Des rites : pour quoi faire ?

  • Constat

La spiritualité musulmane se focalise autour du principe élémentaire d’unicité divine, ou « tawhid », qui peut offrir à certains esprits imaginatifs des horizons leur permettant de déployer des raisonnements subtils, mais qui est insuffisant pour nourrir la vie religieuse de la masse des croyants dont le niveau intellectuel ne leur permet pas d’accéder à ces joutes de haut vol. On peut être d’avis que dans le domaine religieux en général, la multiplication des rites cherche à combler le vide intérieur angoissant créé par l’absence de véritable spiritualité, jusqu’à se transformer en superstition.

De ce point de vue, l’islam n’est pas en reste : il suffit d’ouvrir des ouvrages de jurisprudence musulmane ou de hadiths pour constater la place effarante que tiennent les rituels dans la vie religieuse en islam, jusqu’à se préoccuper avec beaucoup de minutie de l’exemple donné par Mahomet, y compris dans les détails les plus scabreux, comme par exemple dans le domaine de la satisfaction des besoins naturels (dans quelle position, dans quelle direction, comment s’essuyer, etc.), sujet on ne peut plus terre-à-terre.

Les grands rituels de l’islam sont assez connus, notamment les cinq prières par jour, le ramadan ou l’égorgement des animaux. Mais pour prendre conscience de l’ampleur de la question du rituel et des règles, il est intéressant de feuilleter la table des matières d’un ouvrage de jurisprudence musulmane, en particulier celui de l’islam malikite suivi par la grande majorité des personnes de culture nord-africaine : l’ouvrage Al-Muwatta, ouvrage de référence en matière de jurisprudence malikite et que chacun peut consulter facilement en librairie ou en bibliothèque. On y trouve ainsi abordés par exemple la complexité de la question des ablutions (à quelle occasion – relation sexuelle, saignement, suite à l’attouchement des parties génitales, en cas de rêve érotique, après un baiser à une épouse, etc. –, quand, quelle eau ou de façon sèche, quelles parties du corps – mains, tête, oreille, etc. –), la prière (la prière de l’éclipse, pour obtenir la pluie, la direction, comment poser ses mains), les règles touchant aux vêtements, ou encore le mauvais œil.

  • Problématique

Dans ce contexte de ritualisation extrême, dont on peut questionner l’intérêt spirituel, il est légitime de s’interroger, comme lors de l’émission de France 2 « Vivre l’islam » du 11 décembre 2016, sur ce qui reste de la religion si on en ôte tous ces rituels, émission au cours de laquelle un intervenant a posé la question effectivement fondamentale suivante : « Un musulman qui n’observerait pas les rites a-t-il droit au salut ? »

France 2 Islam 161211 Islam & Violence 2 Extrait 5

Penser le mécréant en islam : un effort louable mais qui semble utopiste

  • Problématique

Face à «  c terrible et tragique régression, à la décadence, à la décrépitude » du monde musulman depuis des siècles évoquée par le présentateur de l’émission de France 2 « Vivre l’islam » du 27 novembre 2016, Omero Marongiu-Perria formule quelques pistes de réflexion, mais qui constituent une critique assez virulente de l’islam face à un monde occidental vu par les musulmans comme « un monde de corruption ».

France 2 Islam 161127 Islam 2 Extrait 4

  • Propositions

1) Démythifier l’histoire musulmane

Comme l’admet Omero Marongiu-Perria, l’histoire de Mahomet et de ses Compagnons fait l’objet d’une mythification dont l’objet est une valorisation en opposition au monde occidental : « L’histoire des premiers temps de l’islam est complètement mythifiée chez les musulmans ».

Il est en effet impossible d’aborder l’histoire de l’islam sous le seul angle de la critique historique, pourtant utilisée partout ailleurs, y compris pour les autres religions. Omero Marongiu-Perria reconnaît que « l’histoire musulmane n’est pas abordée à partir des catégories de l’histoire » : en d’autres termes, l’histoire musulmane n’est analysée que dans le contexte d’une perspective religieuse, ce qui rend donc impossible toute objectivité, notamment quant à la profondeur de l’imprégnation tribale de la vie et de la pensée de Mahomet indépendamment de toute inspiration divine.

On peut rester dubitatif sur la capacité de l’islam à accepter une vision plus objective de ses origines car toute analyse objective est désacralisante et donc incompatible avec le Coran, censé être la parole d’Allah.

2) Mahomet le conquérant

Omero Marongiu-Perria constate implicitement avec regret : « il faut le reconnaître, dans ce qui est appris aujourd’hui des premiers temps de l’islam, c’est cette idée du prophète conquérant qui est mise en avant ».

Certes, mais c’est bien ainsi que les textes musulmans les plus authentiques, jusqu’au Coran lui-même, décrivent Mahomet. Et il paraît impossible de réécrire l’histoire de l’islam.

3) Arriver à penser l’autre

Face à un modèle ouvertement communautariste, Omero Marongiu-Perria regrette la difficulté que l’islam rencontre à être tolérant : pour lui en effet, il faudrait « enseigner dans les instituts musulmans des outils d’interprétation qui soient ouverts sur ce qu’on pourrait appeler une théologie de l’altérité, c’est-à-dire comment se penser dans un monde pluriel en englobant d’emblée les autres dans la réflexion ».

Certes, mais on ne voit pas bien, dans une religion pour l’essentiel figée dogmatiquement depuis un millénaire, ce qui pourrait provoquer cette rupture de pensée sans entraîner un effondrement général de tout le système musulman, car ce serait admettre que l’islam peut avoir tort et que les mécréants sont aussi estimables que les musulmans, ce qui va précisément à l’encontre de ce que dit le Coran.

  • Conclusion

Toutes ces pistes sont louables et manifestent une forme d’ouverture et de tolérance, mais sont elles sont aujourd’hui, si l’on en juge par la façon dont le monde musulman évolue, assez utopistes.

Une vision du processus d’appauvrissement philosophique en islam

L’islam est caractérisé depuis des siècles par une très grande difficulté à accepter la critique et par la défense d’un dogmatisme qui se double par nature d’une forte intolérance. Tariq Ramadan n’hésite d’ailleurs par à écrire : « L’absence de débat critique et serein est à notre sens l’un des maux qui rongent la pensée musulmane contemporaine. »

Ce constat de « régression » fait par les intellectuels musulmans eux-mêmes est évoqué par un intervenant de l’émission de France 2 « Vivre l’islam » du 27 novembre 2016 qui le resitue dans une perspective historique.

France 2 Islam 161127 Islam 2 Extrait 3

Grande Mosquée de Paris et Fondation pour l’Islam de France : ça sent le gaz !

  • Problématique

La Grande mosquée de Paris, par la voix de son recteur, Dalil Boubakeur, ancien haut responsable du Conseil Français du Culte Musulman, vient de publier le 28 mars 2017 un texte qu’il est tout à fait intéressant d’analyser car il s’adresse à la fois aux musulmans et aux non-musulmans.

Il s’agit d’une proclamation, c’est-à-dire, selon les thèmes abordés, une déclaration d’intention et/ou une reconnaissance solennelle de certaines réalités. Par ce texte, en effet, la Grande mosquée de Paris confesse la reconnaissance directe ou indirecte de certaines des difficultés de l’islam en France sans toutefois abandonner toujours, comme on va le voir, le déni de réalité.

Proclamation GMP 170328

  • Le renouveau de l’orthodoxie musulmane

Avec la montée en puissance du fondamentalisme et du terrorisme musulmans, représentés notamment par Al Qaida et par l’État Islamique, l’islam de France s’était engagé devant le gouvernement français à produire un contre-argumentaire précis et documenté pour faire pièce au discours doctrinal très fourni de ces mouvements qui s’appuie sur des textes incontournables en islam. Nous l’attendons toujours.

En revanche, faute de produire ce contre-argumentaire, les représentants de l’islam de France ne manquent pas d’affirmer, sans fournir toutefois de preuves à l’appui, que l’islam véritable serait très différent de ce fondamentalisme, dont la Grande Mosquée de Paris reconnaît néanmoins « la montée en puissance, au sein de la communauté musulmane française » mais qui résulterait « d’une interprétation erronée de l’islam ». L’islam serait-il la seule religion que ses adeptes comprendraient aussi mal ? Car on ne voit guère et juifs, de chrétiens ou de bouddhistes tirer à la Kalachnikoff sur ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, ou leur foncer dessus à tombeau ouvert avec un camion.

Ce que voudrait la Grande Mosquée de Paris, c’est que les musulmans n’écoutent que les imams au discours officiel, politiquement correct, adoubés sans doute par elle-même : « Tout musulman doit prendre garde à ne pas chercher sa culture religieuse auprès de sources, de prédicateurs, de prêcheurs télévisuels, qui ne sont pas reconnus par les savants les plus respectés de la communauté. » Or le problème est que le discours des imams du monde arabo-musulman (Arabie Saoudite – terre sainte de l’islam –, Qatar, Iran, Égypte, etc.) est souvent beaucoup plus proche de celui des terroristes musulmans, qui s’appuie sur des textes authentiques et nombreux, que du discours souvent lénifiant de l’islam de France.

Enfin, on peut s’inquiéter tout à fait du constat fait par la Grande Mosquée de Paris s’agissant de l’intolérance religieuse qui semble être, à la lire, un penchant fréquent en islam : « Le musulman doit se prémunir en la matière du péché de vanité, qui consiste à donner des leçons à autrui sur ce qu’est un bon ou un mauvais musulman quand on n’a soi-même qu’une culture religieuse péremptoire, superficielle et approximative. »

  • Le jihad

Dans ce domaine, dont on peut se demander s’il constitue une priorité puisqu’il n’est abordé pour l’essentiel que dans l’avant-dernier point dans cette proclamation, Dalil Boubakeur n’innove guère et tient les habituels propos convenus sur la légitime défense, oubliant au passage à la fois la pratique guerrière de Mahomet et les dizaines de versets du Coran appelant à la guerre, ainsi que ceux précisant comme partager le butin. De façon plus générale, il est quand même très curieux de constater que l’islam est la seule religion suscitant, et de façon aussi régulière, des vocations terroristes : pourquoi ?

  • L’antisémitisme

Dalil boubakeur nous annonce que « (…) toute forme d’antisémitisme est contraire à l’enseignement du prophète Mohammed lui-même (…) ». Sur quels textes se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Pourtant les textes musulmans disent précisément le contraire : il n’y a qu’à ouvrir le Coran ; et jusqu’au hadith fameux et incontesté en islam de Muslim : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’arbre des juifs. »

Inutile de s’étonner dans ces conditions que l’islam ait de profondes racines antisémites, comme Georges Bensoussan l’a récemment rappelé.

  • Islamophobie et islamopsychose

Dalil Boubakeur « s’alarme du fait que l’islamophobie et l’islamopsychose françaises soient de nos jours assurément comparables en gravité à l’antisémitisme français de la fin du XIXe siècle ».

Les tentatives d’assimilation du problème musulman au problème juif sont multiples et constantes : cette ritournelle a en réalité pour objectif de bâillonner tout débat sur la nature de l’islam en affublant tout contradicteur de l’étiquette honteuse et honnie d’« antisémite ».

  • La contestation de la laïcité

Comme pour l’antisémitisme, Dalil Boubakeur proclame : « L’existence du fait religieux musulman dans la société française est compatible avec la laïcité. » Sur quoi se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Le problème est que toute la conception musulmane est précisément anti-laïque, ce que ne cessent de répéter d’ailleurs les imams du Moyen-Orient, aucun pays musulman n’étant d’ailleurs laïc aujourd’hui.

Si l’islam était laïc, Dalil Boubakeur aurait-il besoin de confesser : « La Grande Mosquée de Paris constate que cette immense majorité des Français de confession musulmane est demandeuse d’un texte de clarification de leurs droits et devoirs dans leur foi. » Qu’il y ait besoin d’une clarification religieuse de la nature de la foi musulmane, certainement, mais en quoi cela a-t-il un quelconque rapport avec les notions de droit et de devoir au regard de l’État ? Car si le propos n’a qu’un caractère uniquement religieux, cela voudrait dire que les musulmans ne comprennent rien à leur religion.

Tout cela est d’une confusion extrême, qui ressort encore plus lorsqu’on lit dans le même texte l’affirmation suivante : « La France n’est pas une terre d’islam (…). Dans ce contexte, tout musulman doit évidemment respecter les valeurs et les lois de la République française. » On peut l’espérer, mais : 1) En quoi la Grande Mosquée de Paris est-elle légitime et crédible pour affirmer que la France ne sera pas un jour considérée comme terre d’islam par les musulmans ? 2) Cela veut-il bien dire a contrario que si la France venait à être considérée un jour comme terre d’islam, les valeurs et lois de la République française n’y auraient alors plus cours ? N’est-ce pas là une forme d’affirmation que l’islam est incompatible par nature avec la France et sa laïcité ?

  • L’amour et la paix

Dalil Boubakeur déclare « Le saint Coran insiste sur la nécessité de savoir pardonner. » Sur quels textes s’appuie-t-il ? On ne sait pas, et on le comprend d’autant moins quand on le lit le Coran qui regorge de versets de violence ici-bas et dans l’au-delà.

  • L’obscurantisme

La proclamation s’attaque à l’obscurantisme en islam, que la Grande Mosquée de Paris reconnaît, et il semble qu’il y ait beaucoup à faire. Cette reconnaissance peut surprendre, car si elle est évidente et dénoncée par certains intellectuels musulmans eux-mêmes, elle est inhabituelle dans la bouche des représentants de l’islam de France.

D’abord, on peut s’étonner de l’assertion « L’obscurantisme, le refus de la science, le refus du progrès scientifique, sont des lectures erronées de l’islam ». Qu’a à voir la religion avec la science ? Rien. Sinon, nous aurions déjà parlé avec Dieu, et il n’y aurait qu’une seule religion. Mais que l’islam soit atteint d’un mal qui conduise certains musulmans à penser encore aujourd’hui que l’islam peut avoir raison contre la science, c’est un fait établi dont on trouve effectivement des preuves claires sur internet dans les prêches d’un certain nombre d’imams.

Parmi les marques de l’obscurantisme figure également en bonne place cette tradition abominable consistant à égorger des animaux pour satisfaire un besoin religieux. Les progrès scientifiques ont conduit à ce que l’étourdissement préalable devienne la règle dans bon nombre de pays occidentaux, certains pays européens ayant fini par interdire complètement l’égorgement. Il faut effectivement en finir avec cette pratique superstitieuse, qui révèle aussi une indifférence profonde à la souffrance animale que Dalil Boubakeur est obligé de reconnaître : « La souffrance animale ne saurait être admise par Allah. Il est donc nécessaire de réduire au maximum la souffrance causée à l’animal. » Comme je l’ai déjà montré dans un autre article détaillé, l’absurde de cette situation est que cette recommandation semble bien dater de l’époque de Mahomet. Ainsi, l’attachement actuel au maintien de ce procédé épouvantable n’est pas justifié par la doctrine de l’islam mais est une des multiples formes de cristallisation du communautarisme.

Enfin, on peut mettre au rang des pratiques obscurantistes la prolifération des rituels dont on peut se demander dans quelle mesure ils viennent surtout combler un vide spirituel, et Dalil Boubakeur admet que « Tout musulman doit prendre garde à ne pas verser dans l’observation irréfléchie et obsessionnelle de règles sans finalité spirituelle. » D’ailleurs, le ramadan apparaît être une source de nuisance pour les non-musulmans au point que Dalil Boubakeur est obligé de rappeler que « Durant le mois de Ramadan, (…) il ne faut pas importuner la population, notamment pendant la nuit. » C’est stupéfiant.

  • Le maintien des pratiques ancestrales

La Grande Mosquée de Paris affirme, pour rassurer : « (…) les châtiments corporels, la polygamie, ne se justifient plus et n’ont plus lieu d’être. Dans le même esprit, l’égalité entre hommes et femmes s’impose. »

C’est un aveu terrible et qui est une remise en cause fondamentale du Coran : il faut savoir néanmoins que cette position doctrinale n’est partagée par aucune institution de renommée au sein du monde musulman. La polygamie est un droit indubitable établi par le Coran, que même le Maroc a refusé il y a quelques années d’abolir ; seule la Tunisie, a osé l’interdire et cette position est très critiquée dans le monde musulman. Concernant les châtiments corporels, la prestigieuse université Al-Azhar a confirmé il y a également quelques années qu’ils font partie intégrante du socle dogmatique fondamental de l’islam. Quant à l’égalité homme-femme, elle est battue en brèche dans le Coran qui dit précisément le contraire.

  • Conclusion

Ce texte mal construit, un peu fourre-tout, truffé d’approximations et d’omissions, présente néanmoins l’intérêt de reconnaître un certain nombre de difficultés évidentes quant à la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la France. On peut néanmoins s’interroger sur le fait qu’il soit là pour « donner le change » car l’islam de France n’a aucun intérêt objectif à ce mea culpa : c’est justifier les critiques qui lui sont faites et prouver son incapacité à résoudre ses propres problèmes.

Face à ce constat accablant, on peut comprendre que l’État soit tenté, pour écarter les risques générés par une telle confusion, de faire quelque chose au travers de la « Fondation pour l’islam de France », présidée par Jean-Pierre Chevènement. Mais il est assez savoureux que Dalil Boubakeur ait fini par en claquer la porte et maintenant « condamne la tendance actuelle à vouloir désigner des autorités de tutelle, n’étant pas de confession musulmane, aux fins d’encadrer avec paternalisme l’expression du fait religieux musulman dans la société française : ceci, au mépris de la liberté religieuse et de la séparation des églises et de l’État. »

 

Le principe d’unicité de Dieu suffit à résumer l’islam

L’islam de Mahomet est pour l’essentiel une copie du judaïsme qui revivifie le monothéisme abrahamique en insistant sur l’unicité de Dieu, cette unicité n’étant d’ailleurs pas une donnée originelle dans la Torah. L’apport de l’islam en matière théologique est ainsi très pauvre : toute la réflexion religieuse musulmane découle du principe de l’unicité de Dieu, le « tawhid ».

Tariq Ramadan lui-même en fait le constat lucide : « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

Si ce constat est assez simple à faire par toute personne qui se penche sérieusement sur la lecture du Coran, il est assez inhabituel de le voir formulé de façon claire et directe à la télévision française. C’est pourtant le constat également fait, une fois n’est pas coutume, en décembre 2016 par les intervenants de l’émission de France 2 « Vivre l’islam », en déclarant : « L’islam n’est qu’un retour au monothéisme abrahamique », « La perspective de l’unicité dans le Coran n’est pas d’apporter quelque chose de nouveau à un peuple qui serait idolâtre mais d’essayer de revivifier en eux, quelque chose qui est présent dans l’esprit humain, à savoir cette évidence de la transcendance ».

 

France 2 Islam 161218 Tawhid 1 Extrait 2

L’idée de la transcendance a toujours fasciné les hommes et leur a donné de multiples occasions de s’extasier. Que sur cette base aussi réduite et banale de la transcendance ait pu être ensuite élaboré tout un système religieux n’a rien d’étonnant en soi : l’imagination humaine ne manque jamais pour élaborer des cathédrales intellectuelles, quand bien même elles seraient complètement farfelues. Et cela ne s’applique pas qu’aux religions : la philosophie nous a offert aussi de beaux exemples.

Il reste que la richesse ou la complexité d’un système de pensée philosophique ou religieux n’a aucun rapport objectif avec la vérité qu’il prétend représenter. Compliquer une idéologie religieuse ou philosophique jusqu’à la rendre inintelligible, devant ainsi la chasse gardée de prétendus « spécialistes », n’en renforce pas la crédibilité, au contraire.

La question financière dans la naissance de l’islam

Si l’accueil de l’islam par les tribus arabes de La Mecque fut mauvais, au point que Mahomet dut décider de partir pour Médine avec ses quelques dizaines de partisans (sans avoir été persécutés, quoique cette légende tenace soit entretenue pour expliquer ensuite la violence barbare de Mahomet), il apparaît, selon la biographie de Mahomet d’Ibn Hîcham, incontestée en islam, que ceci a été dû essentiellement à des questions autres que religieuses, notamment de pouvoir et financières.

Mahomet proposait en effet une copie du judaïsme sans grande nouveauté théologique mais qui dérangeait évidemment par son monothéisme strict le culte des idoles de la Ka’ba qui faisait l’objet d’un commerce fructueux dont bénéficiaient les Quraychites. Ces préoccupations bien terre à terre sont assez éloignées de grands débats spirituels ou religieux. Il est rare de voir rappeler ce point de façon aussi claire à la télévision (émission de France 2 « Vivre l’islam » de décembre 2016).

France 2 Islam 161218 Tawhid 1 Extrait 1

Cela étant, Mahomet est loin d’avoir été lui aussi indifférent aux questions financières puisqu’il pratiqua la razzia et établit des règles stables de partage du butin qu’on retrouve d’ailleurs explicitement dans le Coran (sourate 8).

Averroès : un discours vraiment décisif ?

  • Préambule

Parmi les quelques grandes figures de la pensée musulmane se situe en bonne place Averroès (XIIème siècle) – nom francisé du nom arabe Abu l-Walid Muhammad ibn Hamad ibn Rushd –. Une émission hebdomadaire de la série « Vivre l’islam » sur France 2 lui était consacré en mai 2016. Averroès, commentateur d’Aristote, a notamment écrit le « Discours décisif » (Fasl al-maqal), opuscule d’une petite vingtaine de pages en format A4, réputé être une des œuvres majeures de la pensée philosophique musulmane au travers des siècles par sa qualité, mais non a priori par son impact qui a été extrêmement limité.

France 2 Islam Averroes 1605 Traite decisif

Il est intéressant de revenir sur ce texte fondateur mais peu connu du grand public pour en dégager quelques traits qui marquent peut-être encore aujourd’hui la culture musulmane.

  • Une fatwa autorisant l’exercice de la philosophie

Le Discours décisif est une fatwa où Averroès intervient en tant que juge, c’est-à-dire un avis juridique visant à autoriser l’exercice de la philosophie et de la logique en islam. En effet, on peut résumer la question posée et la réponse positive apportée par les deux paragraphes suivants du texte :

§1. (…) Rechercher, dans la perspective de l’examen juridique, si l’étude de la philosophie et des sciences de la logique est permise par la Loi révélée, ou bien condamnée par elle, ou bien encore prescrite, soit en tant que recommandation, soit en tant qu’obligation.

§3. Que la Révélation nous appelle à réfléchir sur les étants faisant usage de la raison, et exige de nous que nous les connaissions par ce moyen, voilà qui appert à l’évidence de maints versets du Livre de Dieu. En témoigne, par exemple, l’énoncé divin : « Réfléchissez donc, ô vous qui êtes doués de clairvoyance», qui est une énonciation univoque du caractère obligatoire du syllogisme rationnel, ou du syllogisme rationnel et juridique tout à la fois. (…)

  • Car la raison ne peut pas contredire la Révélation

L’exercice de la raison est autorisé car le postulat d’Averroès est que la Révélation – Coran et autres textes sacrés – ne peut pas être entachée d’erreur puisqu’elle vient de Dieu (Allah) et ne court donc pas le risque d’être remise en cause par la raison démonstrative.

§18. Puisque donc cette Révélation est la vérité, et qu’elle appelle à pratiquer l’examen rationnel qui assure la connaissance de la vérité, alors nous, musulmans, savons de science certaine que l’examen des étants par la démonstration n’entraînera nulle contradiction avec les enseignements apportés par le Texte révélé : car la vérité ne peut être contraire à la vérité, mais s’accorde avec elle et témoigne en sa faveur.

En effet, de façon générale, il est impossible qu’Allah ait tort, contre l’esprit ou contre la matière.

§14. (…) Le Prophète a dit à l’homme à qui il avait ordonné de faire prendre du miel à son frère atteint de diarrhée, et qui, la diarrhée ayant ensuite empiré, s’en plaignait à lui : « Dieu a dit vrai, et c’est le ventre de ton frère qui a menti».

  • L’interprétation est ce qui permet de se conformer avec la Révélation

La Loi révélée ne pouvant donc pas être erronée, tout raisonnement démonstratif suivant les règles de la logique conduisant à une contradiction avec le sens obvie (c’est-à-dire qui se présente naturellement à l’esprit) de cette Loi révélée est la preuve que ce texte révélé ne doit pas être compris dans son sens obvie mais dans un autre sens qui permet de faire disparaître la contradiction : c’est le fondement de la démarche d’« interprétation » de la Loi révélée, procédé de transfert de sens du sens obvie à un autre sens, justifié par différentes méthodes.

§20. Ce que l’on veut dire par « interprétation », c’est le transfert de la signification du mot de son propre [haqiqa] vers son sens tropique [majaz], sans infraction à l’usage tropologique [règles de transfert/glissement de sens au sein d’une langue par l’emploi de procédés tels, pour le français, que la métaphore, la métonymie, etc.] de la langue arabe d’après lequel on peut désigner une chose par son analogue, a cause, son effet, sa conjointe, ou par d’autres choses mentionnées comme faisant partie des classes de tropes. (…)

§21. Nous affirmons catégoriquement que partout où il y a contradiction entre un résultat de la démonstration et le sens obvie d’un énoncé du Texte révélé, cet énoncé est susceptible d’être interprété suivant les règles d’interprétation conforme aux usages tropologiques de la langue arabe. C’est là une proposition dont nul musulman doute et qui ne suscite point d’hésitation chez le croyant. (…)

  • Les divergences d’interprétation

La question est alors de déterminer ce qui doit faire ou pas l’objet d’interprétation, et c’est là que les choses se corsent, car les musulmans ne sont bien souvent pas d’accord entre eux.

§22. Nous disons même plus : il n’est point d’énoncé de la Révélation dont le sens obvie soit en contradiction avec les résultats de la démonstration, sans qu’on puisse trouver, en procédant à l’examen inductif de la totalité des énoncés particuliers du Texte révélé, d’autre énoncé dans le sens obvie confirme l’interprétation, ou est proche de la confirmer. C’est pourquoi il y a consensus chez les musulmans pour considérer que les énoncés littéraux de la Révélation n’ont pas tous à être pris dans leur sens obvie, ni tous à être étendus au-delà du sens obvie par l’interprétation ; et divergence quant à savoir ce qui est à interpréter et ce qui ne l’est pas. Ainsi les Asharites interprètent-ils le verset évoquant l’assise divine et la tradition évoquant la descente de Dieu, tandis que les Hanbalites leur attribuent un sens obvie.

D’autre part, la tâche est compliquée par le fait que la Révélation coranique comporte des versets plus ou moins clairs, voire contradictoires.

§23. La raison pour laquelle la Révélation comporte des énoncés de sens obvie et d’autres de sens lointain est que les hommes se distinguent par leurs dispositions innées, et diffèrent quant au fonds mental qui détermine en eux l’assentiment. Et s’il s’y trouve des énoncés contradictoires pris dans leur sens obvie, c’est afin de signaler aux « hommes d’une science profonde » qu’il y a lieu d’interpréter, afin de les concilier. C’est à quoi fait allusion l’énoncé divin : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre, on y trouve des versets univoques […] », jusqu’à : « et les hommes d’une science profonde ».

La situation devient si complexe qu’on finit par en perdre son latin et qu’il semble bien difficile de conclure quoi que ce soit car la communauté musulmane ne semble pas en mesure d’élaborer un consensus formel et précis qui seul pourrait mettre un terme à des interprétations illicites pouvant conduire à l’infidélité.

§24. Si l’on objecte : il y a dans le Texte révélé des énoncés auxquels les musulmans s’accordent par consensus à attribuer un sens obvie ; d’autres qu’ils s’accordent à interpréter ; d’autres enfin au sujet desquels il y a divergence – est-il donc licite qu’on soit amené, du fait de la démonstration, à interpréter un énoncé auquel les musulmans s’accordent par consensus à accorder un sens attribuer son sens obvie, ou à attribuer un sens obvie à un énoncé qu’ils s’accordent à interpréter ? Nous répondons : s’il était établi de façon certaine qu’il y a consensus, cela ne serait pas autorisé. Mais si l’existence du consensus sur le sens de ces énoncés n’est que conjectural, ce l’est sans doute. C’est pourquoi Abu Hamid al-Ghazali, Abu-l-Ma’ali al-Juwayni, et d’autres autorités tutélaires en matière d’examen rationnel, affirment que l’on ne peut taxer catégoriquement d’infidélité quelqu’un qui rompt le consensus à propos de l’interprétation de cette sorte d’énoncés.

  • Réserver l’interprétation aux hommes de science et laisser la foule dans l’ignorance

L’interprétation de la Loi révélée étant un exercice extrêmement malaisé du fait du manque de clarté du texte révélé, la science de l’interprétation et ses résultats ne doivent être exposés qu’aux hommes d’une science profonde, la foule devant être maintenue dans l’ignorance, loin de tous ces débats qui sont censés la dépasse et pourraient la conduire à douter de la qualité et de la vérité du texté révélé.

§26. Or on sait, par la tradition de leurs propos, que de nombreuses figures du premier âge de l’islam jugeaient que la Révélation comprend de l’apparent et du caché, et qu’il ne faut pas que connaissent le caché ceux qui ne sont pas hommes à en posséder la science et qui seraient incapables d’y rien comprendre. (…)

§28. (…) Il existe des interprétations qu’on ne doit exposer qu’à ceux qui sont hommes à en connaître l’interprétation, et qui sont « les hommes d’une science profonde ». (…)

§63. Il vous est donc apparu que les interprétations vraies des énoncés révélés ne devaient pas être couchées par écrit dans les livres destinés à la foule, et moins encore celles qui sont viciées. (…)

§45. C’est pourquoi les interprétations ne doivent pas être couchées par écrit, hormis dans les ouvrages de démonstration, car si elles se trouvent dans ces livres-là, seuls les gens de démonstration y auront accès. Mais les consigner dans d’autres livres, et employer pour les exposer des méthodes poétiques et rhétoriques, ou dialectiques, comme le fait Abu Hamid, c’est pécher et contre la Révélation et contre la philosophie, même si cet homme a cru bien faire. Car son intention, ce faisant, était que s’accroisse le nombre des hommes de science, mais en réalité, le nombre de dépravés en a été accru non moins que celui des hommes de science. (…)

§46. Ce que doivent faire les chefs politiques des musulmans, c’est interdire ceux de ces livres qui concernent la science à qui n’est pas homme à pratiquer cette science, tout comme il leur incombe d’interdire les livres de démonstration à tous ceux qui ne sont pas hommes à la pratiquer, quoique les dommages survenant aux gens du fait de ces derniers soient bien moins graves, puisque la plupart du temps, seuls les hommes aux dispositions naturelles supérieures en ont connaissance, et que cette sorte d’hommes ne tombe éventuellement dans l’erreur que par défaut de vertu pratique, ou faute d’avoir procédé à la lecture dans le bon ordre, ou parce qu’ils les appréhendent sans l’aide d’un maître.

  • Ceux qui, n’étant pas des hommes d’une science profonde, osent interpréter sont des infidèles : aux sources du takfirisme ?

Tous les hommes qui ne sont pas d’une science profonde ont donc interdiction d’interpréter, au risque d’être qualifiés d’infidèles.

§44. (…) Ceux qui ne sont pas hommes de la science, eux, ont l’obligation de recevoir les énoncés dans leur sens obvie ; les interpréter serait de leur part, infidélité, dans la mesure où cela conduit à l’infidélité. Et voilà la raison de notre opinion suivant laquelle l’interprétation, pratiquée par des gens auxquels il est fait obligation de croire en le sens obvie, est infidélité : parce qu’elle conduit à l’infidélité. Or qui provoque à l’infidélité est un infidèle.

Il n’y a ensuite qu’un pas à franchir pour tomber dans les méandres du takfirisme, processus de fatwa assimilable à une excommunication en islam (expulsion de la communauté musulmane et déchéance de la qualité de musulman), car qui est légitime pour déterminer si quelqu’un est « de la partie ou non » ?

§36. En somme, il existe deux sortes d’erreur du point de vue de la Loi : l’erreur pardonnable lorsqu’elle est le fait d’hommes aptes à pratiquer l’examen rationnel dans le domaine où l’erreur a été produite (comme on pardonne au médecin expérimenté de s’être trompé dans l’art de la médecine, ou au juge expérimenté de s’être trompé dans un jugement), et impardonnable si elle provient de quelqu’un qui n’est pas de la partie ; et l’erreur impardonnable de qui qu’elle vienne, et qui, si elle touche les principes dogmatiques fondamentaux de la Loi révélée, est infidélité ou, si elle touche quelque chose en deçà de ces principes fondamentaux, est une innovation blâmable. (…)

C’est la porte ouverte au sectarisme, qui s’est épanoui en islam, chacun pouvant s’ériger en juge des erreurs des autres.

§64. C’est du fait des interprétations, et du fait de l’opinion que celles-ci devraient, du point de vue de la Loi révélée, être exposées à tout un chacun, que sont apparues les sectes de l’islam, qui en vinrent au point de s’accuser mutuellement d’infidélité ou d’innovation blâmable, en particulier celles d’entre elles qui étaient perverses. Les Mutazilites ont ainsi interprété nombre de versets et de traditions prophétiques, et exposé ces interprétations à la foule, et pareillement les Asharites, même si ces derniers ont moins interprété. Ils ont de ce fait précipité les gens dans la haine, l’exécration mutuelle et les guerres, déchiré la Révélation en morceaux et complètement divisé les hommes.

§66. Leurs penseurs spéculatifs sont devenus des oppresseurs pour les musulmans, en ce sens qu’une fraction des Asharites a déclaré que quiconque ne reconnaîtrait pas l’existence du créateur d’après les méthodes qu’eux-mêmes ont instituées dans leur Livre pour le connaître était infidèle, alors que les infidèles, les égarés, ce sont eux en vérité ! (…)

Cette propension musulmane à l’exclusion semble d’ailleurs assez répandue si l’on en juge par le grand exégète Tabari (IXème siècle) pour qui « tout musulman ayant atteint l’âge de la puberté, qui ne connaît pas Dieu avec tous ses noms et tous ses attributs par le raisonnement, est un infidèle dont la vie et les biens sont hors-la-loi ».

  • Conclusion

Si l’on doit retenir quelque chose de simple de ce texte, au-delà des complexités intellectuelles et spéculatives inutiles propres aux raisonnements dont les religions ont le triste secret (voir également la christologie chrétienne), c’est probablement que 1) le Coran a toujours raison (pas de critique possible du fond) et 2) la compréhension du Coran est mauvaise si elle contredit la raison logique et démonstrative : il faut donc alors chercher une autre interprétation du texte coranique. Si c’est bien à cette conclusion assez maigre que se résume in fine cette réflexion, on peut être assez déçu.

En réalité, l’averroïsme a été un échec et l’exercice philosophique dans la conception d’Averroès a été rejeté par les religieux ; cette ouverture a été close avec sa mort. On peut néanmoins s’interroger sur la façon dont le principe qu’illustre Averroès de la recherche de l’interprétation qui convient en fonction des objectifs poursuivis (pour éviter toute contradiction avec la Loi révélée) imprègne la culture musulmane.

Il est en effet aisé de constater combien les interprétations des uns et des autres du même texte peuvent être différentes, jusqu’à s’écarter complètement d’un sens littéral pourtant parfois sans ambiguïté. Chacun semble avoir en effet son interprétation en fonction du but qu’il poursuit : chacun peut ainsi toujours trouver réponse à tout et peut répondre à toutes les objections par des pirouettes intellectuelles.

Ce travers consistant ainsi à vouloir démontrer qu’on a toujours raison finit par affecter toute la société musulmane. Chacun peut dénier aux autres le statut de bon musulman au travers du takfirisme, dont on voit que les racines doctrinales sont extrêmement profondes et anciennes, qu’il s’agisse de groupes simplement orthodoxes ou de fondamentalistes. C’est ainsi que l’État Islamique met constamment en garde dans ses revues, notamment Dar-al-islam, contre le danger à suivre les « imams qui égarent », en s’attribuant à lui seul la capacité d’être au plus proche des textes sacrés musulmans (Coran, hadiths, vie de Mahomet).

Quant à la critique des textes sacrés musulmans par un non-musulman, il ne faut même pas y songer…le non-musulman est par définition totalement illégitime dans une telle démarche et il ne peut bien évidemment pas faire partie des hommes d’une science profonde.

Enfin, pour ce qui est de la qualité proprement philosophique de cet opus, elle est certaine mais renvoie – outre à l’emploi du syllogisme légué par Aristote aux Arabes – à des considérations qu’on peut trouver subjectives, surannées, et suspendues, comme tant d’autres, au monde de la pure spéculation intellectuelle théorique et gratuite.

Erdogan aux Turcs européens : « Vous êtes le futur de l’Europe »

Erdogan est déjà en guerre avec la civilisation européenne. L’illustration la plus claire, outre les insultes que ce personnage adresse aux dirigeants européens en les traitant de « nazis », est bien son adhésion vigoureuse au grand remplacement de population qu’il appelle de ses vœux en incitant les Turcs européens à conquérir l’Europe par le ventre de leurs femmes, ce en quoi il est en réalité constant depuis bien des années. C’est ce qu’un article du New York times du 17 mars 2017 conduit à nous rappeler opportunément.

‘You Are the Future of Europe,’ Erdogan Tells Turks

By Russell Goldman

Calling Turks the “future of Europe,” Turkey’s president on Friday implored his compatriots living on the Continent to have multiple children as an act of revenge against the West’s “injustices.”

“Go live in better neighborhoods. Drive the best cars. Live in the best houses,” President Recep Tayyip Erdogan said Friday in the city of Eskisehir, while campaigning for a referendum that would solidify his power. “Make not three, but five children. Because you are the future of Europe. That will be the best response to the injustices against you.”

The remarks come at a time of increasingly fraught relations between Europe and Turkey in the wake of the migrant crisis, the concurrent rise of Islamic terrorism and right-wing nationalism in Europe, and a crackdown on civil liberties in Turkey.

Turkish citizens have lived in Europe for decades and have often been the focus of anti-immigrant sentiment. Mr. Erdogan has found that addressing overseas Turks is a convenient way to stir his own citizens’ nationalism and attack a Europe that has become increasingly hostile to Turkey as his government becomes ever more authoritarian.

Last weekend, Mr. Erdogan accused the Netherlands of Nazism after Dutch officials stopped the Turkish foreign minister from landing there for a pro-Erdogan rally, and then escorted the Turkish family minister out of the country, citing risks to public order and security.

“When those incidents began, I said those are fascistic measures,” Mr. Erdogan said Sunday. “I said Nazism had risen from the dead.”

Those comments came just before the Dutch national elections, in which voters rejected the anti-Islamic platform of the politician Geert Wilders but increased his party’s seats in Parliament.

On Friday, around the time Mr. Erdogan was speaking in Eskisehir, Mr. Wilders wrote on Twitter: “The fight against Islamization and the EU will be tougher, stronger and far more effective now, being the second strongest political power!” The text “#stopislam” was included in an image he also posted.

Mr. Erdogan is not the first authoritarian leader of a Muslim country to suggest that birthrates could alter the demographics of the West. Already, Muslims in Europe are younger than other Europeans and the number of Muslims on the Continent has been increasing steadily, according to the Pew Research Center.

“The Muslim share of the population throughout Europe grew about 1 percentae point a decade, from 4 percent in 1990 to 6 percent in 2010,” according to Pew. “This pattern is expected to continue through 2030, when Muslims are projected to make up 8 percent of Europe’s population.”

Les nouvelles musulmanes : modernité contre obscurantisme ?

À l’occasion de la journée de la femme (8 mars 2017), l’émission hebdomadaire « Vivre l’islam » de France 2 a consacré son épisode du 12 mars 2017 au portrait de 5 femmes musulmanes jugées représentatives et proches de ce que pourrait être le modèle de la femme musulmane moderne, « femme de lumière ». Il est tout à fait intéressant de revenir sur ces 5 profils à une époque où est tellement vanté – jusqu’à parfois être revendiqué – le port du voile musulman par tant d’imams et de musulman(e)s français(e)s, y compris dans les services publics ou les entreprises publiques ou privées, sans considération aucune pour le respect du principe de laïcité.

Les 5 femmes présentées sont :

  • Houria Aichi, chanteuse (chant religieux)
  • Zahia Ziouani, chef d’orchestre (musique occidentale)
  • Khadija Al-Salami, cinéaste
  • Hakima El Djoudi, artiste plasticienne
  • Maram Al-Masri, poétesse

France 2 Islam 170312 Journee femme Extrait 1

France 2 Islam 170312 Journee femme Extrait 2

France 2 Islam 170312 Journee femme Extrait 3

Que remarque-t-on ? Toutes ces femmes ont un rapport étroit avec le monde artistique, si décrié en islam. En outre, aucune ne porte le voile, ni même un bout de voile ; c’est même l’opposé. Cela est très étonnant alors qu’on nous parle tant de nos jours de la musulmane « décomplexée » qui revendique « son » voile comme expression de sa totale liberté de conscience et d’expression. On peut s’interroger naturellement sur le sens de ce reportage qui ne semble guère correspondre au regain du religieux que connait la quasi-totalité des pays musulmans aujourd’hui et qui touche également les musulmanes françaises issues de l’immigration.

Plus encore, l’accent est mis spécifiquement sur ces femmes car elles « luttent contre l’obscurantisme [musulman] et pour les lumières », mais aussi contre les coutumes tribales, l’infériorisation de la femme, sa relégation sociale et éducative, etc. Le cas de Khadija Al-Salami, « épousée à 11 ans et divorcée [répudiée] à 12 ans », est particulièrement mis en valeur dans la lutte contre les « traditions Moyenâgeuses » de l’islam.

Face à constat accablant, le C.F.C.M. continue à affirmer : « En France, l’égalité homme femme ne heurte en rien la conception musulmane. Bien au contraire, depuis l’avènement de l’islam et dans les temps modernes, les principaux défenseurs de la place de la femme musulmane dans la société contemporaine ont toujours favorisé son épanouissement. » (article 3 de la Convention Citoyenne des Musulmans de France pour le vivre‐ensemble). Cette affirmation paraît ainsi relever du mensonge ou du moins d’une vision très déformée de la réalité au regard de la culture traditionnelle musulmane, y compris en France.

Tariq Ramadan a écrit à juste titre, tout en tentant toujours néanmoins de dédouaner sa religion : « Je l’ai dit et répété : l’islam n’a pas de problème avec les femmes, mais il apparaît clairement que les musulmans ont effectivement de sérieux problèmes avec elles, et il faut en chercher, de l’intérieur, les raisons et parfois les (discutables) justifications. »

Et il ne faut pas croire que le sort terrible des femmes en islam relèverait pour l’essentiel d’une opposition frustrée à l’Occident et non de la doctrine même de l’islam, comme le laisse entendre le même Tariq Ramadan : « Il ne faut pas non plus minimiser la dimension psychologique dans le débat concernant les femmes. La relation avec l’Occident est complexe : avant, pendant, puis après les colonisations, la question de la femme a été centrale dans les relations de pouvoir et les débats politiques, théologiques et culturels. Cela a nourri dans la psyché musulmane contemporaine une sorte de réaction réflexe : moins le discours est occidental à propos des femmes, plus il est perçu comme islamique et, inversement, plus il est islamique, plus il se devrait d’être restrictif et s’opposer à la permissivité occidentale dont la finalité serait de laminer les fondements de la religion et de la morale. » L’islam a bien un problème de fond avec la femme.

Oserait-on maintenant enfin commencer à parler et dire timidement la vérité à propos du sort peu enviable de la femme en islam ?