C.C.I.F. : Objectif islamisation

  • Problématique

Chacun sait qu’en France un certain nombre d’organisations scrutent les médias et la presse afin de poursuivre en justice quiconque critique un peu trop directement l’islam au prétexte de l’incitation à la discrimination et à la haine vis-à-vis de la communauté musulmane. Parmi celles-ci, le Collectif Contre l’Islamophobie en France (C.C.I.F.) est une des plus en pointe. Il est donc intéressant de rappeler quelle est la position de son directeur exécutif, Marwan Mohammed.

  • Le projet du C.C.I.F. pour la France

La position de Marwan Mohammed a toujours été claire : il veut que la France devienne musulmane. Il déclarait il y a quelques années dans une mosquée : « Qui a le droit de dire que la France dans trente ou quarante ans ne sera pas un pays musulman ? Qui a le droit ? Personne dans ce pays n’a le droit de nous enlever ça. Personne n’a le droit de nous nier cet espoir-là. De nous nier le droit d’espérer dans une société globale fidèle à l’islam. Personne n’a le droit dans ce pays de définir pour nous ce qu’est l’identité française. » Ce propos, cité par Natacha Polony à la télévision n’a jamais été démenti (la vidéo ayant été retiré des réseaux sociaux).

Tout cela n’a absolument rien de surprenant puisque Marwan Mohammed ne fait que suivre la droite ligne de l’islam.

Marwan Mohammed Meilleure communaute

Marwan Mohammed ne fait en effet que citer le Coran :

Coran, Sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. (…)

Coran, sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

Pour Marwan Mohammed donc, les musulmans sont « les premiers de la classe », et par voie de conséquence on peut en déduire qu’ils sont par nature supérieurs aux mécréants de tout acabit : c’est précisément d’ailleurs ce que prévoit l’islam au travers du statut de « dhimmi ». Les musulmans sont « les gérants » de la terre. Tout cela est parfaitement conforme au communautarisme prôné par le Coran.

Par ailleurs, Marwan Mohammed rappelle, et encore à juste titre, que l’islam est une religion globale, « une religion qui a vocation à régir toutes les sphères de la vie sociale » et que « de façon intrinsèque, l’islam a une portée sur tous les sujets qui régissent la vie en société ». Marwan Mohammed ne fait ainsi que confirmer l’incompatibilité fondamentale de l’islam avec l’État de droit laïc.

Marwan Mohammed Islam religion globale

  • Conclusion

Marwan Mohamed est parfaitement dans son rôle et le C.C.I.F. a ainsi pour objectif, il ne s’en cache pas, l’islamisation de la France, comme toutes les personnalités proches des mouvements fondamentalistes musulmans, ainsi Tariq Ramadan, dont l’objectif déclaré est, dans un premier temps, « l’institutionnalisation de la présence musulmane en Occident » (voir mon tout premier article : http://islametoccident.fr/?p=1).

La saisie systématique par le C.C.I.F. de la justice est une méthode de véritable guerre – nouvelle forme de jihad utilisant les armes institutionnelles de pays incapables de se défendre et qu’il retourne contre eux –, une guerre contre l’Occident chrétien dont il vise à détruire la résistance et les racines, puisqu’il nie l’existence d’une identité francaise « de souche ». L’instrumentalisation via les réseaux sociaux de certains faits divers comme l’affaire du restaurant « Le Cénacle » fait partie de cette stratégie de destruction des valeurs françaises.

Malheureusement, le C.C.I.F. trouve des alliés visiblement inconscients comme la LICRA et la Ligue des Droits de l’Homme qui ne se sont sans doute pas vraiment rendu compte que la loi de 1905 a été votée il y a plus d’un siècle et que le catholicisme n’était plus depuis longtemps l’ennemi principal. Ainsi, la L.D.H. s’oppose à la mise en place de crèches dans les mairies mais ne juge pas nécessaire d’intervenir lorsque la mairie de Paris fête en 2015 la fin du Ramadan. Lorsque la France sera soumise à la chari’a, que feront ces ligues instrumentalisées aujourd’hui par l’islam ? La question ne se pose en réalité pas car elles auront été dissoutes bien avant.

Le problème, c’est que, comme le rappelait le criminologue Alain Bauer avec les terroristes musulmans, certains ont beau expliquer à l’avance leur projet, personne ne les écoute ou ne veut les croire. Les Français auront donc ce qu’ils méritent.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (18) Le jihad est un combat défensif

  • Problématique

Le caractère offensif du jihad de Mahomet est une évidence pour toute personne qui lit la biographie de Mahomet. J’ai eu l’occasion de revenir sur ce point dans maints articles sur ce site. Voyons ce que dit Tareq Oubrou.

  • La thèse de la légitime défense

Tareq Oubrou recourt à l’argument habituel du « point de contrainte en religion » : « Une vérité n’a pas besoin d’être imposée par la violence : elle s’impose aux esprits par des arguments. (…) Une vérité coranique n’oblige d’ailleurs que celui qui en est convaincu : « Point de contrainte en religion. Le chemin juste s’est désormais distingué de celui de l’égarement. » (sourate 2, verset 256) S’il arrivait que les épées soient tirées de leur fourreau, c’était pour défendre la foi, non pour l’imposer : elle n’en a pas besoin. »

Or Tareq Oubrou oublie de mentionner que ce verset correspond précisément (il est mentionné explicitement dans la biographie de Mahomet) à la période où Mahomet tentait de rallier à lui les juifs, juifs qui lui ont finalement ri au nez. Peu de temps après, Mahomet persécutait ou massacrait les juifs de Médine… (http://islametoccident.fr/?p=723)

D’ailleurs, l’argumentation de Tareq Oubrou ne semble pas claire puisqu’il écrit également : « Il a fallu attendre la fin du XIIIème siècle et le début du XIVème, avec Ibn Taymiyya et son disciple Ibn Qayyim, pour que soit revisité le concept de djihad offensif. Ils défendaient l’idée selon laquelle les musulmans doivent combattre les non-musulmans pour leur hostilité et non leur incroyance. (…) Sur la base de cette timide avancée, un nombre croissant de savants canonistes contemporains, pourtant classiques, voire conservateurs, ont commencé à remettre en cause de manière plus tranchée l’idée de djihad militaire offensif. »

  • Conclusion

Pour en finir avec tous les discours ambigus et confus, qui instrumentalisent le mensonge par omission, je suggère d’en revenir à la position claire et intelligible de ce vénérable imam, qui exprime sans excès particulier la doctrine orthodoxe de l’islam vis-à-vis des non-musulmans – c’est-à-dire la conversion, la jizya (pour les « dhimmis ») ou la mort –, dans une forme de sermon habituelle en islam orthodoxe :

Al Aqsa 150501

Pour mémoire, l’attitude de l’islam vis-à-vis des « dhimmis » (juifs et chrétiens) est effectivement définie ainsi par le Coran :

Coran, sourate 9, verset 29. Combattez (…) ceux qui ne professent pas la religion de la vérité alors qu’ils ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation de leurs propres mains après s’être humiliés.

La Jurisprudence chaféite précise de son côté que le refus d’assujettissement au statut de « dhimmi » – citoyen de seconde classe – entraîne rupture du pacte et de facto état de guerre avec les musulmans qui autorise à tuer les juifs et les chrétiens : « Si des non-musulmans sujets de l’État Islamique [califat] refusent de se conformer aux règles de l’islam, ou de payer l’impôt sur les non-musulmans, alors l’accord avec l’État est violé (mais si seulement un parmi eux désobéit, cela le concerne seul). »

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (17) La paix en islam, une paix entre musulmans

  • Problématique

La revendication de l’islam à être une religion d’amour et de paix apparaît bien surprenante à quiconque a lu la biographie de Mahomet dont la vie est rythmée, à partir de Médine, par les razzias, guerres, assassinats individuels, persécutions ou massacre des juifs, etc.

Il est donc intéressant de faire le point sur les arguments avancés par Tareq Oubrou pour défendre contre toute évidence la thèse de la religion d’amour et de paix.

  • Une attitude de respect mais seulement vis-à-vis des coreligionnaires musulmans

La paix évoquée dans le Coran est en réalité une paix conçue comme celle qui doit régner entre musulmans.

Tareq Oubrou écrit : « La paix est plus que l’absence de guerre et de violence. C’est un état intérieur, un état d’esprit. C’est pour cette raison que le Prophète a cherché à effacer toute symbolique qui renverrait à la guerre. (…) Rappelons que la salutation dans l’islam (as-salâm alaykum) signifie : « Que la paix [de Dieu] soit sur vous ». Elle vise à permettre de faire régner la paix dans les esprits avant qu’elle s’accomplisse dans la réalité. »

Malheureusement, Tareq Oubrou omet de mentionner que la paix dont il parle n’existe qu’entre musulmans puisque, comme le précise la jurisprudence chaféite (validée par Al-Azhar), il est par exemple interdit au musulman de saluer un non-musulman par la même salutation que celle qu’il emploie à l’égard de ses coreligionnaires puisque le non-musulman, seulement toléré en terre d’islam, est un « dhimmi » au regard des textes sacrés, c’est-à-dire un citoyen de seconde zone : « Les sujets non-musulmans doivent respecter les règles islamiques qui ont trait à la sécurité et à l’indemnisation de la vie, de la réputation et de la propriété. En outre : (…) (2) Ils doivent se distinguer des musulmans par l’habillement, en portant une large ceinture (zunnar) ; (3) Ils ne sont pas salués par le « as-Salamu ‘alaykum » ; (4) Ils ne doivent pas occuper la meilleure place dans les rues ; (…). »

Tareq Oubrou précise par ailleurs : « Mais la paix n’est pas uniquement une question psychologique : c’est une action, un devoir. « Ô vous, croyants, entrez [tous] pleinement dans la paix ! » lit-on dans le Coran (sourate 2, verset 208). » Ce message de paix ne s’adresse bien qu’aux musulmans.

  • La paix au sein de la communauté musulmane de Médine

Tareq Oubrou cite également dans sa plaidoirie le souhait de Mahomet ne pas voir naître de guerres fratricides entre ses partisans (les émigrés de La Mecque d’une part, et les tribus arabes alliées de Médine non encore réellement converties d’autre part) : « On sait que le Prophète n’a pas engagé de guerre contre les hypocrites qui faisaient partie de la communauté musulmane de Médine : « Je ne voudrais pas qu’on dise que Mahomet tue les siens » (hadith Bukhari n°4905, Muslim n°2584). » Cela n’a rien d’étonnant : il ne s’agit ici que d’éviter que le clan musulman ne s’entre-déchire en raison de guerres intestines : aucun rapport donc avec une quelconque paix vis-à-vis des non-musulmans.

  • Face à l’ennemi, que faire ? jamais la paix, mais un pacte est possible

Tareq Oubrou mentionne également comme preuve de paix vis-à-vis des ennemis de l’islam (les non-musulmans) le propos suivant : « Et une invitation à la paix ne se refuse pas : « Et s’ils choisissent la paix, fais de même. », demande le Coran (sourate 8, verset 61) au Prophète. »

Mais Tareq Oubrou ne mentionne pas le contexte qui a trait à ce verset et conduit à des contre-sens ainsi que le souligne très précisément Abdurrahman Badawi (traducteur musulman de la biographie de Mahomet). Celui-ci précise en effet dans sa traduction de la Sîra ce que ce verset veut dire : « S’ils t’invitent à faire la paix sur la base de leur conversion à l’islam, alors fais la paix avec eux sous cette condition. » Il ajoute : « Cette explication est très importante : ce n’est pas la paix à tout prix, ou sans aucun prix, qu’il faut conclure avec l’ennemi. Voilà un avertissement solennel à tous ceux qui, aujourd’hui, jouent avec le sens de ce verset ! »

En réalité, pour l’islam, aucune paix définitive n’est concevable avec les non-musulmans : l’islam n’accepte que les pactes temporaires qui n’engagent que pour une durée limitée comme le rappelle la jurisprudence chaféite : « Dans la Loi sacrée, « trêve » veut dire traité de paix avec un ennemi de l’islam, impliquant la cessation des combats pour une certaine période, avec un paiement ou toute autre chose. Le fondement scriptural de la trêve inclut les versets comme : (1) « Une immunité est accordée par Allah et son prophète aux polythéistes avec lesquels vous avez conclu un pacte (…) » (sourate 9/, verset 1) ; (2) « Et s’ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci (toi aussi) » (sourate 8, verset 61); de même que la trêve que le prophète conclut dans l’année d’Hudaybiyya, comme relaté par Bukhari et Muslim. Les trêves sont admissibles mais pas obligatoires. (…) La trêve doit servir autre chose que la simple préservation du statu quo. Dieu a dit : « Ne faiblissez donc pas et n’appelez pas à la paix alors que vous êtes les plus hauts » (sourate 47, verset 35). La motivation de la trêve peut être la faiblesse musulmane, du fait d’un manque de troupes ou de matériel, ou l’espoir que l’ennemi se convertisse (…). Si les musulmans sont faibles, une trêve peut être conclue pour 10 ans (…). Il n’est pas permis de conclure une trêve d’une durée plus longue (…). »

Ainsi, la trêve d’Hudaybiyya mentionnée par Tareq Oubrou fut la conséquence temporaire d’un rapport de force en défavorable aux musulmans et non pas l’expression d’une véritable volonté de paix : « Si la guerre fut souvent inévitable, le Prophète parvint à quelques reprises à l’éviter en recourant à la diplomatie. En témoigne le pacte de Hudaybiyya par lequel les Quraysh, en échange d’une trêve de dix ans, lui imposèrent des conditions (Bukhari n°2711-2712) qu’il accepta malgré la position de force obtenue par les musulmans grâce à leur victoire. »

En revanche, une fois conclu, et à moins d’être dénoncé par l’une ou l’autre partie, un pacte doit être respecté – c’est une question d’honneur – , quand bien même il est signé avec des non-musulmans. Ainsi Tareq Oubrou écrit : « Ces jeunes ne connaissent pas la parole du Prophète, qui dit : « Celui qui tue une personne non musulmane avec laquelle il est lié par un pacte ne sentira pas le parfum du Paradis. » (Bukhari n°3166) ». Le respect de tout pacte est en effet un élément constitutif essentiel du système tribal de l’Arabie du VIIème siècle.

Quant à l’appel à ne pas souhaiter la rencontre avec l’ennemi, Tareq Oubrou écrit : « Non seulement les textes appellent à la paix, mais ils incitent à éviter toute confrontation et tout conflit. « Ne souhaitez pas la rencontre et la confrontation avec l’ennemi. Mais si le combat vous est imposé, vous devez résister… » : ce hadith visait à apaiser le tempérament belliciste qui caractérisait les Arabes antéislamiques. » Il semble en effet que le tempérament guerrier ait pu conduire certains à se lancer tête baissée dans la bataille et sans avoir trop réfléchi. Mahomet met seulement en garde de ne pas engager une bataille sur « un coup de tête », sans avoir bien réfléchi à la meilleure tactique pour la gagner. Il suffit de lire dans le Coran la multitude des versets sur le jihad ou la glorification du martyre pour dissiper tout doute quant à la nature belliqueuse de l’islam.

  • Conclusion

Une paix définitive avec les non-musulmans est doctrinalement impensable en islam puisque ce serait abandonner une partie du monde à la mécréance et admettre qu’il existe une limite au pouvoir d’Allah.

On peut comprendre que, dans la mesure du possible, il soit envisagé de laisser d’abord au mécréant la possibilité d’entendre la parole d’Allah afin qu’il se convertisse. C’est ce que rappelle Tareq Oubrou lorsqu’il écrit : « La sourate 9, considérée comme la plus violente vu les circonstances dans lesquelles elle a été révélée, ne manque pourtant pas d’appeler le musulman à protéger un non-musulman : « Et si un associationniste te demande secours, accorde-le lui afin qu’il entende la parole de Dieu, puis fais-le parvenir dans un lieu où il trouvera sa sécurité. Car c’est un peuple qui ne sait pas. » (sourate 9, verset 6). » Mais tout cela est précisément encadré par des pactes précis et conclus dans des circonstances spécifiques :

Coran, sourate 9, verset 7. Comment existerait-il avec les associateurs un pacte admis par Allah et par Son messager autre que ceux que vous avez conclus auprès de la Mosquée sacrée ? Tant qu’ils sont droits envers vous, soyez droits envers eux. (…)

L’associationnisme (ou polythéisme) étant en islam le plus grave des péchés possibles, comment une véritable tolérance serait-elle possible, si ce n’est qu’encadrée rigoureusement par un pacte temporaire ou au travers du statut de « dhimmi » ? Tout autre cas de figure est inconcevable en islam : la tolérance au sens occidentalo-chrétienne n’existe pas en islam.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (16) La contribution de l’islam au monde moderne

  • Problématique

Parmi les débats qui suscitent des polémiques virulentes en France, surtout de la part des tenants de l’islamisation et des bien-pensants perclus de culpabilité post-colonisatrice, c’est celui du rôle de l’islam dans la construction du monde occidental. La valorisation d’un immense héritage musulman dont serait redevable l’Occident semble être devenu un instrument politique pour tenter de redonner à l’islam sa dignité perdue face à la superbe occidentale, avec une visée partisane et sans réelle considération objective pour les travaux et les faits rapportés par les plus grands spécialistes.

Je me contenterai ici de reprendre quelques-uns des propos de Tareq Oubrou figurant dans son livre à propos du monde d’aujourd’hui.

  • Islam et modernité : une absence

La position de Tareq Oubrou semble être sur la question assez claire et peu amène : « On peut dire que c’est aujourd’hui que les musulmans vivent leur Moyen Âge. Leur modernité, ils l’ont laissée derrière eux. »

Tareq Oubrou parlait déjà dans son précédent livre (Un imam en colère) du « déclin de toute une civilisation qui a raté, dès la fin du Moyen Âge, le train de la modernité » et ajoutait : « Le seul moyen de sauver l’islam, c’est de casser la vieille coquille civilisationnelle qui en étouffe l’esprit tout en précipitant son déclin. L’islam est appelé à vivre dans son époque ! Pas dans un imaginaire quelconque. »

En effet, le constat de l’absence de contribution vraiment significative du monde musulman au développement du monde moderne (mathématique, physique, chimie, biologie, médecine, électronique, télécommunications, transports, musique, peinture, etc.) depuis au moins 6 à 7 siècles est général et n’est guère contesté, même par les plus fervents islamologues.

Ainsi, Tariq Ramadan constate : « Les sociétés majoritairement musulmanes sont le plus souvent à la traîne sur le plan économique, elles ne présentent la plupart du temps aucune garantie démocratique et, quand elles sont riches, elles ne contribuent à aucun progrès intellectuel et/ou scientifique. Tout se passe comme si le monde musulman, se percevant comme dominé, n’avait pas les moyens de ses prétentions. »

De son côté, Malek Chebel écrivait : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

Enfin, Abdennour Bidar écrivait il y a quelques mois : « Qu’as-tu d’admirable aujourd’hui, mon ami [monde musulman] ? Qu’est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect et l’admiration des autres peuples et civilisations de la terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes, qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs, tes intellectuels dont les livres devraient être lus dans le monde entier (…) ? En réalité, tu es devenu si faible, si impuissant derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même… » 

Il est facile de multiplier les citations de grands spécialistes, musulmans ou non. Au-delà du constat, la question est plutôt d’expliquer pourquoi : or, sur ce point, les explications sont très parcellaires car les explications plus générales font remonter les racines de cette stérilité à la nature même de l’idéologie musulmane, démarche qu’évite la plupart des islamologues pour ne pas s’engager dans une critique trop radicale. de l’islam.

Quant à l’« âge d’or » de la civilisation musulmane situé par certains il y a 8 à 10 siècles, il convient d’en préciser les contours et l’étendue réels pour sortir des fantasmes partisans.

  • Conclusion : contribution au monde et repli identitaire

L’estime de soi, et la confiance en soi, passent par la reconnaissance de ce que chaque individu apporte au monde qui l’entoure. Il en va de même pour les peuples. Nul doute que cette composante est en toile de fond de la frustration que ressentent certaines catégories de populations immigrées vis-à-vis de l’Occident, et de la France en particulier, et ce, d’autant plus fortement que la culture musulmane ne leur permet que difficilement – quand elle ne leur interdit pas – de profiter à plein de l’héritage civilisationnel qui leur est proposé en partage.

Tariq Ramadan le reconnaît dans son appel à une « réforme radicale » de l’islam : « Nous avons maintes fois répété que la pensée islamique contemporaine (l’apparition du problème est ancienne) est traversée par la peur et la crainte de tout ce qui lui semble être imposé de/par l’extérieur, et en priorité bien sûr par la dominante “civilisation occidentale“. S’il n’est pas toujours question de rejet, on constate une constante de la suspicion et une attitude toujours défensive vis-à-vis des valeurs, des pratiques et de la culture de l’autre, dominant ou étranger. La réforme que nous appelons de nos vœux est difficile car elle exige, pour être mise en œuvre, un état de “confiance en soi“ qui justement manque cruellement aujourd’hui au cœur des sociétés musulmanes et, plus spécifiquement, parmi les savants et les intellectuels. Le monde islamique produit depuis des décennies des pensées soit sur le mode de l’imitation presqu’aveugle soit sur celui de la défensive rigide et exclusiviste… rarement de l’autonomie, de la créativité et de la contribution. »

Les racines de la frustration sont profondes car elles ne concernent pas seulement le rapport à l’Occident mais remontent à des oppositions intestines à l’islam, entre Arabes et non-Arabes. Ainsi, Tareq Oubrou écrit : « Un certain arabocentrisme et orgueil arabe a engendré chez des musulmans ethniquement non arabes, notamment persans, un racisme anti-arabe appelé « shu’ûbiyya ». Ceux-ci considèrent que les Arabes n’ont pas connu de civilisation et qu’ils sont restés, malgré l’islam, dans un état de nature, sans culture ni savoir élaboré. Ils estiment que c’est grâce à eux que la civilisation arabo-musulmane s’est développée. C’est en grande partie vrai : presque toutes les disciplines du savoir arabo-musulman, y compris la langue arabe elle-même, et jusqu’à la mystique, ont été formalisées et développées par les Persans. Les Arabes se sont contentés d’exercer le pouvoir politique. Même ce dernier a fini dans les mains des non-Arabes : les Turcs (Ottomans). »

Il serait temps que la bien-pensance européenne et surtout française s’en souvienne, ce qui lui éviterait peut-être de taxer d’islamophobie toute approche de l’islam un tant soit peu critico-historique, approche pourtant appliquée sans états d’âme dans tous les autres pans de l’histoire, de la philosophie et de la religion.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (15) La violence en islam : l’État Islamique aurait-il raison ?

  • Problématique

La question de la violence en islam est naturellement centrale pour une religion qui se présente comme une religion d’amour et de paix. J’ai eu l’occasion d’écrire à ce sujet de multiples articles disponibles sur ce site. Afin d’éviter trop de redites, je me contenterai de revenir sur quelques propos de Tareq Oubrou, celui-ci reconnaissant qu’« Il n’est pas question de chercher à esquiver le débat sur la violence dans la religion. »

  • La position de Tareq Oubrou : un écheveau confus de contradictions

Pour Tareq Oubrou, « Dire que l’islam est foncièrement violent, c’est ne rien comprendre à la génétique ni au coranique. » Sur quelle analyse se fonde cette affirmation ? On ne sait pas. C’est juste une opinion, dont Tareq Oubrou reconnaît lui-même bien vite qu’elle pose problème puisqu’il enchaîne immédiatement en écrivant : « Je concède néanmoins qu’une certaine pratique de l’islam et un certain discours tenu en son nom accréditent cette perception essentialiste. Le pire est qu’ils viennent de sommités de la pensée canonique. »

Tareq Oubrou est donc parfaitement conscient de la faiblesse de sa position : lui, modeste imam auto-proclamé de la petite ville de Bordeaux, se trouve en contradiction avec les positions de ceux qu’il reconnaît faire partie des plus éminentes personnalités religieuses du monde musulman ! Rien moins que cela… Alors qui faut-il croire ? Le conseil que je peux donner est de tout simplement aller lire soi-même la biographie de Mahomet : le doute est vite dissipé…

Cette lecture met en effet en lumière, avec une grande clarté, le caractère violent de l’islam de Mahomet à compter de Médine, qui figure à quasiment toutes les pages (occupant environ 450 pages sur 500 de la biographie). Quant à l’argument sempiternellement répété de la « contextualisation historique » qui excuserait cette violence, c’est un miroir aux alouettes auquel ne se laissent prendre que les esprits naïfs et faibles : « Il s’agit d’une interprétation humaine marquée par une histoire circonstancielle et divinisée au fil du temps. Confondant islam et ceux parmi les musulmans qui se revendiquent de cette lecture violente de l’islam, l’essentialisation devient alors automatique. »

  • L’État Islamique a raison (au regard du droit musulman « classique »)

Le plus curieux dans le discours de Tareq Oubrou est, qu’étant parti de la position initiale niant le caractère intrinsèquement violent de l’islam, son discours évolue jusqu’à conclure avec bon sens : l’État Islamique a raison ! ll est tout à fait étonnant de lire ce constat sous la plume d’un imam « modéré » : « Le paradoxe actuel est que certains oulémas condamnent l’Organisation de l’État Islamique en Irak et au Levant (Daech), laquelle ne fait qu’appliquer un droit canon classique qu’eux-mêmes dénoncent avec acharnement. Ce sont en quelque sorte des pompiers pyromanes qui squattent les universités théologiques du monde musulman – y compris la principale, celle d’Al-Azhar, au Caire – et qui paraissent donner raison à ceux qui ne font pas de différence entre islam et islamisme, islam et intolérance, islam et violence. De fait, les germes de cette pensée ne se trouvent pas dans l’islam radical et violent, mais bien dans cette vision fondamentale classique du droit canonique. »

En effet, j’ai eu l’occasion d’expliquer à maintes reprises sur ce site et au travers de mon livre « Les sources doctrinales de l’État Islamique » (http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-111-8_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-1/), que la cohérence doctrinale de l’État Islamique au regard des sources musulmanes « classiques » n’est pas fortuite. Quiconque lit la propagande de l’État Islamique s’en rend compte rapidement (l’ampleur dans l’horreur terroriste étant une autre question). Avec raison, Tareq Oubrou en vient donc à reconnaître qu’il faut poser un débat de fond au sein de l’islam : la question de fond n’est pas le terrorisme de l’État Islamique mais le contenu de la doctrine musulmane « classique » ou « orthodoxe », défendue par la plupart des pays du Golfe aujourd’hui. C’est un point absolument essentiel.

Quiconque prend conscience de l’importance de cette question comprend pourquoi l’islam dit « modéré » est incapable de produire un contre-discours sérieux face aux mouvements fondamentalistes – sauf à faire exploser l’islam au travers de l’effondrement de sa doctrine – et pourquoi parler de « méthode de déradicalisation » n’a aucun sens puisqu’il n’y a qu’une façon de se déradicaliser par rapport à une doctrine : l’abandonner, c’est-à-dire apostasier dans le cas de l’islam. J’attends le jour où le gouvernement français se donnera pour objectif l’apostasie de tous les musulmans vivant en France…

  • Conclusion : une logique de pensée particulièrement tortueuse mais qui soulève un débat de fond

Je ne chercherai pas à essayer de démêler les tenants et aboutissants du cheminement intellectuel de Tareq Oubrou, tant il est confus et contradictoire. On finit par se demander s’il est bien conscient de la portée de ses propos tant ceux-ci vont parfois à rebours de son intérêt : la défense de l’islam. Reste que cette confusion est parfois honorable puisqu’il arrive qu’elle révèle parfois une certaine forme d’honnêteté et de courage dans les débats de fond qu’elle conduit à soulever de façon incontournable.

Procès de Georges Bensoussan : « Leur objectif est d’interdire de penser »

http://www.marianne.net/proces-georges-bensoussan-leur-objectif-est-interdire-penser-100249457.html

La comparution le 25 janvier devant la 17ème chambre correctionnelle de l’historien Georges Bensoussan, pour « provocation à la haine raciale », à la suite de la dénonciation du Collectif contre l’islamophobie en France et de plusieurs associations antiracistes, s’est transformée en procès idéologique. Compte-rendu d’audience.

L’historien Georges Bensoussan est responsable éditorial du Mémorial de la Shoah.

De quoi le procès fait à Georges Bensoussan est-il le nom ? L’expression, usée jusqu’à la corde, est pourtant la seule qui convienne. L’audience du 25 janvier 2017 devant la 17ème chambre correctionnelle a duré douze heures et ce fut long comme un jour injuste. Un jour dont l’on retiendra la date, tristement, à l’heure future où nos enfants tenteront de comprendre quels faits, obscurs ou spectaculaires, quelles compromissions, silencieuses ou tonitruantes, nous auront conduits à cette catastrophe : l’agonie de la lucidité et la criminalisation du courage dans notre pays.

L’historien, responsable éditorial du mémorial de la Shoah, auteur de nombreux ouvrages, était, rappelons-le, poursuivi par le Parquet  « pour provocation  à la haine raciale » sur dénonciation du Collectif contre l’islamophobie en France. En cause : des propos tenus lors de l’émission Répliques, sur France Culture, où il évoquait l’antisémitisme dans les familles arabes . Ce dernier s’était prétendu diffamé puis avait retiré sa plainte. Difficile en effet pour Laacher de nier avoir dit devant les caméras : « Cet antisémitisme, il est déjà déposé dans l’espace domestique. Il est quasi naturellement déposé  sur la langue, déposé dans la langue… Des parents à leurs enfants, quand ils veulent les réprimander, il suffit de les traiter de juifs. Bon. Mais ça, toutes les familles arabes le savent.  C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique ». Georges Bensoussan, en s’y référant, avait usé métaphoriquement de l’expression « l’antisémitisme, on le tète avec le lait de sa mère ».

Ce sein, qu’on ne saurait voir, a déclenché toutes les fureurs. Apparemment, les choses sont bien différentes quand l’antisémitisme arabe est dénoncé par un sociologue issu de cette culture et quand la citation est reprise par un historien d’origine juive  comme l’a souligné douloureusement Georges Bensoussan dans une de ses interventions. Dans le premier cas, on refuse d’écouter Laacher, puis on le somme officieusement de revenir sur ses propos. Dans le second cas, Bensoussan est trainé devant les tribunaux par la justice de son pays puisque le Parquet avait choisi d’attaquer. Ce « deux poids, deux mesures » planait dans l’air raréfié de la 17e chambre du Palais de Justice de Paris.

Un étrange témoin

Le CCIF, représenté par Lila Charef, étroitement voilée, était appuyé par une pléiade d’associations antiracistes, Licra, Mrap, SOS racisme. SOS avait trouvé un témoin à charge surprenant en la personne de Mohamed Sifaoui. Ce dernier, qui a si souvent écrit dans nos colonnes, se retrouvait ainsi sur le même banc que le CCIF dont on pensait que le journaliste, menacé de mort par les islamistes, ne partageait pas vraiment les options. Sifaoui écrivait en effet du CCIF, le 6 juillet 2015, que cette « prétendue association antiraciste avait beaucoup de mal à condamner l’antisémitisme ». De son côté, en juin 2015, le CCIF traitait Sifaoui de « chantre de la haine ». Comment ces adversaires irréductibles se sont-ils ligués contre Georges Bensoussan ? Sans doute un de ces retournements de l’histoire qui n’augurent rien de bon pour le respect des faits. « Le déni de réalité est un cancer », écrit Elisabeth Badinter dans sa préface à l’ouvrage collectif, La France soumise coordonné par l’historien (Albin Michel)

Nous y voilà, effectivement. Georges Bensoussan, sommé de s’expliquer sur ses propos mais aussi sur ses travaux, rappelle qu’il travaille depuis un quart de siècle sur les mécanismes conduisant à la haine de l’autre. Il s’est penché, notamment, sur la condition juive en pays d’Islam. Il cite l’expression, si proche de la sienne à Répliques, utilisée en 1965 dans la revue les Temps modernes par l’auteur marocain Saïd Ghallab. Sous le titre Les juifs vont en enfer, Ghallab écrivait alors : « ... la pire insulte qu’un Marocain puisse faire à un autre, c’est de le traiter de juif, c’est avec ce lait haineux que nous avons grandi… ». Plus de cinquante ans après, en France, toutes les enquêtes réalisées sur l’antisémitisme par le think tank Fondapol, comme les témoignages multiples recueillis par les enseignants depuis la parution des Territoires perdus de la République attestent une emprise grandissante des préjugés chez les jeunes de culture musulmane. Si l’on y ajoute les fameux 28% de partisans de la suprématie de la charia sur les lois françaises dénombrés dans la dernière enquête de l’Institut Montaigne (enquête dirigée par Hakim el Karoui), il y a de quoi s’inquiéter.

Sur la toile de fond des attentats, des crimes de Mohamed Merah à ceux de l’Hypercacher (sans oublier l’enlèvement et l’assassinat du jeune Ilan Halimi, en 2004, dont le caractère antisémite avait été honteusement nié) les juifs ont peur. Les élèves juifs fuient les écoles et les lycées publics des quartiers dits « sensibles ». Bensoussan, qui se définit lui-même comme « un enfant de l’école publique », souligne qu’ils n’en sont pas partis en masse par choix mais pour d’impérieuses raisons de sécurité. Les écoles juives dans lesquelles certains ont été inscrits ne sont-elles pas gardées par l’armée ? Ce qui arrache ce cri à l’historien : « Est-ce moi qui dois me trouver devant ce tribunal aujourd’hui ? N’est-ce pas l’antisémitisme qui nous a conduits à la situation actuelle qui devrait être jugé ? »

« Une dérive judiciaire »

Cette inversion du réel s’inscrit au cœur du témoignage d’Alain Finkielkraut. « Les associations antiracistes ne luttent plus contre le racisme, s’insurge l’académicien, leur objectif est d’interdire de penser, il s’agit de soustraire la réalité à l’investigation et les musulmans à la critique. Je suis étonné d’être ici : car la question n’est pas de savoir si Georges Bensoussan s’est rendu coupable : la question, c’est de savoir s’il dit vrai ! »

Et Finkielkraut poursuit : « Si le tribunal cède à cette intimidation, ce sera à la fois une catastrophe intellectuelle et une catastrophe morale… Si on refuse de voir la réalité et si on incrimine ceux qui s’efforcent de la penser, on n’a plus aucune chance d’échapper à la division et à la montée de la haine ! »

En dénonçant « une dérive judiciaire », le philosophe cite des témoignages sur les « insultes antisémites et antifrançaises ». Du coup, l’avocat du Collectif contre l’islamophobie en France le menace de « réserver » ses propos, allusion à une procédure judiciaire dont il pourrait relever. « Ah, je suis donc moi aussi sous surveillance ! » s’exclame Finkielkraut.

Cet échange donne le ton d’un procès qui, d’heure en heure, se fait plus tendu. Ainsi se vérifie la phrase de Jean-Paul Sartre : « L’antisémitisme n’est pas une pensée, c’est une passion. »

La déposition de Mohamed Sifaoui, extrêmement violente à l’encontre de Georges Bensoussan, alourdit encore l’atmosphère. D’un côté, le journaliste si engagé contre l’islamisme reconnaît qu’au cours de ses reportages dans le monde arabe, il a « rencontré partout de l’antisémitisme, personne ne nie non plus qu’il y a un antisémitisme endémique dans la communauté musulmane en France ». Où est donc la différence de propos qui l’amène à fustiger Bensoussan ? C’est que, de l’autre côté, Sifaoui s’indigne : « Bensoussan détricote tous les moments positifs entre juifs et arabes. N’est-il pas en train d’écrire une histoire qui peut servir à des milieux douteux ? C’est un destructeur des ponts entre juifs et arabes. » En s’attardant sur la fameuse métaphore de « l’antisémitisme tété au sein », il évoque même « un biberon empli d’un lait fabriqué en Israël ! ». Une heure plus tard, l’avocat du CCIF lancera à l’historien : « Les juifs ne tuent pas d’Arabes ? Et en Palestine ? » L’inversion des faits ne suffit donc pas ! Sifaoui comme le CCIF, adversaires d’hier mais peut-être pas de demain, se coalisent pour convoquer l’ombre du conflit israélo-palestinien sous les plafonds bleu-or de la 17ème chambre.

« On ne peut pas parler de racisme quand on évoque la transmission culturelle »

Le témoignage de la philosophe Elisabeth de Fontenay, toujours vigilante et précise, allège un peu l’ambiance. Elle aussi « accepte mal qu’un chercheur qui fait état d’études de terrain soit poursuivi ». Et souligne à l’intention des accusateurs de l’historien : « On ne peut pas parler de racisme quand on évoque la transmission culturelle ».

En face, la sociologue Nacira Guénif, témoin cité par l’accusation, se fendra d’une longue analyse, véritable morceau d’anthologie, qui consiste à prendre le contre-pied de la réalité. A la présidente du tribunal, Fabienne Siredey-Garnier, qui lui demande de réagir aux propos de Smain Laacher, elle répond par une esquive et entreprend de décortiquer l’insulte arabe « espèce de juif ! » Des « explications » fournies par l’éminente universitaire, il ressort qu’en disant l’insulte « on ne pense pas ce qu’on veut dire », qu’il s’agit « d’une expression figée passée dans le langage courant ». Bref une insulte antisémite en arabe n’est pas… antisémite.

Une insulte antisémite en arabe ne serait pas… antisémite.Suivra un dernier et obscur témoignage de Michèle Sibony, enseignante retraitée, par ailleurs animatrice d’une « Union juive française pour la paix » qui, en se drapant dans la cape de la bonne moralité identitaire, s’enlise dans la phraséologie la plus ossifiée pour flatter l’islamisme. Devant le tribunal, elle va manier l’injure en accusant Bensoussan de « discours digne d’un Drumont » ( Edouard Drumont, antidreyfusard, était un célèbre idéologue antisémite du début du XXème siècle).  Nous sommes toujours à des années-nuits du réel et de la clarté intellectuelle.

« Pour la première fois de ma vie j’ai eu la tentation de l’exil »

Il y aura heureusement l’intervention d’Yves Ternon, historien qui salue « Georges Bensoussan, le lanceur d’alerte », puis la lettre de soutien adressée d’Algérie par le grand écrivain Boualem Sansal, et lue par la présidente : « Les propos reprochés ne sont en rien un acte d’islamophobie… (…) J’ai moi-même dénoncé cette culture de la haine inculquée dans les familles arabes à leurs enfants, haine contre le juif, le chrétien, l’homosexuel… »

Boualem Sansal ose ensuite écrire : « Dire que l’antisémitisme relève de la culture, c’est simplement répéter ce qui est écrit dans le Coran et enseigné à la mosquée ».

Suivront les plaidoiries des associations, aussi creuses que leurs accusations, puis celle, incisive et brillante, de Me Michel Laval, avocat de Georges Bensoussan. Le réquisitoire de la Procureure sera à l’image du procès, intégralement idéologique.

« Ce soir, Madame la présidente, conclura Georges Bensoussan, dans le silence de la nuit qui s’est abattue sur le Palais de justice, pour la première fois de ma vie j’ai eu la tentation de l’exil. »

C’était un jour dans la vie de la justice française. Jugement le 7 mars.

« Si les juifs ont quitté en masse le Maroc, c’est parce qu’ils avaient peur »

INTERVIEW. Pour Georges Bensoussan, la tolérance de l’islam n’est qu’un mythe. La preuve, les souffrances subies par les juifs en terre musulmane.

Propos recueillis par Catherine Golliau. Article publié dans Le Point.fr le 24 janvier 2017

Georges Bensoussan sort chez Albin Michel « Une France soumise », un ouvrage collectif où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues.

Mercredi 25 janvier [demain] , Georges Bensoussan passe devant un tribunal pour avoir dit que l’antisémitisme des musulmans était une transmission familiale. À tort ou à raison ? Ce spécialiste de l’histoire des juifs d’Europe de l’Est et de la Shoah est un historien engagé. En 2002, il rédigeait la postface des Territoires perdus de la République (Fayard), où des professeurs de collège témoignaient de la violence des adolescents, de leur racisme, leur antisémitisme et leur sexisme. Lui-même sort chez Albin Michel Une France soumise, un ouvrage collectif préfacé par Élisabeth Badinter « herself », où enseignants, policiers, travailleurs sociaux disent pourquoi ils ne peuvent plus exercer leur métier dans les écoles et les banlieues. Toujours à cause de cette violence et de ce rejet de l’autre – et particulièrement du Juif – , qui ne font que s’accentuer. Mais cette haine, d’où vient-elle ? Pour l’historien, comme il l’explique dans Les Juifs du monde arabe. La question interdite, qui paraît également cette semaine chez Odile Jacob, elle est directement liée au statut du dhimmi, imposé par le Coran au juif et au chrétien, soumission imposée qui s’est perpétuée jusqu’à la période coloniale, et qui est resté dans les consciences, même s’il a officiellement disparu des États modernes.

Le Point.fr : Pour vous, contrairement à ce qu’affirment nombre d’historiens, les juifs n’ont pas été bien traités dans le monde musulman…

Georges Bensoussan : Oui, nous sommes dans le déni. Peut-être parce qu’étant donnée l’horreur des exactions subies par les juifs dans le monde chrétien, et particulièrement sous les nazis, on a voulu croire à un islam tolérant. Or la légende d’Al Andalus, cette Espagne musulmane où les trois monothéismes auraient cohabité harmonieusement sous des gouvernements musulmans, a été forgée de toute pièce par le judaïsme européen au XIXe siècle, en particulier par les Juifs allemands, afin de promouvoir leur propre émancipation. Elle a ensuite été reprise par le monde arabe dans le but de montrer que les responsables de l’antagonisme entre juifs et Arabes étaient le sionisme et la naissance de l’État d’Israël. Coupables du départ massif des communautés juives d’Irak, d’Égypte, de Syrie, de Libye, du Maroc, etc., soit près d’un million de personnes entre 1945 et 1970. Mais, s’ils étaient si heureux dans leur pays d’origine, pourquoi ces gens sont-ils partis de leur plein gré ? En Irak, par exemple, les juifs comptaient parmi les plus arabisés d’Orient, et n’étaient guère tentés par le sionisme. Or ils ont été plus de 90 % en 1951-1952 à quitter le pays, après avoir subi le pogrom de Bagdad en juin 1941 – plus de 180 morts –, après avoir été victimes de meurtres, d’enlèvements, d’arrestations, de séquestrations, de vols et de torture dans les commissariats. C’est cette réalité-là qui a poussé ces juifs à l’exil. Un véritable processus d’épuration ethnique, d’autant plus sournois qu’à l’exception de l’Égypte, il n’a pas pris la forme d’une expulsion.

Vous ne pouvez nier pourtant que les sionistes ont largement œuvré pour que les juifs viennent s’installer en Israël…

Bien évidemment, et comment le leur reprocher ? Ils voulaient renforcer leur jeune État. Mais à eux seuls, des agents sionistes peuvent difficilement déraciner une communauté qui ne veut pas partir. Si les Juifs du Maroc ont quitté en masse leur pays – un tiers déjà avant l’indépendance –, c’est parce qu’ils avaient peur. D’expérience, ils craignaient le retour de la souveraineté arabe sur leurs terres. Ils ne se voyaient pas d’avenir dans leur pays, où la législation leur rendait la vie de plus en plus difficile. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme que l’attitude du sultan du Maroc, par contraste, en apparaissait presque bienveillante !

Le sultan du Maroc a pourtant la réputation d’avoir protégé les juifs entre 1939 et 1945, quand le pays était contrôlé par le gouvernement de Vichy…

Le Sultan, dit-on, se serait opposé au port de l’étoile jaune par ses sujets juifs. À ceci près qu’il n’y eut jamais d’étoile jaune au Maroc (et pas même en zone sud en France). Le sultan a fait appliquer à la lettre les statuts des juifs d’octobre 1940 et de juin 1941.

Si c’est une légende, elle est pourtant entretenue dans les milieux juifs d’origine marocaine…

En partie, oui, et pour plusieurs raisons. L’administration de Vichy était si gangrenée par l’antisémitisme (à commencer par le Résident général Charles Noguès) que l’attitude du sultan, par contraste, en apparaissait presque bienveillante ! En second lieu, les Juifs marocains partis en masse s’installer en Israël constituaient la partie la plus pauvre de la judéité marocaine, celle qui, de faible niveau social et professionnel, essuiera de front le racisme des élites ashkénazes. Être « marocain » en Israël était (et demeure) un « marqueur » péjoratif. Cette immigration s’est mise à idéaliser son passé marocain, sa culture, le temps de sa jeunesse, parfois tissé, au niveau individuel, de relations d’amitié entre juifs et Arabes. Ajoutons que la mémoire collective est socialement stratifiée. Il faut donc compter avec celle, moins douloureuse, des classes plus aisées qui ont émigré, elles, davantage, en France ou au Canada. Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman

Le statut de « dhimmi » imposé aux chrétiens et aux juifs par le Coran explique-t-il l’antisémitisme que vous dénoncez ?

Il justifie l’infériorisation du juif par le musulman : il autorise en effet les membres des religions dites du Livre à pratiquer leur foi, à la condition de payer un impôt spécial et d’accepter de se comporter en « soumis ». Leurs maisons ne doivent pas être plus hautes que celles des musulmans, ils doivent pratiquer discrètement leur foi, et leur voix ne vaut rien devant un tribunal musulman. Tout cela a fait du juif un être de second ordre. Les témoignages abondent, de non-juifs en particulier – des militaires, des commerçants, des médecins –, sur la misère et la manière infamante dont les juifs pouvaient être traités. Mais ce statut avait été intégré par des communautés profondément religieuses, marquées par l’attente messianique et considérant que ce qu’elles vivaient était le prix de l’Exil. Les choses ont changé avec l’arrivée des Européens et la possibilité d’avoir accès à une éducation marquée par les valeurs issues des Lumières. Pour autant, le regard arabo-musulman sur « le Juif » ne changera pas de sitôt : un sujet toléré tant qu’il accepte son infériorité statutaire. Même les juifs qui rejoindront le combat des indépendances arabes comprendront peu à peu qu’ils ne seront jamais acceptés. De fait, tous ont été écartés ou sont partis d’eux-mêmes, et la création de l’État d’Israël ne fera qu’accroître le rejet.

Mais leur situation était-elle la même partout ? Les Juifs de Salonique ont prospéré sous les Turcs et ont vu leur statut se détériorer quand les Grecs orthodoxes ont pris le contrôle de la ville, en 1922…

En effet, il faut distinguer le monde turc, plus tolérant que le monde arabe, même si la situation est loin d’y avoir été idyllique. Le statut de dhimmi a été aboli dans l’Empire ottoman par deux fois, en 1839 et 1856, et l’on constate que les contrées où les juifs connurent la condition la plus dure – le Yémen, la Perse et le Maroc – ne furent que peu ou pas du tout colonisées par les Turcs. Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux.

Vous dénoncez l’antisémitisme des émigrés de la troisième génération en France, ce qui vous vaut d’ailleurs un procès pour racisme intenté par le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).

J’ai effectivement été assigné pour « propos racistes », parce que, lors d’une émission de France Culture, et à propos d’une partie de l’immigration maghrébine, j’ai usé de la métaphore d’un « antisémitisme tété avec le lait de sa mère ». Je ne faisais pourtant, par cette formule, que reprendre celle utilisée par le sociologue Smaïn Laacher qui, dans un documentaire diffusé sur France 3, parlait d’un antisémitisme « quasi naturellement déposé sur la langue, déposé dans la langue […]. Bon, mais ça toutes les familles arabes le savent ! C’est une hypocrisie monumentale de ne pas voir que cet antisémitisme, il est d’abord domestique […] comme dans l’air qu’on respire ». Ces deux métaphores disaient la même chose, une transmission culturelle et non génétique : le lait n’est pas le sang. À ceci près que l’une est dite par un Arabe, l’autre par un juif. L’indignation est sélective… Dans la France d’aujourd’hui, les problèmes d’intégration d’une fraction des jeunes Français d’origine arabo-musulmane font rejouer les préjugés ancestraux et donnent prise à la culture du complot qui cristallise sur « le Juif », cette cible déjà désignée dans l’imaginaire culturel maghrébin, et aggravée par la réussite de la communauté juive de France. Mais qu’y a-t-il de « raciste » à faire ce constat, à moins d’invalider toute tentative de décrire le réel ? Ce qui est inquiétant dans mon affaire, au-delà de ma personne, est que la justice donne suite à la dénonciation du CCIF, dont l’objectif est de nous imputer le raisonnement débile du racisme pour mieux, moi et d’autres avec moi, nous réduire au silence.

Vos collègues vous reprochent de manquer de l’objectivité indispensable à l’historien…

Quand les faits leur donnent tort, ils invoquent l’« objectivité » alors que le seul souci de l’historien face aux sources, a fortiori quand elles contreviennent à sa vision du monde, demeure l’honnêteté. Comme au temps où il était impossible de critiquer l’Union soviétique au risque, sinon, de « faire le jeu de l’impérialisme », la doxa progressiste s’enferme dans cette paresse de l’esprit. Il n’est donc pas possible aujourd’hui de dire que le monde arabe, quoique colonisé hier, fut tout autant raciste, antisémite et esclavagiste. Quand la sociologue franco-algérienne Fanny Colonna a montré dès les années cinquante le poids de l’islamisme dans le nationalisme algérien, elle s’est heurtée aux « pieds rouges », ces intellectuels qui soutenaient le FLN et qui ne voulaient pas faire le jeu des opposants à la décolonisation. Orwell le soulignait jadis, certains intellectuels ont du mal à accepter une réalité dérangeante.

Les Juifs du monde arabe. La question interdite, Odile Jacob, 167 pages, 21,90 euros

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (14) Le musulman a le droit de frapper sa femme désobéissante, ou « Mahomet contre Allah ? »

  •  Problématique

S’il est bien une des dispositions illustrant les facettes archaïques de l’islam, c’est bien le droit donné par le Coran au musulman de frapper sa femme. Rappelons de quoi il s’agit :

Sourate 4, verset 34. (…). Quant à celles [de vos femmes] dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous de leur lit et frappez-les. Si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand !

Ce texte, particulièrement simple et clair, reflète tout simplement les mœurs du temps, comme il l’a fait plus généralement pour le statut de la femme (polygamie, répudiation, héritage, obligations sexuelles dans la vie de couple, etc.). Souvenons-nous que les femmes n’étaient guère considérées dans l’Arabie du VIIème siècle – ce qui n’empêchait pas certaines, comme Khadija, la 1ère femme de Mahomet, de sortir du lot – et que les petites filles étaient parfois enterrées vivantes à la naissance (Mahomet s’étant néanmoins opposé à cette abominable pratique).

Le Coran ne conditionne ce verset à aucun autre. Sans aller jusqu’à interdire au mari de frapper sa femme, ce qu’il n’a pas fait, le Coran aurait pu du moins ne pas se prononcer sur la question en laissant l’homme au prise avec sa conscience pour répondre à cette question éthique dont la solution est évidente dès lors qu’on considère que l’homme et la femme sont également dignes. Mais il s’avère que c’est le contraire qu’il prône : le Coran légifère et autorise en effet formellement par ce verset le musulman à frapper sa femme en cas de besoin.

Évidemment, il devient assez difficile dans ces conditions d’expliquer que l’islam est une religion compatible avec le statut de la femme dans le monde occidental. Voyons donc comment Tareq Oubrou tente de renverser la vapeur.

  • Pas de remise en cause de l’authenticité de ce verset

La première chose à remarquer est que Tareq Oubrou fait preuve de réalisme et ne tente pas de contester l’authenticité de ce verset car c’est absolument impossible. De même, il ne mentionne pas un hypothétique problème de traduction car ce texte est très clair en arabe si l’on en juge par les traductions figurant dans les différentes versions du Coran. Ainsi, pour la punition, on trouve par exemple : « frappez-les » chez Denise Masson ; « frappez-les » chez Régis Blachère ; « frappez-les » dans le Coran assabile ; « battez-les » chez André Chouraqui ; « battez-les » chez Kasimirski ; « battez-les » chez Hamidullah.

  • L’argument habituel : la contextualisation

En revanche, Tareq Oubrou a recours à l’argument habituel de la contextualisation au regard des mœurs du VIIème siècle : « Le verset 4 de la sourate 34 se réfère à une situation et s’adresse à un public spécifique qu’il convient de préciser, toute exégèse sérieuse consistant à chercher à comprendre le texte d’abord dans son univers originel. »

Comme toujours, on reste perplexe face à l’argument de la contextualisation, sachant qu’il s’agit prétendument de la parole d’Allah délivrée au dernier des prophètes.

Tareq Oubrou poursuit : « En premier lieu, il cible les Mecquois et non les Médinois, lesquels, de par leur culture, étaient dociles à l’égard de leurs femmes comme l’explique Omar, deuxième calife, qui était un Mecquois. »

D’où Tareq Oubrou tient-il que ce texte ne s’adresse qu’aux Mecquois ? Quoiqu’il en soit,  ce verset n’ayant fait l’objet d’aucune abrogation ultérieure, il est par conséquent valable pour tous les hommes ; il est universel.

Quant aux textes auxquels Tareq Oubrou fait référence sans le dire précisément et qui feraient état des différences de mœurs entre Mecquois et Médinois vis-à-vis de leurs femmes, il serait intéressant d’en prendre connaissance ; mais de toutes les façons, ils ne changeraient rien au fond du problème.

  • Mahomet est en désaccord avec Allah !

Tareq Oubrou prétend que Mahomet n’a jamais frappé une de ses multiples femmes (rappelons qu’il en a eu jusqu’à neuf en même temps, soit bien plus que les quatre autorisées par lui-même dans le Coran) : « Le Prophète, qui est pour tout musulman un exemple à suivre, n’a jamais levé sa main sur l’une de ses épouses. (Muslim n°2328) »

En réalité, personne n’en sait rien, y compris Aïcha, car il aurait fallu être avec lui à chaque instant, même quand il copulait. Si Mahomet a frappé une de ses femmes dans le secret de son foyer, en étant seul avec elle, qui peut le savoir si elle n’en a pas fait état ? Ce qui est sûr, que le fait ait eu lieu ou pas, c’est qu’il n’a pas été rapporté. Cet argument n’est donc pas rigoureux et ne prouve rien.

Ce qui est beaucoup plus important est ce que Mahomet recommande à ses partisans. Tareq Oubrou écrit : « Le Prophète a prononcé des paroles plus fermes qui dénoncent cette violence et considèrent que l’homme violent à l’égard de sa femme n’est ni noble ni digne de respect. »

Il est vrai que si les coups font partie de la panoplie à la disposition du mari, un mari intelligent évitera d’en faire usage car la force ne réduit pas l’inimitié mais au contraire la fait généralement croître (hormis dans le cas du moins de certains plaisirs dont les mœurs modernes semblent parfois friandes).

Yusuf Qaradawi apporte les précisions suivantes : « L’imam al-Hafiz Ibn Hajar a dit : « Il y a dans ces paroles du Prophète « Jamais les meilleurs d’entre vous ne frappent leurs femmes » une preuve qu’il est globalement permis de les frapper pour les corriger, si le mari voit chez elle quelque chose qu’il n’aime pas dans sa façon d’accomplir son devoir d’obéissance envers lui. S’il se contente de la menacer ou de lui faire des remontrances, cela est préférable toutes les fois qu’on peut atteindre son but par la suggestion sans recourir aux actes, car cela détériore la bonne entente qui doit régner dans la vie conjugale. Maintenant, s’il s’agit d’une affaire où il y a désobéissance envers Dieu, il doit la frapper. »

Tareq Oubrou ajoute par ailleurs : « Un autre hadith (ce hadith interdit au mari de fouetter sa femme comme il fouetterait son esclave pour venir ensuite coucher avec elle le soir) bannit cette violence sans réserve ni hésitation, ce qui indique qu’il y a bien eu une intention de l’interdire radicalement. »

Il s’agit en effet du hadith (Bukhari) suivant : « Abdallah Ibn Zama rapporte que le Prophète a dit : « Qu’aucun de vous ne fouette sa femme comme on fouette un esclave alors qu’à la fin du jour il coïtera (peut-être) avec elle ». » C’est un propos de bon sens : le fait de battre sa femme l’indisposera probablement plus, voire la rendra inapte à la copulation. Mais difficile d’y voir une interdiction de la violence « sans réserve ni hésitation ». Ce qui est banni est la violence excessive qui rendrait la femme inapte à satisfaire l’ardeur sexuelle de son mari comme la Tradition musulmane lui en fait l’obligation morale.

Alors qu’il était si simple et si facile pour Mahomet d’interdire clairement de frapper sa femme, il a en réalité entériné moralement et juridiquement ce droit – sans l’encadrer de façon précise – parce qu’il ne pouvait contrevenir aux mœurs de l’époque sans prendre un énorme risque politique : celui de se mettre à dos de futurs potentiels partisans.

On comprend alors mieux des hadiths parfois cités comme (Ibn Majah) : « Ash’ath bin Qais a dit : « J’étais l’hôte d’Omar une nuit et, dans le milieu de la nuit, il alla vers sa femme et la battit ; je les séparai. Quand je retournai me coucher, il me dit : « Ô Ash’ath, apprends de moi quelque chose que j’ai entendu du messager d’Allah : « Un homme ne devrait pas être interrogé sur la raison pour laquelle il bat sa femme. »  » » (Ibn Majah, cela étant hadith « hasan » et non « sahih ») ; ou encore (Abu Dawud) : « « Omar ibn al-Khattab a dit : « Le prophète a dit : « On ne demandera pas à un homme pourquoi il bat sa femme » » ».

Vouloir démontrer que Mahomet était opposé par principe au fait de battre sa femme est 1) une absurdité, puisqu’il a dit le contraire dans le Coran ; 2) ou un blasphème, puisque c’est dire que Mahomet s’opposait en réalité à la volonté d’Allah inscrite dans le Coran.

  • Comment frapper sa femme ?

Comme le droit coranique de battre sa femme est indubitable, Tareq Oubrou tente ensuite de minimiser l’horreur de la chose à partir de la Tradition : « Le geste physique, lui-même relativisé et atténué par des hadiths qui parlent d’expression maîtrisée de la colère, doit être avant tout symbolique et ne doit pas faire mal. (Muslim n°1218) » Que veut dire avec les mœurs du VIIème siècle en Arabie « une expression maîtrisée de la colère » ?

Quant au hadith 1218 de Muslim, contrairement à ce que dit Tareq Oubrou, il ne dit pas que la punition doit être « symbolique » mais il dit que les femmes ne doivent pas être battues trop sévèrement et que l’homme doit leur donner à manger et les vêtir. Ce hadith fait référence au pèlerinage d’adieu de Mahomet (peu avant sa mort) dans des termes similaires à ceux qu’on retrouve dans la biographie de Mahomet (Sîra d’Ibn Hîcham) : « Musulmans, vos épouses ne doivent point commettre d’action gravement honteuse. Si elles le font, Dieu vous donne l’autorisation de les mettre en quarantaine et de les battre, sans trop d’excès. Si elles renoncent à leurs mauvaises actions, elles auront le droit à la nourriture et au vêtement selon l’usage. »

Sur ce point délicat, les imams sont venus ensuite tenter de préciser ce qui paraissait convenable. Yusuf Qaradawi résume : « Il n’est pas permis à l’homme de frapper sa femme au visage car cela est une humiliation à la dignité humaine et c’est aussi un danger pour cette partie du corps qui regroupe les principaux traits de beauté du corps. S’il est permis au musulman, en cas de nécessité, de corriger sa femme lorsqu’elle se montre fière et rebelle, il ne lui est pas permis de la frapper durement, surtout au visage ou aux endroits vitaux. » La signification de « durement » est laissé à l’appréciation de chacun, en fonction de son tempérament : c’est dire que l’éventail est assez large…

La jurisprudence malikite, jurisprudence de référence des Maghrébins – rappelons-le –, indique les modalités du dédommagement payé à la femme en cas de blessure : « Mâlik a rapporté qu’il a entendu dire Ibn Chihab dire : « Il est de la Sunna qu’un homme causant une blessure à sa femme lui paie la diya [indemnité] correspondante à cette blessure, sans qu’il soit soumis à la peine prescrite. » Mâlik a dit aussi : « Or, il n’en est de tel qu’au cas où cette blessure est involontairement causée par l’homme qui a frappé sa femme avec un fouet et lui a crevé un œil par exemple. » » : ce qui laisse entendre que l’homme qui fouette sa femme n’est pas une situation exceptionnelle. Dont acte.

  • Conclusion

L’argumentaire de Tareq Oubrou a au moins une qualité : celle d’être divertissant. Il patauge dans les contradictions et les incohérences de façon assez pathétique au point qu’on se demande jusqu’où cela peut aller.

Tariq Ramadan de son côté est pris dans le même réseau de contradictions mais il a au moins l’intelligence d’en prendre acte pour tenter de les dépasser sans trop tergiverser puisqu’il écrit : « 1) Oui, il existe des textes (un verset, donc des traditions prophétiques) qui se réfèrent au fait de frapper son épouse ; je les cite puisque ce sont les textes que les musulmans lisent et citent. 2) Voici quelles sont les interprétations qui ont été proposées, des plus littéralistes – qui justifient le fait de frapper son épouse au nom de Coran – aux plus réformistes – qui lisent ce verset à la lumière du message global, et qui contextualisent le verset et les traditions prophétiques en tenant également compte de leur chronologie. 3) À la lumière de ces interprétations et en considérant l’exemple du prophète qui n’a jamais frappé une femme, j’affirme que la violence conjugale est contraire aux enseignements islamiques et que l’on doit condamner ces agissements. »

Quoique cette conclusion au regard des enseignements islamiques soit loin d’être juste, on ne peut que s’accorder avec Tariq Ramadan que la violence conjugale est odieuse et moralement condamnable, en particulier au regard des valeurs occidentales. Il n’en demeure pas moins, de quelque façon qu’on tourne le problème, que l’islam reste incontestablement une religion qui autorise par son texte le plus sacré un homme à frapper sa femme s’il craint sa désobéissance : la miséricorde d’Allah est décidément bien mystérieuse !

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (13) L’exemplarité de Mahomet, ou « Pourquoi l’islam a intrinsèquement besoin de la violence »

  • Problématique

Bien que Mahomet ait agi pour l’essentiel, on l’a vu dans de précédents articles, comme un chef de clan conduisant une guerre pour établir son pouvoir au nom de la religion, celui-ci est donné en exemple par l’islam à tout musulman. La question est donc de préciser quelles conséquences pratiques doit tirer aujourd’hui le musulman au regard de cette référence incontournable.

  • Mahomet, l’exemple à suivre

Pour Tareq Oubrou, « Le Coran exhorte le musulman à suivre l’exemple du Prophète. Malheureusement, on confond souvent deux choses : suivre son exemple et le copier ; la référence et l’identification. Rares sont ceux qui sont capables d’éviter une telle confusion. La référence consiste à prendre le Prophète comme modèle en tenant compte, d’une part, du contexte spécifique dans lequel il a vécu, et, d’autre part, du contexte spécifique dans lequel vit le musulman et de son identité personnelle. (…) L’identification, elle, s’apparente souvent à une imitation bête et à une aliénation néfaste. »

La question de l’imitation de Mahomet pose ainsi une question fondamentale : que vaut aujourd’hui, au XXIème siècle, l’islam de Mahomet, guerrier, qui a combattu les mécréants armes à la main ?

L’argument de Tareq Oubrou est fondé sur l’idée que le comportement tribal et guerrier de Mahomet ne constituerait plus un exemple à appliquer aujourd’hui car il serait devenu caduc. C’est ce que Tareq Oubrou exprime par la référence au « contexte spécifique dans lequel Mahomet a vécu » et qui aurait justifié la guerre. On retombe encore une fois dans cet illogisme fondamental : Mahomet, dernier prophète, prétendait délivrer une parole divine, définitive et universelle, mais il l’a en réalité pliée aux contraintes tribales de l’époque.

Il est évident que les fondamentalistes musulmans et nombre d’imams des pays du Golfe sont loin d’être du même avis quant à la caducité du caractère guerrier de l’islam. Et évoquer, au sujet de l’imitation stricte du comportement du Prophète,  « une imitation bête et une aliénation néfaste » est justifiable des délits de blasphème et d’apostasie.

  • Mahomet, l’intouchable

En réalité, ce type de relativisation peut naturellement choquer tous les musulmans attachés à la figure mythifiée de leur prophète, moins pour une raison doctrinale – puisqu’en terme de spiritualité la relativisation n’a aucun sens –, qu’en termes de frustration identitaire face un Occident jusque-là dominateur et qui ose porter atteinte à la mémoire du bédouin, avec la complicité involontaire d’un imam français.

Tareq Oubrou en donne une autre illustration à propos de la francisation du nom de Muhammad (ou Mohammed) en Mahomet qui irrite tant certains musulmans mais qu’il ne fait pas sienne, avec un bon sens bien occidental : « Il est étonnant de constater la réaction scandalisée de nombreux musulmans, et pas forcément les plus pratiquants, dès qu’ils entendent prononcer le nom « Mahomet ». Ils estiment que ce vocable est le résultat d’une laïcisation profanatrice de la personne du Prophète. Ils se lancent dans des élucubrations linguistiques très poussées (…). Ces mêmes musulmans qui contestent l’usage de « Mahomet » n’ont en revanche aucun problème pour traduire en français les noms des autres prophètes de l’islam, non arabes : Îsa devient Jésus, Mûsâ devient Moïse, etc. (…) D’ailleurs, les noms arabes de ces prophètes sont déjà des traductions de noms qui n’étaient pas arabes, mais hébreux ou syriaques – Moïse était Moshé en hébreu comme en syriaque, Jésus était Yeshu’a en hébreu ou Yasû en syriaque… (…) En croyant islamiser les prophètes par l’arabisation de leur nom, on atteint le comble de la confusion entre le théologique et l’identitaire ethnique. De façon tout aussi incohérente, ces musulmans rétifs au nom de Mahomet n’ont aucune objection à traduire Allah par Dieu. »

  • Conclusion : l’islam, une idéologie politique violente et non une spiritualité

Compte tenu de ce qu’a été la vie de Mahomet, remplie de batailles et de guerres à compter de l’hégire comme en témoigne formellement la Sîra, l’islam dit « modéré » d’Europe et de France est pris dans un étau et écrasé : d’un côté, par un islam fondamentaliste, qui retourne sans état d’âme aux sources (musulmanes) incontournables et indubitables de l’islam des origines, et de la violence qui l’a accompagné constamment à partir de Médine ; de l’autre, par le risque de faire exploser ou de dissoudre l’islam dans ses contradictions à trop vouloir excuser cette violence originelle, jusqu’à aboutir à une relativisation du message coranique incontrôlable et irréversible. Pour maintenir le carcan qui lui assure sa survie, l’islam a besoin tôt ou tard de la violence.

En effet, la violence (physique et psychologique), qui s’exprime par l’intolérance et par les peines et châtiments encourus pour des motifs religieux (blasphème, absence de respect du ramadan, apostasie, etc.), sont pour l’islam une question existentielle.

Sauf à pratiquer (comme en réalité bon nombre de musulmans occidentaux jusqu’ici) un islam qui a pris ses distances par rapport à l’islam de Mahomet, jusqu’à presque le renier ou l’abandonner de fait – d’où la qualification d’islam « déviant » ou « dévoyé » au regard de l’orthodoxie –, l’islam ne peut pas survivre dans un milieu ouvert, imprégné par l’esprit critique, où les tabous religieux n’existent pas, c’est-à-dire où tout discours religieux ou spirituel est acceptable ; car ce serait accepter l’hypothèse que l’islam puisse avoir tort, notamment par la bouche de son prophète. Aucun pays musulman ne l’accepte aujourd’hui.

L’interview de l’ambassadeur d’Arabie Saoudite à l’O.N.U., Abdallah al-Mouallimi, réalisée en mars 2016, explique fort clairement ce point de vue : toute remise en cause d’Allah, tout doute exprimé publiquement sont jugés comme subversifs et assimilables à du terrorisme dans la terre sainte de l’islam (et donc passibles de la peine de mort). Difficile d’être plus clair ! Mieux vaut pratiquer la taqiya en Arabie Saoudite si vous voulez rester vivant…

Arabie Saoudite Liberte de conscience 2016 mars

Or, qu’on le dise une bonne fois pour toutes : si la formulation peut dans une certaine mesure dépendre d’un contexte historique, le contenu d’un message véritablement spirituel est fondamentalement universel et définitif, et les valeurs profondes qu’il exprime sont intemporelles : ce message doit refléter une vision définitive du monde et de son sens et plus encore quand on prétend être le dernier prophète –, et ne peut en aucun cas dépendre des vicissitudes des sociétés humaines et des mœurs du temps.