’islam et qui démontrent que l’islam est effectivement une religion de paix et d’amour. Au travail, car ce n’est pas gagné !