Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (13) L’exemplarité de Mahomet, ou « Pourquoi l’islam a intrinsèquement besoin de la violence »

  • Problématique

Bien que Mahomet ait agi pour l’essentiel, on l’a vu dans de précédents articles, comme un chef de clan conduisant une guerre pour établir son pouvoir au nom de la religion, celui-ci est donné en exemple par l’islam à tout musulman. La question est donc de préciser quelles conséquences pratiques doit tirer aujourd’hui le musulman au regard de cette référence incontournable.

  • Mahomet, l’exemple à suivre

Pour Tareq Oubrou, « Le Coran exhorte le musulman à suivre l’exemple du Prophète. Malheureusement, on confond souvent deux choses : suivre son exemple et le copier ; la référence et l’identification. Rares sont ceux qui sont capables d’éviter une telle confusion. La référence consiste à prendre le Prophète comme modèle en tenant compte, d’une part, du contexte spécifique dans lequel il a vécu, et, d’autre part, du contexte spécifique dans lequel vit le musulman et de son identité personnelle. (…) L’identification, elle, s’apparente souvent à une imitation bête et à une aliénation néfaste. »

La question de l’imitation de Mahomet pose ainsi une question fondamentale : que vaut aujourd’hui, au XXIème siècle, l’islam de Mahomet, guerrier, qui a combattu les mécréants armes à la main ?

L’argument de Tareq Oubrou est fondé sur l’idée que le comportement tribal et guerrier de Mahomet ne constituerait plus un exemple à appliquer aujourd’hui car il serait devenu caduc. C’est ce que Tareq Oubrou exprime par la référence au « contexte spécifique dans lequel Mahomet a vécu » et qui aurait justifié la guerre. On retombe encore une fois dans cet illogisme fondamental : Mahomet, dernier prophète, prétendait délivrer une parole divine, définitive et universelle, mais il l’a en réalité pliée aux contraintes tribales de l’époque.

Il est évident que les fondamentalistes musulmans et nombre d’imams des pays du Golfe sont loin d’être du même avis quant à la caducité du caractère guerrier de l’islam. Et évoquer, au sujet de l’imitation stricte du comportement du Prophète,  « une imitation bête et une aliénation néfaste » est justifiable des délits de blasphème et d’apostasie.

  • Mahomet, l’intouchable

En réalité, ce type de relativisation peut naturellement choquer tous les musulmans attachés à la figure mythifiée de leur prophète, moins pour une raison doctrinale – puisqu’en terme de spiritualité la relativisation n’a aucun sens –, qu’en termes de frustration identitaire face un Occident jusque-là dominateur et qui ose porter atteinte à la mémoire du bédouin, avec la complicité involontaire d’un imam français.

Tareq Oubrou en donne une autre illustration à propos de la francisation du nom de Muhammad (ou Mohammed) en Mahomet qui irrite tant certains musulmans mais qu’il ne fait pas sienne, avec un bon sens bien occidental : « Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom « Mahomet ». Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées (…). Ces mêmes musulmans qui contestent l’usage de « Mahomet » n’ont en revanche aucun problème pour traduire en français les noms des autres prophètes de l’islam, non arabes : Îsa devient Jésus, Mûsâ devient Moïse, etc. (…) D’ailleurs, les noms arabes de ces prophètes sont déjà des traductions de noms qui n’étaient pas arabes, mais hébreux ou syriaques – Moïse était Moshé en hébreu comme en syriaque, Jésus était Yeshu’a en hébreu ou Yasû en syriaque… (…) En croyant islamiser les prophètes par l’arabisation de leur nom, on atteint le comble de la confusion entre le théologique et l’identitaire ethnique. De façon tout aussi incohérente, ces musulmans rétifs au nom de Mahomet n’ont aucune objection à traduire Allah par Dieu. »

  • Conclusion : l’islam, une idéologie politique violente et non une spiritualité

Compte tenu de ce qu’a été la vie de Mahomet, remplie de batailles et de guerres à compter de l’hégire comme en témoigne formellement la Sîra, l’islam dit « modéré » d’Europe et de France est pris dans un étau et écrasé : d’un côté, par un islam fondamentaliste, qui retourne sans état d’âme aux sources (musulmanes) incontournables et indubitables de l’islam des origines, et de la violence qui l’a accompagné constamment à partir de Médine ; de l’autre, par le risque de faire exploser ou de dissoudre l’islam dans ses contradictions à trop vouloir excuser cette violence originelle, jusqu’à aboutir à une relativisation du message coranique incontrôlable et irréversible. Pour maintenir le carcan qui lui assure sa survie, l’islam a besoin tôt ou tard de la violence.

En effet, la violence (physique et psychologique), qui s’exprime par l’intolérance et par les peines et châtiments encourus pour des motifs religieux (blasphème, absence de respect du ramadan, apostasie, etc.), sont pour l’islam une question existentielle.

Sauf à pratiquer (comme en réalité bon nombre de musulmans occidentaux jusqu’ici) un islam qui a pris ses distances par rapport à l’islam de Mahomet, jusqu’à presque le renier ou l’abandonner de fait – d’où la qualification d’islam « déviant » ou « dévoyé » au regard de l’orthodoxie –, l’islam ne peut pas survivre dans un milieu ouvert, imprégné par l’esprit critique, où les tabous religieux n’existent pas, c’est-à-dire où tout discours religieux ou spirituel est acceptable ; car ce serait accepter l’hypothèse que l’islam puisse avoir tort, notamment par la bouche de son prophète. Aucun pays musulman ne l’accepte aujourd’hui.

L’interview de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à l’O.N.U., Abdallah al-Mouallimi, réalisée en mars 2016, explique fort clairement ce point de vue : toute remise en cause d’Allah, tout doute exprimé publiquement sont jugés comme subversifs et assimilables à du terrorisme dans la terre sainte de l’islam (et donc passibles de la peine de mort). Difficile d’être plus clair ! Mieux vaut pratiquer la taqiya en Arabie Saoudite si vous voulez rester vivant…

Arabie Saoudite Liberte de conscience 2016 mars

Or, qu’on le dise une bonne fois pour toutes : si la formulation peut dans une certaine mesure dépendre d’un contexte historique, le contenu d’un message véritablement spirituel est fondamentalement universel et définitif, et les valeurs profondes qu’il exprime sont intemporelles : ce message doit refléter une vision définitive du monde et de son sens et plus encore quand on prétend être le dernier prophète –, et ne peut en aucun cas dépendre des vicissitudes des sociétés humaines et des mœurs du temps.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (12) L’antisémitisme musulman, ou « Mahomet, un chef de clan »

  • Problématique

Rogier Cukierman, président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), indiquait en février 2015 que, selon lui, les violences commises en France pour des raisons religieuses l’étaient uniquement par des musulmans : « toutes les violences commises aujourd’hui le sont par des jeunes musulmans ».

Roger Cukierman CRIF Violence musulmane Europe 1 150223

S’agissant par ailleurs du commentaire « les premières victimes sont les musulmans », il convient de noter que :

1) c’est objectivement faux en France et en Europe : les actions menées visent manifestement les non-musulmans (cf. Mohammed Merah, Charlie, Hyper Cacher, Musée juif de Bruxelles, Bataclan, agressions sexuelles de Cologne, Nice, marché de Noël de Berlin, etc.) ;

2) les musulmans qui meurent dans les attentats ne le sont que par « accident » puisque leur présence sur le lieu des attentats (notamment au Bataclan ou à Nice) est incompatible selon l’islam orthodoxe avec les préceptes de la religion musulmane (raison pour laquelle ils ne sont pas considérés par les mouvements fondamentalistes musulmans comme de bons musulmans mais comme des apostats puisqu’ils s’écartent dans leur pratique de la voie de l’islam) ;

3) l’histoire de l’islam montre que les conflits religieux internes aux musulmans, que ce soit au sein du sunnisme ou entre sunnites et chiites, remontent aux origines de l’islam : il ne s’agit donc pas d’un phénomène nouveau qui serait né à la fin du XXème siècle d’une déviance nouvelle de l’islam.

Si donc on le prend le cas des juifs, peut-on trouver un fondement doctrinal à l’antisémitisme musulman auquel fait référence indirectement mais clairement Roger Cukierman ?

  • Les racines doctrinales et « historiques » de l’antisémitisme musulman

Les racines de l’antisémitisme dans l’islam des origines semblent assez nombreuses si on y regarde de près :

–  la copie par l’islam du judaïsme qui met dès l’origine ces deux religions en concurrence (Mahomet n’a apporté aucune notion significative nouvelle par rapport au judaïsme en matière de doctrine religieuse : il s’est simplement positionné dans cette filiation et a affirmé être le dernier prophète) ;

Tareq Oubrou note que cette concurrence s’établit dans le cadre d’une frustration de Mahomet et de ses partisans à l’égard des juifs : « À Médine, où les juifs étaient très présents, les païens ressentaient un certain complexe par rapport à eux, car ils étaient « ummiyyûn », ceux qui n’avaient pas eu la chance de recevoir un livre révélé. C’est pourquoi les Médinois arabes ont vu dans le message de Mahomet une certaine forme de revanche et se sont précipités pour se convertir à la nouvelle religion. »

Toutefois, parler de « se précipiter pour se convertir » paraît assez excessif : la question religieuse reste secondaire au regard des intérêts matériels des clans, conformément aux mœurs tribales des Arabes de l’époque.

– l’incapacité de Mahomet à rallier à lui les juifs de Médine, certains rabbins – suprême insulte – se moquant de lui ;

–  l’échec des alliances nouées avec les juifs via les tribus arabes de Médine ;

En effet, Tareq Oubrou écrit : « À Médine se trouvaient des juifs en grand nombre – ils représentaient presque la moitié de la population. Eux-mêmes étaient organisés en tribus, comme les autres Arabes, sur la base d’alliances avec les deux principales tribus médinoises, alors païennes : les Banû Aws et les Banû Khazraj. Ces alliances ne furent pas remises en cause par le Prophète après son installation à Médine. S’il tenta de les transcender, ce fut dans les limites de ce que permettaient les traditions ethniques tribales, très ancrées dans la culture de l’époque. Ainsi, il instaura dès son arrivée une forme de constitution qui reconnaissait les trois tribus juives comme membres à part entière d’une même communauté. Cette tentative échoua finalement à cause du désengagement successif de ces trois tribus [Qaynuqa, Nadir, Quraydha]. »

–  la décision de Mahomet de finalement chasser ou exterminer les juifs de Médine, notamment en finissant par les 600 à 900 prisonniers de la tribu juive des Banû Quraydha qu’il fit égorger par petits groupes dans un fossé creusé spécialement à Médine (cf. http://islametoccident.fr/?p=1705) ;

–  les autres campagnes menées contre les juifs en dehors de Médine, comme à Khaybar ;

–  l’accusation de meurtre puisque Mahomet est censé être mort des suites d’un empoisonnement de nourriture (brebis) préparé par une juive.

En dépit de ce constat assez clair d’animosité vis-à-vis des juifs, bien documenté par les sources musulmanes elles-mêmes, Tareq Oubrou tente néanmoins de dédouaner Mahomet de sa responsabilité en en faisant l’instrument forcé de pratiques tribales : « Lors de chaque conflit armé avec une tribu juive, la personne qui tranchait après capitulation n’était pas le Prophète mais un des chefs de la tribu arabe à laquelle elle était alliée, conformément aux mœurs et aux solidarités tribales de l’époque. Le Prophète, ici, n’était qu’une partie dans le conflit, et non un juge. »

Cette explication visant à déresponsabiliser Mahomet porte en elle un aveu terrible, puisque c’est en effet reconnaître que Mahomet, dernier porteur d’une parole divine et donc en principe définitive et universelle, voyait sa conduite en réalité dictée dans la guerre qu’il menait par des considérations tribales traditionnelles (survie du clan, razzias, partage du butin, etc.). En d’autres termes, Mahomet était d’abord et surtout un homme de son temps, un chef de clan.

En effet, comme l’écrit Tareq Oubrou, il ne s’agit pas d’une question spirituelle mais d’un problème de pouvoir : « Mahomet doit affronter une oligarchie mecquoise qui détient un triple pouvoir – politique, économique, symbolique ou religieux – et qui voit en l’islam une menace. » Mahomet se retrouve ainsi en conflit de pouvoir avec les clans dont il est proche, ce qui va le conduire à des concessions pour constituer des alliances avec d’autres tribus : « La loi ne reflète pas forcément l’idéal théologiquement conforme au vouloir divin, et la réalité impose parfois des concessions. »

Pourtant, il ne semble pas que ni Bouddha, ni Jésus aient fait des concessions ; mais il est vrai qu’ils ne faisaient pas la guerre et prêchaient la paix.

  • Conclusion : Mahomet, un chef de clan

Dans sa volonté de dédouaner Mahomet de la violence qu’il a abondamment utilisée à des fins politique d’établissement de son pouvoir, Tareq Oubrou fait donc finalement preuve d’un réalisme qui l’honore. Chemin faisant, il porte un coup terrible au mythique Mahomet, vénéré dans tout le monde musulman, en le ramenant de fait au rang d’un chef de clan, c’est-à-dire en le désacralisant. Pas étonnant donc que sa tête soit mise à prix par l’État Islamique.

Cette compréhension de la nature de la prédication de Mahomet, consistant de façon simple, logique et cohérente, en une démarche de prise de pouvoir drapée dans les atours de la religion, paraît essentielle : c’est celle à laquelle d’ailleurs aboutit naturellement tout lecteur qui laisse de côté les superstitions religieuses de ceux qui voient Dieu partout et les « interprétations » visant à mythifier une simple guerre politique au rang de prétendue vocation divine.

« Les sources doctrinales de l’État Islamique » : Publication papier

Mon ouvrage « Les sources doctrinales de l’État Islamique » (2 tomes), précédemment disponible en e-book aux éditions UPPR, est maintenant disponible en format papier : si vous voulez avoir les idées claires pour quelques euros sur la logique de l’État Islamique et sur les textes authentiques de l’islam auxquels il se réfère et dont les « spécialistes » ne vous parlent pas.

http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-111-8_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-1/

http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-110-1_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-2/

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (11) La bienfaisante polygamie musulmane

  • Problématique

Chacun sait qu’un des bienfaits apportés par l’islam à l’Occident judéo-chrétien est la polygamie.

Sourate 4, verset 3. (…) Épousez, comme il vous plaira, deux, trois ou quatre femmes. Mais, si vous craignez de n’être pas équitable, alors une seule, ou des concubines [ou esclaves de guerre]. Cela afin de ne pas faire d’injustice ou afin de ne pas aggraver votre charge de famille.

Il est intéressant de rappeler que Mahomet, qui édicta cette règle, s’en est lui-même exonéré, puisqu’il a eu jusqu’à 9 femmes en même temps : privilège hautement spirituel du prince…

Or le principe de la polygamie ressemble fort par nature à une preuve de l’inégalité ontologique de l’homme et de la femme puisque la femme n’a elle, pas le droit d’avoir plusieurs époux et que cela entraîne par ailleurs sa soumission à l’homme.

  • Allah est obligé de se plier aux coutumes locales

On attendrait d’un prophète, surtout s’il ne fait que reprendre les paroles de Dieu, qu’il énonce des principes intemporels pour la suite des temps. On imagine mal en effet 1) que Dieu ne sache pas bien ce qu’il veut, ce qui le conduirait à changer d’avis 2) qu’il hésite à se prononcer par peur d’on ne sait quoi ou compte tenu d’on ne sait quels intérêts humains. Eh bien c’est pourtant la thèse contraire que l’islam prétend justifier.

Ainsi Tareq Oubrou écrit au sujet de la polygamie : « À l’époque coranique, la culture polygame était tellement ancrée anthropologiquement qu’il était impossible de l’éradiquer par une simple injonction. Le Coran s’est donc contenté de la restreindre à quatre femmes. (…) La loi se négocie toujours avec la société. C’était déjà le cas à l’époque coranique, où le texte sacré a instauré une oscillation entre la logique du droit celle de l’éthique. Autrement dit, pour changer la loi ou le droit, il faut d’abord changer la culture et les mentalités en parlant aux consciences. »

En réalité, Tareq Oubrou raisonne ici en homme politique et non en représentant d’une spiritualité. Cela est assez normal car l’islam est une idéologie politique qui instrumentalise le besoin de croyance à des fins politiques. Si Mahomet avait voulu en rester à un pur message spirituel, comme Jésus ou Bouddha, il n’aurait pas eu besoin de construire un État avec une armée pour ensuite pourchasser et exterminer les juifs et faire la guerre à ses autres opposants.

  • De quelques contorsions intellectuelles pour tenter de rendre la polygamie inapplicable

Face à cette évidence incontournable, Tareq Oubrou tente, en vain, de trouver des raisons de rendre le verset du Coran incriminé inapplicable.

L’argument central est celui de l’équité, repris ainsi par Tareq Oubrou : « Le Coran instaurait un impératif d’égalité de traitement rigoureuse entre les épouses, tout en soulignant que c’était un objectif impossible à atteindre, et précisait que, s’il risquait d’être injuste, l’homme devait se contenter d’une seule femme. Autrement dit, le droit est venu limiter la polygamie à quatre femmes pour qu’ensuite la morale invite les hommes à la monogamie. »

La condition de l’équité est mentionnée par le Coran : mais si c’est un objectif inatteignable de façon absolue, il est relativement facile d’y parvenir de manière relative. En effet, c’est une simple question de volonté et d’intention de la part du mari et donc on ne voit pas pourquoi ce serait impossible si le mari le veut : il suffit en effet au mari de donner la même part (nourriture, vêtements, temps d’échange, relations sexuelles,…) à chacune des épouses.

Reste toutefois, si l’on veut aller jusqu’au bout de la démarche, l’égalité en matière de sentiments, condition qui, elle, ne peut jamais être remplie. Mais l’islam dispense opportunément le musulman de cette condition comme l’explique très bien Yusuf Qaradawi : « Le Prophète a dit : « Celui qui a deux épouses et qui penche vers l’une au détriment de l’autre, viendra le jour de la Résurrection traînant l’une de ses deux moitiés tombée ou penchée » (rapporté par Abou Dawoud et al-Hakinm). Cette inclination du mari contre quoi ce hadith met en garde est la transgression des droits de l’autre dans la justice, et non le simple penchant du cœur. Car cela entre en effet dans la justice qu’on ne peut réaliser et qui a fait l’objet du pardon de Dieu : « Vous ne pourrez jamais être équitables envers vos épouses même si vous vous y appliquez. Ne penchez pourtant pas entièrement (vers l’une d’elles) » (sourate 4, verset 129). C’est pourquoi le Messager de Dieu partageait équitablement et disait : « Seigneur ! Tel est mon partage selon les moyens dont je dispose. Ne me tiens pas rigueur dans ce que Tu détiens et que je ne détiens pas » (voir al-Sounan). Il faisait allusion au penchant du cœur et des sentiments en faveur de l’une de ses femmes et qu’il ne pouvait éviter. »

Le musulman doit ainsi seulement viser l’équité matérielle (et non sentimentale) en veillant à n’être pas trop partial, ceci devant se concrétiser par une forme de concorde entre ses femmes, comme lui recommande le Coran :

Sourate 4, verset 129. Vous ne pourrez pas être équitable entre vos femmes, même si vous le désirez. Ne soyez pas trop partiaux au point de laisser l’une d’entre elles comme en suspens. Si vous établissez la concorde et si vous êtes pieux, Allah pardonne et est miséricordieux.

Quant aux autres arguments mentionnés par Tareq Oubrou, ils sont tout aussi faibles.

1) Une soi-disant interdiction implicite

Tareq Oubrou écrit sur le même thème dans un autre ouvrage (« Un imam en colère ») : « Les conditions drastiques constituent une forme d’interdiction de la polygamie qui ne dit pas explicitement son nom. »

Non seulement les conditions ne paraissent pas si drastiques que cela, mais prétendre qu’une « forme d’interdiction », non explicite, existerait semble pour le moins alambiqué alors que l’interdiction directe était la solution évidente ! Mais il faut croire qu’Allah avait peur des hommes au VIIème siècle… On se demande d’ailleurs pourquoi il n’est pas revenu depuis pour interdire définitivement cette pratique puisque les mœurs ont changé : Ô mystère du divin !

2) La femme peut parfois s’opposer à la polygamie

Tareq Oubrou écrit : « Le mariage est un contrat qui comprend des clauses. Selon un hadith, l’homme doit impérativement respecter les clauses ajoutées par la femme. (…) C’est pour cette raison que les hanafites par exemple, interdisent la polygamie si la première épouse exige d’inscrire la monogamie dans le contrat de mariage. »

Il existe effectivement certaines coutumes confirmant la validité juridique de la clause interdisant à un homme de prendre une autre épouse. Et c’est mieux que rien. Mais alors on peut s’interroger : pourquoi cela n’a-t-il pas été généralisé dans tous les pays ?

Quoiqu’il en soit, cela ne retire en rien la légitimité doctrinale à la polygamie en islam. On peut en effet a priori considérer que cela fait partie du contrat de mariage par lequel la femme reçoit sa « dot » (le « mahr ») : celle-ci peut être en argent, en nature ou dans la privation d’un droit revenant au mari et dont elle tire bénéfice.

En pratique, les choses ne sont pas si simples car une musulmane qui ne trouve pas de mari n’a pas de statut et est reléguée dans les sphères les moins bien perçues de la société musulmane, sans même compter qu’il faut bien qu’elle subvienne à ses besoins matériels. La femme, et là où c’est possible, doit donc peser les avantages et les inconvénients d’une telle exigence pour son avenir.

3) L’argument de la répudiation

La réfutation de la polygamie soulevant de multiples difficultés, Tareq Oubrou avance l’argument des progrès faits en matière de répudiation : « Avant l’islam, les hommes pouvaient répudier et reprendre leur femme indéfiniment, empêchant ainsi cette dernière d’aller chercher un autre mari. Le Coran est venu limiter cette possibilité à deux tentatives. À la troisième répudiation, l’homme ne peut plus reprendre sa femme. »

C’est effectivement un progrès par rapport aux mœurs arabes antéislamiques que d’avoir fixé à la troisième la répudiation définitive : auparavant, les arabes pouvant répudier leur femme qui n’avait pas pour autant le droit de se remarier, les maintenant dans un statut de précarité forcé. Mais il n’en reste pas moins qu’Allah a considéré que la répudiation était un bon principe et l’a maintenu dans le Coran. Comment alors encore oser parler de progrès au XXème siècle sans mettre fin à cette pratique répugnante, excellente illustration de l’inégalité homme-femme ?

  • Conclusion

Tareq Oubrou pratique, on le voit, une forme de taqiya classique consistant à tordre les textes, parfois jusqu’à l’absurde, et à inventer ce qui est nécessaire pour démontrer ce à quoi il veut parvenir. Cela n’apparaît pas nécessairement de façon évidente au lecteur qui ignore les textes sacrés de l’islam mais une lecture un peu éclairée permet de démasquer ce procédé visant à occulter la lumière de la vérité et de la simplicité, lumière qui semble pourtant moins gêner des personnalités de l’islam autrement plus éminentes et qui assument beaucoup mieux et sans état d’âme le contenu de ces textes.

L’islam est en effet un système politico-religieux bien plus cohérent qu’on veut bien souvent le dire : le problème est que, s’agissant du statut des femmes, ce que propose l’islam est insupportable et incompatible avec les valeurs modernes occidentales.

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (5) L’entrée de l’islam dans la modernité

  • Problématique

Nous avons vu dans les 4 précédents articles que les arguments tentant de dédouaner l’islam de sa violence viscérale car originelle s’effondraient les uns après les autres : la contextualisation, une violence qui serait commune à toutes les religions, la dissociation entre l’islam religieux (pacifique) et l’islam politique (guerrier), etc. Il y a bien un problème spécifique entre l’islam et la violence. André Comte-Sponville rappelait cette évidence dans une interview en 2016 : « Quant à ceux qui prétendent qu’il n’y a « aucun rapport » entre le djihadisme et l’islam, ils nient l’évidence. » (cf. article : http://islametoccident.fr/?p=2349)

Pour conclure, abordons un dernier aspect : c’est la modernité du monde qui aurait conduit l’islam à la violence.

  • La modernité du monde responsable de la violence de l’islam

L’islam serait soumis d’une certaine façon à des forces obscures et impersonnelles qui le dédouanerait en partie de sa violence intrinsèque. On ne peut être que surpris par cette argumentation à caractère vaguement géopolitique et qui paraît assez confuse.

France 2 Islam 161211 Islam et Violence 2 Extrait 2

L’intervenant reconnaît la violence de l’islam originel : « Non pas que dans les textes fondateurs de l’islam il n’y ait pas de violence : il y a de la violence ». Mais cette violence incomberait à l’entrée dans le monde moderne, de sorte que la responsabilité de l’islam disparaît, ainsi diluée dans un concept éthéré et impalpable, le « retournement du monde » : « Il y a un retournement du monde avec l’entrée de la modernité ».

Cette désincarnation de la responsabilité au regard de la violence a pour avantage de renverser l’échelle des valeurs : « La violence infligée aux populations musulmanes depuis 25 ans ». Ainsi, ce n’est plus l’islam qui imposerait sa violence mais les populations musulmanes qui subiraient une violence et seraient donc des victimes. Ce type de raisonnement qui n’a ni queue ni tête (cela fait 1400 ans que les sunnites et les chiites s’entretuent au nom de l’islam et que les minorités non-musulmanes sont persécutées en terre d’islam) rappelle furieusement l’argument idiot qu’employait la classe politique européenne, et notamment française, pour dédouaner l’islam : « les premières victimes sont les musulmans ». Mais on n’entend plus guère cet argument ces temps-ci : il semble être passé de mode.

  • L’hégémonisme occidental

Quant à l’argument du rôle de l’Occident, l’intervenant sur le plateau a l’honnêteté de le relativiser considérablement :

France 2 Islam 161211 Islam et Violence 2 Extrait 3

« Les doctrinaires de Daech qui s’appuient sur des textes religieux (Coran, tradition attribuée au prophète de l’islam et commentaires de l’époque médiévale) mais, face à eux, beaucoup de théologiens qui peuvent condamner les faits de terrorisme se trouvent désarmés, parce que précisément eux-mêmes s’inscrivent dans une raison religieuse, et ce qu’ils donnent d’une main ils le reprennent d’une autre : ils dénoncent la violence de Daech, mais ils peuvent justifier par ailleurs d’autres formes de violence. (…) Souvent on attribue, un peu trop facilement je pense, à l’hégémonisme occidental, la violence au nom de l’islam. Mais quid du rapport entre l’hégémonisme occidental, qui est réel à certains égards, et le fait qu’on puisse condamner par exemple des individus pour apostasie ? »

  • Conclusion : la violence en islam : une question « vertigineuse »

France 2 Islam 161211 Islam et Violence 2 Extrait 4

À la question « Y a-t-il un message violent intrinsèque à la révélation coranique ? », l’intervenant apporte une réponse qui illustre remarquablement l’embarras profond des islamologues « modérés » : « Il faut faire preuve de beaucoup de prudence lorsqu’on aborde cette question qui est vertigineuse. » Pourquoi le terme « vertigineux » est-il particulièrement bien choisi ? Parce qu’il figure le vertige qu’on peut éprouver face à l’abîme lorsque le sol se dérobe sous les pieds : c’est la situation dans laquelle se trouve l’islam en Occident : s’il reconnaît sa violence intrinsèque, ce qui revient à avouer son caractère foncièrement politique et non spirituel, il bascule dans l’abîme et risque de disparaître en Occident.

Les islamologues occidentaux sont en réalité désemparés face aux mouvements fondamentalistes, et en particulier face à l’État Islamique – qui fournit une documentation doctrinale abondante et de qualité au regard de la réalité de l’islam de Mahomet –, et sont plongés dans un abîme de perplexité car les mouvements fondamentalistes, qui, eux, assument pleinement la violence de l’islam de Mahomet dans la perspective d’un monde conquis en totalité par l’islam, opposent aux islamologues occidentaux leur incohérence doctrinale : car les textes doctrinaux violents existent bel et bien comme doit le reconnaître avec retenue mais clairement l’intervenant sur le plateau de l’émission « Islam » :

« On peut trouver des ressources normatives non seulement dans les textes religieux fondateurs, que ce soit le texte coranique ou les traditions attribuées au prophète de l’islam, mais aussi dans des gloses ou des commentaires qui datent de l’époque médiévale, une base normative qui peut entretenir une certaine vision du monde violente. »

Au terme de cette analyse en quelques articles, que peut-on conclure après avoir écouté ces intervenants ? Cela paraît assez clair : 1) la violence doctrinale de l’islam des origines existe indubitablement ; 2) il est donc impossible de dédouaner l’islam de sa responsabilité ; 3) les islamologues occidentaux sont incapables de revenir sur la violence en islam sans attaquer les fondements de l’islam ; 4) pire que cela, ils semblent perdus et désemparés.

 

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (4) La violence est intrinsèque à l’homme

  • Problématique

La violence des fondements de l’islam étant incontournable, Mahomet en ayant fait un usage fréquent – voire systématique – pour se débarrasser de ses ennemis, les islamologues s’épuisent à tenter de la justifier afin de résoudre la contradiction soulevée avec la prétention de l’islam à être une religion d’amour et de paix. Les arguments tombant les uns après les autres, vient alors celui, pseudo-psychanalytique, du caractère inéluctable de la violence en toute chose humaine.

  • Argument : la violence est innée à la chose humaine

Ainsi, selon un islamologue présent sur le plateau de France 2 : « Toute fondation passe par la violence » ; « La violence au fondement, elle est là, elle est présente » ; « La violence au fondement, elle existe toujours ».

France 2 Islam 161204 Islam & Violence 1 Extrait 6

Il est assez étonnant de voir cet islamologue ne faire aucune distinction entre le politique et le religieux dans son analyse : cela étant, Mahomet ayant fait de la politique en s’appuyant sur un prétexte religieux, on comprend mieux pourquoi. En politique internationale, s’agissant le plus souvent de lutte de pouvoirs à des fins de domination, la violence est effectivement souvent de mise. Mais pourquoi considérer qu’il en est de même avec la religion ?

Quant au propos : « Il faut distinguer entre l’islam et les musulmans. Ce sont deux ordres de réalité très différents. », il est absolument stupéfiant. En gros : l’islam est une religion d’amour et de paix et n’est pas responsable de tous les actes de violence que les musulmans commettent en son nom, alors même qu’ils revendiquent eux-mêmes mettre en application les textes sacrés de l’islam !

  • Argument : au regard de la violence religieuse, l’islam n’est pas un cas particulier

Laissons déjà de côté le bouddhisme, religion dont la doctrine pacifique par excellence fait déjà mentir ceux qui prétendent que la violence serait consubstantielle à la religion, et concentrons-nous sur les deux autres religions monothéistes.

Au-delà du caractère conjoncturel de la violence (« La violence est toujours conjoncturelle et relationnelle »), ce qui ne veut pas dire grand-chose, l’intervenant affirme : « Il n’y a pas de spécificité islamique en matière de violence ou de toute autre chose. Cette violence est contenue également dans les textes fondateurs du judaïsme comme du christianisme. »

France 2 Islam 161204 Islam & Violence 1 Extrait 7

S’il y a une violence dans l’Ancien Testament liée aux fondements du judaïsme, il s’agit soit d’une violence historique, soit d’une violence symbolique. Depuis 2000 ans, on n’a guère vu de juifs faire la guerre à d’autres peuples en brandissant la Torah ! Alors que le terrorisme musulman se déploie encore aujourd’hui au nom d’« Allah Akbar ».

Quant au propos sur le christianisme, c’est tout simplement un MENSONGE. Les fondements du christianisme ne contiennent aucune violence, bien au contraire : le Christ n’a jamais édifié une armée ; il a refusé qu’on le défende ; il s’est laissé crucifier. Jamais aucune violence n’est prônée sur terre et la violence de certaines paraboles figurant l’au-delà ou le jugement dernier est purement symbolique. Que les chrétiens se soient ensuite dans le cours de l’histoire éloignés de la doctrine pacifique du Christ jusqu’à parfois faire le contraire est une déviance politique qui n’a aucune justification dans les Évangiles.

Il faut donc le marteler : il y a bien une spécificité musulmane dans le rapport à la violence, violence qui s’étale dans une multitude de versets du Coran, de hadiths et de passages de la biographie de Mahomet. La violence et le terrorisme musulman que nous connaissons aujourd’hui ne sont pas un hasard.

  • Conclusion

La violence en islam ne serait pas une spécificité ? Magnifique illustration du pur déni de réalité.

Cette affirmation est tellement mensongère qu’un des intervenants constate implicitement avec embarras qu’il est bien incapable d’expliquer la violence musulmane sans remettre en cause la doctrine même de l’islam puisque toutes les explications qui tentent d’exonérer la doctrine ne donnent rien. Comme il dit : « Il faut interroger les causes »… Sans compter que l’omniprésence de la violence au sein même du monde musulman entre communautés qui se haïssent parfois depuis des siècles est la preuve flagrante de la présence de la violence dans les racines mêmes de l’islam.

France 2 Islam 161204 Islam & Violence 1 Extrait 8

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (3) Le Coran ne veut rien dire sans « contextualisation »

  • Problématique

S’il est bien une idée reçue irrationnelle ancrée chez beaucoup de nos concitoyens, c’est que, malgré le caractère définitif et divin du message de l’islam, ce message serait à « contextualiser », c’est-à-dire à replacer dans le contexte de l’Arabie du VIIème siècle ; bref, un message universel et définitif dépendant du contexte arabe bédouin. Allah, contraint par les mœurs des bédouins arabes du VIIème siècle… Cette idée saugrenue, pourtant naturellement admise par des personnes apparemment sensées – y compris par celles qui ne connaissent rien à l’islam –, est entretenue dans l’esprit public par les islamologues de façon constante pour tenter de désamorcer toute polémique relative à la violence de Mahomet.

Ainsi que l’explique l’intervenant de l’émission de France 2 « Islam » du 4 décembre 2016, « Il faut contextualiser la naissance de cette religion [l’islam] au VIIème siècle ». Je laisse par ailleurs de côté l’affirmation, dénuée de tout fondement comme le montre tout simplement la lecture de la biographie de Mahomet qui regorge d’actes de violence, que « La violence qu’on trouve dans le texte coranique est inversement proportionnelle à la réalité de la violence qui se déploie dans la réalité ».

France 2 Islam 161204 Islam & Violence 1 Extrait 3

  • Argument : un texte religieux musulman ne veut rien dire en soi

France 2 Islam 161204 Islam & Violence 1 Extrait 4

S’il peut parfois y avoir plusieurs compréhensions possibles d’un texte, le vocabulaire disponible ne reflétant pas toujours l’exact contenu de la pensée de l’auteur (pour autant que celle-ci soit claire) et le lecteur ayant lui-même ses propres biais de compréhension, il ne faut pas généraliser abusivement cette situation. C’est pourtant ce que font les islamologues avec les textes religieux musulmans, ceci jusqu’à l’absurdité : « Il n’y a pas une seule lecture du texte. Il y a une multiplicité de lectures qui sont fonction des individus, des époques, et de l’idéologie dans laquelle ils peuvent se reconnaître. » Si une telle diversité de lectures est avérée, une conclusion s’impose : le texte n’est pas clair ou ne veut rien dire. Comme il s’agit d’un texte humain, cela n’a en réalité rien de très étonnant.

  • Entre La Mecque et Médine, Mahomet a changé son fusil d’épaule par opportunisme politique

Le message prétendument divin serait donc fluctuant en fonction des circonstances. Si nous revenons sur terre, il est facile de comprendre que tout cela est ridicule et que les atermoiements, les contradictions, les revirements de Mahomet ne sont que la conséquence de son opportunisme politique.

Il est rarissime d’entendre un islamologue le reconnaître de façon claire, presque par inadvertance, car l’opportunisme politique n’est guère conciliable avec une prétendue mission divine. Mais c’est pourtant ce qui est arrivé dans l’émission de France 2 « Islam » en ce début décembre 2016, sans que sans doute l’intervenant ne prenne totalement conscience de toute la portée de ses propos et du malaise qu’ils créent au regard du discours lénifiant habituellement en usage. Je suis d’ailleurs étonné que ces propos n’aient pas été coupés au montage, cette émission ayant semble-t-il fait l’objet d’un montage assez compliqué si l’on en juge par les raccords qu’on peut voir si l’on visionne l’émission in extenso.

En effet, parmi les éléments de contextualisation régulièrement évoqués figure en bonne place et à juste titre l’évolution du message de Mahomet entre La Mecque (prédication de 610 à 622) et Médine (de 622 à 632 : la guerre religieuse, c’est-à-dire le « jihad »). Mais alors qu’est invoquée habituellement la traditionnelle légitime défense face à une population devenue ennemie puisqu’elle refuse de se convertir à la nouvelle religion de Mahomet et de reconnaître en lui son chef, l’intervenant fait état, de surcroît sur la base d’une observation « très facile »  ce qui est effectivement le cas –, de motivations beaucoup plus terre-à-terre et au demeurant beaucoup plus naturelles et logiques :

« On remarque que, concernant la période mecquoise, il y a beaucoup plus de versets qui mettent en avant la paix, le pacifisme, la miséricorde, mais qui est explicable conjoncturellement : comme il s’agit d’une communauté minoritaire persécutée, il est préférable pour elle d’appeler à la paix et à la miséricorde. S’agissant de la période médinoise, les versets sont beaucoup plus belligènes. Plus on a une communauté minoritaire, plus les appels à la paix sont nombreux et plus elle devient hégémonique et plus la tentation hégémonique et violente croît. »

France 2 Islam 161204 Islam & Violence 1 Extrait 5

  • Conclusion

Au-delà de l’argument de la prétendue persécution, dont (cf. mes autres articles sur ce site) on ne retrouve guère de traces dans les textes musulmans eux-mêmes (sauf à considérer que la persécution commence dès lors qu’on critique ou qu’on se moque simplement de Mahomet et de sa doctrine), le commentaire de l’intervenant est particulièrement instructif : la communauté musulmane était opportuniste et n’a pas adopté du tout le même comportement étant minoritaire (à La Mecque) ou voyant son influence se renforcer (à Médine) : sa violence s’est exprimée d’autant plus fortement que son importance relative a crû. Qu’ajouter de plus ? Mahomet et la communauté des origines étant des modèles pour tous les musulmans, à bon entendeur…

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (2) Mahomet était schizophrène

  • Problématique

La présence irréfutable de la violence dans la conquête du pouvoir par Mahomet est d’une évidence telle dans les textes sacrés de l’islam que le déni de réalité, possible face à un interlocuteur ignorant, devient intenable face à quelqu’un qui a pris la peine de lire ces textes. Face à ce constat, les islamologues musulmans ont développé une théorie invraisemblable et dont l’absurdité ne semble même plus les étonner eux-mêmes, que j’appelle la théorie du Mahomet schizophrène.

  • Argument : Mahomet était schizophrène

Selon cette théorie, Mahomet serait en réalité composé de deux personnes, sorte de docteur Jekyll et mister Hyde, conception qui a le grand avantage d’autoriser la dichotomie de la responsabilité morale : le Mahomet « gentil », apôtre de paix, et le Mahomet « violent », chef de guerre sanguinaire d’une fédération de tribus arabes. Ainsi, seul le Mahomet « gentil » serait le vrai Mahomet, le Mahomet « violent » n’étant que la conséquence de la nécessité d’être le chef d’un État naissant. Cette thèse récurrente est bien résumée dans l’émission France 2 Islam du 4 décembre 2016 :

France 2 Islam 161204 Islam et Violence 1 Extrait 2

Ainsi, l’intervenant dit : « Je distingue entre le prophète qui inspirait, qui va parler au nom de Dieu, à partir de Dieu – ça, c’est une chose – et celui qui va être un chef, un fondateur d’une cité et qui va se heurter à des ennemis et qui va les combattre. » Il faut bien comprendre que cet argument est totalement absurde : c’est comme si on disait qu’Hitler était un brave homme et que seule une malheureuse obsession – dont il ne serait pas responsable – l’a conduit à exterminer quelques millions de personnes ; car, remarquons-le bien, tout autant que Mahomet, Hitler pensait être guidé par une influence divine.

Or il faut bien comprendre que cet argument, qui va notamment venir alimenter toute la thèse de la « contextualisation », est absolument FONDAMENTAL pour la survie de l’idéologie musulmane, car c’est le seul rempart, face à la clarté des textes musulmans, qui empêche la déconstruction inéluctable de l’islam. Sans cet argument, les contradictions aveuglantes entre la prétention à la spiritualité (d’amour et de paix) et les faits « historiques » violents (tels que les textes musulmans eux-mêmes les relatent) font voler en éclat la prétention de l’islam à se hisser du rang d’idéologie de pouvoir guerrière comme l’histoire en a beaucoup connu à celui de véritable spiritualité.

Alors, effectivement, la contradiction qui vient immédiatement en tête est celle liée aux exemples de Bouddha, Jésus ou Gandhi : eux ont toujours prêché la non-violence. Pourquoi eux l’ont fait et pas Mahomet ? Réponse stupéfiante de l’intervenant, mais représentative de l’argumentaire traditionnel de l’islam quand il est acculé dans sa propre impasse : ce n’est pas le même cas ! : « Alors bien sûr il existe aussi des prophètes qui sont seulement des prophètes, et que des prophètes, et là, ils n’ont que le maniement de la parole. Mais là nous sommes dans un cas où il y a à la fois le prophète et le législateur etc. Et donc ces deux fonctions, ce sont des fonctions qui vont se mêler et donner lieu en effet à des moments de violence qu’il faut reconnaître et qu’il faut contextualiser. »

  • Conclusion

En réalité, il faut bien comprendre que dans la bouche de l’islam, « contextualiser » veut dire « excuser la violence » via une rationalisation qui transforme la violence (indubitable) en nécessité.

Pourtant, la solution à tout cet imbroglio est beaucoup plus simple : Mahomet, qui était probablement un « illuminé » (Le Robert : « esprit chimérique qui ne doute pas de ses inspirations »), a conquis le pouvoir par la guerre sous couvert de spiritualité en copiant la religion juive (car il est bien difficile de distinguer ce que l’islam apporte de réellement nouveau au judaïsme d’un point de vue religieux).

La violence de l’islam expliquée à la télévision française : (1) Une violence « normale » car les mœurs l’Arabie du VIIème siècle étaient violentes ?

À l’heure où un nouvel attentat revendiqué par l’État Islamique vient d’endeuiller l’Allemagne, il est intéressant de revenir au travers de quelques articles sur l’émission (en 2 volets) de France 2 « Islam » consacrée aux rapports de l’islam avec la violence et qui vient, curieuse coïncidence, d’être diffusée les dimanches 4 et 11 décembre 2016.

  • Préambule : petit rappel

S’agissant du terrorisme musulman vis-à-vis des sociétés non-musulmanes, je rappelle, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’indiquer dans l’article consacré à l’attentat de Nice (http://islametoccident.fr/?p=3043), qu’il trouve ses racines dans le Coran puisqu’il s’agit dans la doctrine de l’islam pour Allah de jeter « l’effroi », donc d’« effrayer » les non-musulmans par la terreur non seulement de l’au-delà mais aussi ici-bas par l’entremise des musulmans (d’où les appels au jihad, au martyre, le massacre des juifs Banû Quraydha de Médine, etc.). Rappelons en effet quelques versets :

Sourate 3, verset 151. Nous jetterons l’effroi dans les cœurs des mécréants (…)

Sourate 8, verset 12. Rappelez-vous quand ton Seigneur inspirait les anges en leur disant : « Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez leurs cous ; frappez-les sur les doigts. »

Verset 59, verset 2. C’est Lui [Allah] qui a expulsé de leurs maisons, ceux des gens du Livre qui ne croyaient pas, en prélude à leur rassemblement [pour le jugement dernier]. Vous [croyants] ne pensiez pas qu’ils partiraient et ils pensaient que leurs fortins les défendraient contre Allah. Mais Allah est venu à eux par où ils ne s’attendaient point et a jeté l’effroi dans leurs cœurs. Ils démolirent leurs maisons de leurs propres mains avec l’aide des croyants. Tirez-en une leçon, ô vous êtes doués d’intelligence.

L’État Islamique connaît très bien ces textes (et d’autres sur le même thème, par exemple la multitude de textes sur le martyre), qui embarrassent tellement l’islam « modéré », et ne manque pas de les citer abondamment. Face à cela, on attend toujours aujourd’hui le contre argumentaire des représentants de l’islam de France. C’est sans doute la raison pour laquelle un des intervenants de l’émission de France 2 citée ci-dessus éprouve une telle difficulté à définir et à expliquer ce qu’est la fameuse « radicalisation », et à imaginer comment « déradicaliser », car c’est imaginer un autre sens au Coran que celui qui s’impose à tout lecteur un tant soit peu de bonne foi.

France 2 Islam 161211 Islam et Violence 2 Extrait 1

Quant au procédé consistant à utiliser des engins mobiles, l’État Islamique, comme les autres mouvements fondamentalistes, a depuis longtemps capté la symbolique « effrayante » des moyens mobiles modernes et donc leur efficacité comparativement aux moyens disponibles à l’époque de Mahomet : ce genre d’attaque n’est pas une nouveauté puisque le procédé est décrit précisément dans la propagande de ces mouvements : Al Qaïda en 2010 et encore récemment l’État Islamique dans sa revue « Rumiyah » d’octobre 2016, toutes choses qui sont à la portée du public sur internet et pas seulement à celle des « spécialistes » gouvernementaux ou des universitaires.

Le plus accablant dans tout cela pour les autorités face à cette épouvantable et injustifiable violence, comme l’a rappelé le criminologue Alain Bauer dans une enceinte militaire mi 2016, est surtout que les mouvements terroristes ont beau écrire ce qu’ils vont faire et comment ils vont s’y prendre, ils ne sont pas toujours pris au sérieux.

Aussi pour les lecteurs qui veulent sortir des sentiers battus et rebattus par le politiquement correct et qui veulent vraiment tenter de mieux comprendre l’origine doctrinale de la terreur en islam et son rapport avec celle mise en œuvre par l’État Islamique, ils peuvent se reporter à mon ouvrage « Les sources doctrinales de l’État Islamique » (2 tomes de 40 pages) publié aux éditions UPPR sous format e-book en début d’année 2016 (prochainement édité en format papier).

Mais revenons maintenant dans ce premier article au premier des arguments présentés pour tenter de dissiper chez les non-musulmans le sentiment que l’islam serait une religion violente encore aujourd’hui et que « ce n’est pas cela l’islam, selon la formule consacrée ».

  • 1er argument : il est « normal » que l’islam contienne une certaine violence en raison des mœurs de l’Arabie du VIIème siècle

Selon ce premier argument, la violence serait d’une certaine façon « naturelle » et donc excusable en islam car l’islam est né dans un milieu imprégné par la violence des traditions tribales de la péninsule arabique du VIIème siècle. Comme le dit très simplement le reportage : « La violence est dans les us et coutumes de l’époque ».

France 2 Islam 161204 Islam et Violence 1 Extrait 1

À cela, on peut faire plusieurs remarques :

1) Si – laissons-nous déraisonner un instant et verser dans le monde de l’imaginaire – c’est bien Allah qui a transmis son message par la bouche de Mahomet, pourquoi Allah se sent-il lié aux coutumes tribales de l’Arabie du VIIème siècle ? A-t-il peur des hommes ? N’est-il pas censé délivrer un message universel d’amour et de paix comme nouveau guide pour les hommes ?

2) Si on met de côté la chimère d’Allah, à quoi sert d’être « prophète » si ce n’est que pour prendre acte de la brutalité des mœurs du temps sans tenter de la réformer et donc ne pas donner un autre exemple ?

3) Les mœurs dans l’antiquité romaine n’étaient guère moins brutales. Pourquoi Jésus a-t-il, lui, conservé une attitude totalement pacifique, refusant que ses partisans le défendent et jusqu’au point d’accepter de se faire crucifier ? Gandhi a-t-il eu recours à la violence ?

Quant à l’argument : « Dans une économie de survie, tuer n’a pas de sens car la perte d’un membre du groupe est une mise en danger de la tribu. », il me paraît assez incompréhensible. Il ne s’agit pas de tuer les siens mais de tuer les ennemis des autres tribus.

Enfin, conclure par : « Ainsi, la paix est la règle et la guerre l’exception. », c’est juste ignorer la pratique de Mahomet qui ne s’est pas privé de faire la guerre et de tuer, voire de massacrer, ceux qu’il considérait être ses ennemis. Voici juste pour rappel un extrait de la table des matières de la biographie de Mahomet (Sîra) à l’époque de Médine que n’importe qui peut consulter dans une bonne librairie :

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (10) Le Coran créé ou incréé : un débat profond, mais qui paraît tout aussi incompréhensible et byzantin que celui de l’abrogation

  • Problématique

Si le contenu de la « théologie » musulmane semble pauvre au point que Tariq Ramadan va jusqu’à écrire « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur », il est néanmoins un débat doctrinal qui a marqué l’histoire de l’islam, à savoir le fait de déterminer si le Coran est un texte créé ou incréé.

La nature de cette question peut laisser perplexe les esprits raisonnables : il s’agit en effet, semble-t-il, de déterminer si le texte du Coran faisant l’objet de la révélation a existé de tout temps auprès d’Allah (préservé sur une tablette), ou s’il a été créé à l’occasion de la révélation. À première vue, cette question est assez peu compréhensible : à supposer que « incréé » veuille dire « éternel depuis le commencement des temps » (s’il y a eu un commencement…), qu’est-ce que cela changerait par rapport à une création intervenue à une époque historiquement datée puisque, dans les deux cas, c’est la volonté d’Allah qui s’exprime ? Or on n’imagine pas qu’Allah change d’avis comme les hommes, ces créatures versatiles. Et puis on peut se demander alors qui a écrit le texte du Coran sur la tablette.

Pourtant, les grands esprits musulmans ont beaucoup glosé sur cette question, rejoignant en cela les plus grandes extravagances des casuistes juifs ou chrétiens, mais avec des conséquences intéressantes en matière de signification du texte coranique même si le raisonnement peut paraître assez alambiqué et surréaliste.

  • Perspective historique

La question créé/incréé a en effet divisé l’islam dans les premiers siècles après la mort de Mahomet en deux courants opposés, le mutazilisme et l’asharisme, qui se sont déchirés sur les principes d’interprétation du texte coranique.

L’analyse de Michel Onfray est la suivante : « Tout commence avec un problème qui a donné lieu, dans la philosophie musulmane, à d’abondants débats : le Coran a-t-il été créé (thèse mutazilite) ou incréé (thèse asharite) ? Tout découle de la réponse qu’on donne à cette question. Si le Coran a été créé, il l’a été par des hommes qui, même inspirés par Dieu, ont pu se tromper car l’erreur est humaine. S’il ne l’a pas été, c’est qu’il est directement la parole de Dieu ; dès lors, il est vérité absolue et chaque virgule est volonté de Dieu. »

Cette analyse est erronée car dans tous les cas le statut de parole d’Allah n’est pas remis en cause et donc il ne peut pas y avoir d’erreur. La notion d’erreur est par nature impensable s’agissant de la parole d’Allah. Ce qui peut être discuté en revanche est la signification qu’en donnent les hommes en utilisant le seul outil dont ils se trouvent dotés : la raison.

Cuypers & Gobillot écrivent à ce propos : « Avec le mutazilisme, aux VIIIème-IXème siècles, fut franchi un pas important vers une approche critique du Coran, en faisant de la raison le critère ultime de vérité, en théologie comme en exégèse. Cette période fut agitée par un débat théologique crucial : le Coran est-il créé ou incréé ? Optant pour la première solution, les mutazilites libérèrent du même coup la réflexion rationnelle sur le Coran, notamment pour résoudre ses contradictions apparentes sur la prédestination et le libre arbitre, ainsi que les anthropomorphismes. Un court moment triomphant sous le calife al-Mamûn (mort en 833) et ses deux successeurs immédiats, al-Mutasim et al-Wathiq, qui l’imposèrent comme doctrine officielle, le mutazilisme se vit radicalement banni sous le calife al-Mutawakkil (mort en 861), en faveur de la doctrine dite de la Sunna. Ses idées survécurent cependant dans le chiisme imamite et dans le zaydisme, au Yémen, où l’on retrouva, dans les années 1950, nombre d’ouvrage mutazilites que l’on croyait disparus. Le bannissement du mutazilisme de l’enseignement officiel et sa progressive extinction dans l’islam sunnite représentent, aux yeux de beaucoup d’intellectuels musulmans d’aujourd’hui, une catastrophe culturelle aux conséquences incalculables. »

  • Le mutazilisme : pour aller plus loin dans la compréhension

Les lecteurs peuvent s’ils le souhaitent sauter cette section assez « technique » et relative à la nature du mutazilisme, même si elle me semble offrir une compréhension particulièrement claire de ce courant religieux. Je ne fais que reprendre ici les explications fournies dans le livre passionnant de Sylvain Gougenheim « Aristote au mont saint Michel » (Éd. Seuil), consacrée aux racines grecques de l’Europe chrétienne, et qu’on ne peut que recommander à tous de lire.

« Le mouvement des « mu’tazila » apparaît au début du VIIème siècle de notre ère, sous les Umayyades et s’épanouit sous la califat d’Al-Mamûn, devenant même religion officielle en 827. Il le demeura sous ses deux successeurs (…). L’épisode mu’tazilite fut toutefois de courte durée. (…) Aux Xème et XIème siècles, le mu’tazilisme retrouva un second souffle, sous la protection des émirs chiites Bouyides. C’est alors que vécut et enseigna le dernier de leurs théologiens, Abd-al-Jabbar. (…)

Le terme de « mu’tazila » dérive du terme « it’azala » qui signifie « mettre côté, s’éloigner ». (…) Au fondement du mouvement mu’tazilite s’inscrit une revendication de stricte orthodoxie islamique. Leurs adversaires sunnites ont déformé le sens du terme en proclamant que la mu’tazila consistait à se séparer non du faux, mais de l’orthodoxie : les mu’tazilites passaient ainsi pour des hérétiques. (…)

Les mu’tazilites se revendiquaient comme de parfaits monothéistes : la croyance en l’unicité de Dieu est au cœur de leur démarche, ce qui les conduit à refuser toute ressemblance entre le divin et l’homme et, par conséquent, à les dissocier totalement. Ils acceptent donc l’idée de libre arbitre. L’homme est créateur, et ainsi, responsable de ses propres actes : tel l’a voulu Dieu. (…)

La position la plus radicale divine, celle des mu’tazilites, consistait à rejeter l’idée d’un Coran incréé. Cette croyance reposait pourtant sur les versets du Coran proclamant que, aux côtés d’Allah, trônait la « Mère du Livre », dont le contenu, révélé par l’archange Gabriel à Mahomet, fut mis par écrit dans le Coran. Les mu’tazilites y voyaient le risque du grave péché d’associationnisme : admettre l’existence de la Mère du Livre ne revenait-il pas à poser l’existence d’une deuxième Dieu ? (…) L’unicité absolue d’un Dieu purifié de toute association extérieure amène à refuser l’éternité au Coran, par crainte de donner à la parole de Dieu une éternité qui n’appartient qu’à ce dernier – on retrouve là un débat classique du « kâlam ». Le Coran est « la parole de Dieu et sa révélation ; il est engendré et créé ». Cette conception conduit aussi les mu’tazilites à dénier tout attribut à Allah, y compris les célèbres « quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu » qui leur paraissent autant de concessions à l’idolâtrie. 

Contrairement à ce qui est parfois affirmé, le mu’tazilisme ne semble guère avoir été influencé par la philosophie grecque. (…) Il apparaît au début du VIIIème siècle, donc avant les traductions effectuées par les Syriaques [traducteurs chrétiens d’Orient, le plus célèbre étant Hunayn Ibn Ishaq (803-873)]. (…) Ils accordent toutefois une place importante à la raison : cette faculté est à leurs yeux la seule qui permette à l’homme d’exercer son libre arbitre, de discerner le bien du mal et, finalement, de connaître Dieu. (…)

La raison apparaît au service de la révélation coranique, qui est révélation d’une vérité naturelle et intemporelle. Si la raison contredit le Coran, elle sort de la nature, du domaine du libre arbitre et de la responsabilité, elle quitte le monde de la morale ; elle devient déraisonnable, et s’autodétruit. Par conséquent la raison n’est elle-même qu’en étant fidèle à la révélation. (…)

On comprend donc que les mu’tazilites ne s’opposèrent pas au dogme d’un Coran incréé par réaction rationaliste, au sens occidental du terme, mais par piété. On se tromperait en voyant en eux des théologiens « thomistes » avant la lettre, des annonciateurs du rationalisme cartésien, voire des libres penseurs. Eux-mêmes se voulurent toujours parfaitement fidèles à la lettre du Coran. »

  • La position de bon sens de Tareq Oubrou

La position de Tareq Oubrou paraîtra de bon sens à un grand nombre de lecteurs raisonnables, mais paraîtra peut-être simpliste pour les experts de l’islam car elle fait fi de la complexité dogmatique de tous les débats antérieurs, à savoir : il n’y a probablement pas grand-chose de déterminant dans ce débat pour l’homme de la rue. Inutile de trop s’y attarder.

Tareq Oubrou écrit en effet : « Tous les théologiens admettent que le Coran vient de Dieu, abstraction faite des modalités métaphysiques de la révélation, qui diffèrent selon les doctrines. Aussi, historiquement, le fait d’adhérer au dogme du Coran incréé ou à celui du Coran créé n’a eu aucune incidence particulière sur l’interprétation qui en était faite. »

  • Le lien avec la question de l’abrogation

Si ce débat peut paraître ainsi fondamentalement assez abscons, il est intéressant de noter qu’il s’insère dans une problématique plus large sur l’intemporalité de la volonté divine, avec un lien direct touchant à une autre question également assez obscure soulevée par l’islam : la question de l’abrogation (puisque le Coran précise clairement qu’Allah peut abroger des versets pour les remplacer par d’autres). La grande question est alors en effet : Allah a-t-il changé d’avis ? Et si le Coran est incréé, faut-il en conclure que les contradictions du texte coranique – correspondant aux changements d’avis d’Allah – étaient prévues de toute éternité dans ce texte ? Délires insondables de la raison humaine…

Dans le dictionnaire encyclopédique du Coran publié sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi, on lit à propos de cette question vertigineuse : « La possibilité même de l’abrogation ne va pas sans poser un problème critique de nature théologique au sein de la doctrine la plus répandue en islam sunnite. Dans le cadre du mutazilisme, qui est une doctrine minoritaire, ce problème n’existe pas. Pour les mutazilites, le principe qui est au fondement de l’institution de la chari’a est « l’intérêt de la création » et, dans cette perspective, l’idée que les choses de la Loi révélée puissent fluctuer est naturelle. (…) Selon le courant théologique majoritaire en islam sunnite, l’ash’arisme, l’idée qu’un changement puisse affecter la loi révélée dans le Coran est immédiatement problématique parce que, dans cette perspective, ce dernier rend compte de la volonté divine en son ultime version et cette volonté est conçue comme souveraine – elle dit ce qu’est le bien et le mal en la version définitive de ces notions –, immuable et non inscrite dans le temps (le Coran, en islam, est considéré comme la dernière des révélations et clôt le cycle de la révélation). Ici, la volonté divine est difficilement conciliable avec les intérêts changeant de la création, ou, plus simplement, avec le changement en tant que tel. (…) Le changement, diront les savants sunnites, a été prévu par Dieu de toute éternité. Il a dès le départ prévu qu’il abrogerait tel de ses commandements à la faveur d’un autre. Cette explication toutefois est bâtarde et ne peut satisfaire personne. Des savants ash’arites, Ibn Barhân par exemple, ont clairement exprimé leur désarroi face à la question de l’abrogation : si le Coran est transhistorique, s’il est, comme Dieu, incréé, il est foncièrement impossible de se représenter qu’il soit changeant. »

Toutes ces questions ne peuvent pas avoir de réponse puisque tous les plus extravagants raisonnements philosophico-religieux sont possibles. Surtout, quel peut bien être l’intérêt de se poser de telles questions, aussi ésotériques ?

  • Conclusion

La réflexion autour de questions comme le créé/incréé ou l’abrogation sont à l’origine de disputes sur le caractère interprétable du Coran qui ont marqué durablement l’islam et ont abouti à des « clôtures dogmatiques » selon la terminologie de Mohammed Arkoun.

Ces discussions byzantines sont aujourd’hui à la source d’un immense paradoxe : au moment où certains musulmans voudraient relativiser le sens et la portée du Coran pour proposer un modèle de société moderne qui sorte le monde musulman de l’obscurantisme, une immense vague d’orthodoxie religieuse (financée par le pétrole) s’est emparée au XXème siècle et encore plus vigoureusement qu’auparavant de ce monde musulman, faisant du Coran un texte « intouchable » dont le caractère sacré interdit toute évolution, relativisation ou simple critique.

Toutes les incohérences, contradictions et anachronismes du Coran apparaissent ainsi de plus en plus au grand jour du fait notamment de la vulgarisation de la connaissance permise par la puissance des outils de communication modernes, mais outils qui sont également utilisés par d’autres pour raviver la flamme du fanatisme identitaire dans le cœur de tous ceux qui ne supportent pas les « affronts » faits à la sacralité des textes de l’islam, pourtant production humaine comme les autres, et auxquels ils cherchent à mettre un terme par la force et la violence.